Wednesday, August 27, 2014
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Les Racines fragiles de la croissance industrielle

Quelle est la rapidité de la croissance de l'économie américaine ? Des investisseurs avisés parient maintenant que les données économiques les plus récentes afficheront un taux de croissance du PIB annuel de 3% pour le deuxième trimestre 2003. Ils espèrent également que le troisième trimestre en cours pourra aussi afficher un taux de croissance avoisinant les 5% annuels. Juillet a vu la production industrielle américaine grimper d'un demi-point, au moment où Intel, le célèbre fabricant de puces électroniques, parle d'une forte croissance de la demande pour sa gamme de produits phares, suggérant ainsi que les dépenses d'investissements industriels reprennent enfin.

Bien que l'économie japonaise continue de stagner, et que l'Europe occidentale soit au bord de la récession, une reprise ferme de la croissance industrielle aux États-Unis devrait se montrer très bénéfique pour stimuler la demande dans les autres pays. Cependant ces bonnes nouvelles venues du monde des affaires américain sont accompagnées de mauvaises nouvelles sur le front de l'emploi. Les heures travaillées en Amérique ont chuté jusqu'à un taux annuel de 2,7% pour le deuxième trimestre. L'emploi, particulièrement dans l'industrie, a chuté en juillet. Il est fort probable que les heures travaillées continueront leur chute au cours du troisième trimestre.

Comment expliquer de tels écarts ? Comment l'Amérique peut-elle être le témoin d'une croissance industrielle raisonnablement rapide et d'une montée du chômage au même moment ? La réponse se trouve dans la tendance sous-jacente à la croissance industrielle de l'économie américaine qui continue d'être exceptionnellement positive. Le gain de 5,7% en productivité annuelle enregistré au deuxième trimestre sera probablement maintenu au troisième trimestre. Avec les ouvriers américains produisant plus en moins d'heures, il n'est pas surprenant que les (bonnes) nouvelles liées à la croissance industrielle s'opposent aux (mauvaises) nouvelles sur le front de l'emploi.

À court terme, une croissance industrielle rapide pose un dilemme à la gestion macroéconomique car ce qui autrement ressemblerait à une croissance raisonnablement forte de la demande est en fait insuffisant pour maintenir le taux de chômage suffisamment bas. Cependant, l'analyse à court terme n'est pas des plus importantes ici.

À long terme, une croissance industrielle rapide représente une bonne nouvelle pour l'Amérique : une économie à forte productivité est mieux à même d'améliorer la prise en charge sociale. À long terme, c'est aussi une bonne nouvelle pour les partenaires économiques de l'Amérique : il y a plus à gagner à commercer avec une économie plutôt riche qu'avec une économie plutôt pauvre.

La continuation de la croissance industrielle rapide américaine malgré la récession récente et après la reprise des affaires suite aux perturbations du réseau électrique est un indicateur très puissant que le taux soutenu de la croissance industrielle et du PIB américain est maintenant définitivement à la hausse ou du moins, si ce n'est pas définitif, pour une période qui se mesurera probablement en décennies.

L'Amérique, bien sûr, n'est pas la seule au sein des pays industrialisés à avoir vu son taux de croissance industrielle s'accélérer depuis la deuxième moitié des années 1990. L'Australie, L'Irlande et les pays scandinaves ont tous connu une explosion soutenue de croissance rapide inattendue. Ce n'est cependant pas le cas pour le reste de l'Europe et le Japon.

L'Europe occidentale et le Japon possèdent des secteurs industriels Hi-Tech plein de vie, des dirigeants capables, des cultures facilement aussi capables que les États-Unis de profiter du boom économique promis par la baisse rapide des prix dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). Aussi pourrait-on croire que la même révolution en matière de productivité se produira dans tous ces pays. Et pourtant, il n'y en a eu aucun signe. Pourquoi ?

L'opinion générale du moment, fortement défendue par l'économiste américain Robert Gordon, veut que ce regain de croissance industrielle actuellement ressenti aux États-Unis (et qui va se transformer en boom économique total dès que la croissance de la demande s'accélérera suffisamment) est dû à une certaine synergie. Selon cette position, les États-Unis sont particulièrement bien placés pour bénéficier de la chute rapide des prix dans le domaine des NTIC, qui doit son ouverture à la concurrence et aux nouveaux modes d'échange, dans le domaine de la distribution tout particulièrement.

La comparaison entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 en Amérique et en Europe occidentale nous pousse à réfléchir sur la véritable fragilité des mécanismes institutionnels sous-jacents nécessaires au soutien d'une croissance économique rapide. L'Europe occidentale et les États-Unis sont des démocraties postindustrielles qui tous deux possèdent des économies de marché et des systèmes vastes et puissants d'assurance sociale.

Bien sûr, les différences institutionnelles entre l'Amérique et l'Europe occidentale existent : dans la regulation du marché du travail, les restrictions sur le développement immobilier et l'utilisation des terres, dans la tolerance des autorités de réglementation de la concurrence dans le domaine des pratiques professionnelles et du maintien des prix. Pourtant, ces différences sont-elles réellement si importantes qu'elles affectent les performances macroéconomiques de manière si directe ? Selon l'estimation de Robert Gordon, et la mienne, les racines d'un boom économique de grande envergure de la production industrielle Hi-Tech comme celui des États-Unis sont si fragiles qu'elles s'épanouissent en Amérique mais pas sur le contient européen.

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