Thursday, April 24, 2014
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Les fondamentaux économiques de l’année 2013

NEW YORK – L’économie mondiale présentera cette année un certain nombre de similitudes avec le contexte qui a prévalu en 2012. Aucune surprise à l’horizon : nous nous apprêtons à connaître de nouveau une année de croissance mondiale de l’ordre de 3% en moyenne, néanmoins marquée par une reprise à plusieurs vitesses – taux de croissance annuels toujours en-dessous de la normale s’élevant à 1% dans les économies développées, et taux proches de la tendance, atteignant 5%, sur les marchés émergents. D’un autre côté, plusieurs différences importantes se dessinent également.

Les efforts de désendettement douloureux – à savoir moins de dépenses et davantage d’économies afin de réduire la dette et l’effet de levier – demeurent la démarche de la plupart des pays développés, impliquant par définition une croissance économique lente. Mais cette austérité budgétaire ira cette année jusqu’à concerner la plupart des économies développées, et plus seulement la périphérie de la zone euro ou le Royaume-Uni. L’austérité est en effet en train de gagner le cœur de la zone euro, de même que les États-Unis et les autres pays développés (à l’exception du Japon). Compte tenu de la simultanéité des réductions de dépenses dans la plupart des économies avancées, ce que nous prévoyions comme une année de croissance médiocre pourrait bien consister en une période de contraction pure et simple dans certains pays.

Étant donné la croissance anémique de la plupart des économies développées, la reprise des actifs risqués ayant débuté au deuxième semestre de l’année 2012 ne saurait avoir été la conséquence d’une amélioration des fondamentaux, mais plutôt de nouvelles vagues de mesures monétaires non conventionnelles. Les banques centrales de la plupart des économies développées – Banque centrale européenne, Réserve fédérale américaine, Banque d’Angleterre, et Banque nationale suisse – se sont livrées à une forme d’assouplissement quantitatif, et il est probable qu’elles soient rejointes par la Banque du Japon, qui est encouragée à prendre davantage de mesures non conventionnelles par le nouveau gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe.

Par ailleurs, plusieurs risques apparaissent à l’horizon. Tout d’abord, le mini-accord relatif à la fiscalité américaine n’a pas totalement écarté le pays du mur budgétaire. Tôt ou tard, de nouveaux combats sanglants sont voués à se jouer sur les sujets du plafond de la dette, du report des restrictions budgétaires automatiques, ou encore d’une certain « loi de finance provisoire » du Congrès (accord destiné à permettre au gouvernement de continuer de fonctionner en l’absence d’un projet de loi de crédits). Les marchés pourraient bien de plus en plus avoir à craindre une nouvelle falaise budgétaire. Et le mini-accord actuel implique lui-même un certain freinage fiscal – environ 1,4% du PIB – dans une économie dont la croissance a peiné à atteindre les 2% au cours des derniers trimestres.

Deuxièmement, bien que les initiatives de la BCE aient permis de réduire les risques de catastrophes pour la zone euro – une sortie de la Grèce et/ou une perte d’accès au marché pour l’Italie et l’Espagne – les difficultés fondamentales de l’union monétaires n’ont toujours pas été résolues. Combinées à l’incertitude politique, elles ne pourront que réapparaître avec force dans la seconde moitié de l’année.

Après tout, stagnation ainsi que récession pure et simple – exacerbées par une austérité budgétaire concentrée en début de période, par un euro fort, et par la crise du crédit – restent la norme en Europe. Demeurent pas conséquent des stocks de dette publique et privée considérables – si ce n’est écrasants. De plus, compte tenu du vieillissement des populations et d’une faible croissance de la productivité, les prévisions de production seront certainement érodées à défaut de réformes structurelles plus agressives dans la stimulation de la compétitivité, ne laissant aucune raison au secteur privé de financer des déficits chroniques de compte courant.

En troisième lieu, la Chine a dû recourir à une nouvelle vague de stimulation monétaire, budgétaire et financière pour appuyer un modèle de croissance déséquilibré et intenable, basé sur un excès d’exportations et un investissement fixe, une épargne élevée ainsi qu’une faible consommation. D’ici le deuxième trimestre de cette année, l’effondrement des investissements dans l’immobilier, les infrastructures ou encore la capacité industrielle est voué à s’accélérer. Par ailleurs, étant peu probable que le nouveau leadership du pays – conservateur, gradualiste et axé sur le consensus – accélère la mise en œuvre des réformes nécessaires à l’augmentation des revenus des ménages et réduire les économies de précaution, la consommation en tant que part du PIB n’augmentera pas suffisamment pour compenser les choses. Ainsi, le risque d’atterrissage brutal est voué à se manifester d’ici la fin de l’année.

Quatrièmement, de nombreux marchés émergents – parmi lesquels les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), mais également beaucoup d’autres – connaissent aujourd’hui un ralentissement de leur croissance. La source de leur problème n’est autre que leur « capitalisme d’État » – importance du rôle des compagnies étatiques, rôle encore plus considérable des banques étatiques, ressources nationalisées, industrialisation de substitution des importations, protectionnisme financier, et contrôles sur les investissements directs étrangers. La question de leur propension à adopter des réformes destinées à booster le rôle du secteur privé dans la croissance économique demeure ouverte.

Enfin, de sérieux risques géopolitiques sont à prendre en compte. Le Moyen-Orient tout entier – du Maghreb jusqu’à l’Afghanistan et au Pakistan – est socialement, économiquement et politiquement instable. Le Printemps arabe est en effet en train de se changer en hiver arabe. Bien que l’éventualité d’un conflit militaire ouvert opposant Israël et les États-Unis à l’Iran demeure peu probable, il apparaît clair que les négociations et les sanctions ne conduiront pas les dirigeants de l’Iran à abandonner leurs efforts de développement d’armes nucléaires. Israël refusant d’accepter l’existence d’un Iran doté de l’arme atomique, et sa patience ayant des limites, les tambours de la guerre ne peuvent que résonner de plus en plus fort. La prime à la peur sur les marchés pétroliers pourrait se renforcer significativement et augmenter les prix du pétrole jusqu’à 20%, entraînant des effets négatifs pour la croissance aux États-Unis, en Europe, au Japon, en Chine, en Inde, ainsi qu’au sein d’autres économies développées et d’autres marchés émergents importateurs nets de pétrole.

Bien que toutes les conditions d’une tempête généralisée – qui verrait tous ces risques se matérialiser sous leur forme la plus virulente – ne soient pas réunies, la manifestation d’un seul de ces risques suffirait à paralyser l’économie mondiale, et à la plonger dans la récession. Et même s’ils ne se manifestent pas tous de la manière la plus extrême, tous ces risques se réaliseront tôt ou tard sous une forme ou une autre. En ce début d’année 2013, il semble que les risques pour l’économie mondiale rassemblent leurs forces.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

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  1. CommentedSimon Edwards

    All sensisble intelligent musings on the downsized risks -but part of the risk never outlined by economists is"the self fulfilling prohecy" - economists and forecasters as well as the media focus too much on the possibe downside and very little on the potential upside. Afterall being right in the new world culture of finance with regards to optimisim is terribly unfashionable. We only hear of economists in the past 7 years who predicted "the tech bubble" "the housing crisis" " the credit crisis" and so on. indeed in the press their names are often followed by "he who correctly predicted the xxx crisis". These forecasters set a tone, a tone which i feel spreads a contagion of fear rippling through the wider financial markets - this prevents mum and dad moving house, banks lending to business, governments investing into infrastrcuture. A pervasive culture of fear irrationaly takes hold, which is then fuelled by negative sentiment. fundamentals are fundamentals but human emotion can change momentum more than any form of credit easing can. To dao that we need to look more are the upside and limit the volume - we know bad news sells and correct domesday perfect storm prjections make economists famous overnight - but even a stopped cock is right twice a day - call it enough and it might well happen. Where i work in london its the first year in a long time we have come back to work with some sense of optimisim, we are aware of the risks, what we are trying to do is promote the opportunities. Mr Roubini, i would ask for you to examine the fundamentals and to counter this article with your reasons to be optimistic - if we really cant find any at all then perhaps we should draw up the bridge, man the battlements and await the prohecy that is yet again financial armageddon

  2. CommentedTimothy Williamson

    These are good points Nouriel. My concern is that we are not looking forward with a long range purpose or vision, but are rather expending energy de-constructing currnet and recent historical problems. This is all very good, but when we put the pieces back together after de-construction, we tend to do so linerarly. The economy though is complex and non-linerar and requires a metacognitive shift in thinking.

    Though I agree that there is a need to study systemic patterns, as our world becomes more and more interconnected beyond traditional borders the need also increases for a big visionary purpose or project toward which vast segments of our GLOBAL society can direct effort and energy.

    Recently, I did a study on three big projects from the past to look for common characteristics. Those three projects were the Panama Canal, the Manhattan Project, and Kennedy's Landing a man on the Moon project. There are two parts. The first part linked here is presentation. The second part is the full report linked in the presentation.

    http://bit.ly/XS6M8C Human Complexity-Creating Sustainable Local Growth

    Thanks!
    Tim Williamson
    tim@williamsoncontracting.biz

  3. Portrait of Pingfan Hong

    CommentedPingfan Hong

    Another piece quite consistent with the title you have earned. Nevertheless, I am wondering about the consistency between your analysis of the economic woes in developed economies and your analysis of the problems in emerging economies. In the former, you seem to blame the free market, or a lack of more fiscal stimulus for the anaemic growth, while in the latter, you criticize strong government intervention in emerging economies. No one is Doing a correct thing. In your view, can the world do something right at all?

  4. CommentedYK Chang

    Very thoughtful article! Risks are shown from the US, Europe, China, to Middle East and other emerging economies. The problem, I think, is where to find growth. Without it, the world economy will go around vicious cycle form debt to quantitative easing. We're in a very thick mist, dismayed at economic failure, let alone political failure. Whenever we face confusion, we need to rely on history, where we can find some hints and sigh with a little relief that such a calamity always happens, but humankind always find a way to circumvent it. It's time to pull ourselves up and remind ourselves that "we can do it". Hit the road to find "HOW"

    1. CommentedTimothy Williamson

      @YK Chang - Here's a way toward a better more prosperous and peaceful future in a hyper-connected world http://bit.ly/XS6M8C

      Thanks!

      Tim Williamson
      tim@williamsoncontracting.biz

  5. Commenteddonna jorgo

    reading your article i have to say ..USA problem after president B.H. OBAMA SWERE IN WHITE HOUSE all the MIDDLE EAST oil will be to USA.profit.
    EU have political problem and i think will continue for long time because UK are right for the long term economic truble EU have .
    JAPAN is one country with ''synithia'' inflation long term too.
    IF the economu will fix with this ''RITHMO'' i have to believ in MIRACLE .
    Israel is not the only state who IS NOT AGREE with NUCLEAR TO IRAN ..
    JEWISH STATE is very strong and because others trying to have up hand ..
    about the economic situation in global i am agree with you
    I THINK structura economice is in phase for change and this is important will take time with pain for the poor people ..(dead) and pain for the middle class people (in hospital)
    thank you

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