Monday, April 21, 2014
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La fin de la faim et de la malnutrition

ROME – Il se produit parfois des événements qui peuvent avoir un impact fondamental sur le genre humain, mais ils passent largement inaperçus sur le moment.

Pareil événement s’est produit en décembre dernier à Rome. Ce jour-là, le Conseil de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l'agriculture a décidé que l'objectif de la FAO sera désormais l’éradication de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition et non plus simplement la réduction de la faim. La prochaine étape sera la confirmation de ce changement en juin 2013 lors de la Conférence de la FAO qui verra la participation de tous les Etats membres de l’Organisation.

Pour beaucoup, cette petite modification de libellé peut sembler banale. Les critiques diront aussi que l'adoption d'un tel objectif sans fixer de date précise pour sa réalisation est vide de sens en grande partie. D'autres pourraient aller jusqu’à prétendre que l'idée même d'éradiquer la faim est absurde puisque nous n'avons pas les moyens de le faire.

Au cours des 12 dernières années, l'Objectif du Millénaire pour le développement (OMD) relatif à la réduction de moitié du nombre d’affamés d'ici à 2015 a joué le rôle de force motrice pour la réduction de la faim dans le monde. La proportion de personnes sous-alimentées dans les pays en développement a considérablement diminué passant de 23,2% en 1990-92 à 14,9% aujourd'hui. Toutefois, cette régression s’explique davantage par l’augmentation de la population mondiale que par la légère diminution du nombre effectif de personnes souffrant de la faim, qui est passé d'environ 980 millions à 852 millions.

Un objectif de réduction «de moitié» n’a que peu d’attrait politique et condamne implicitement l’autre moitié, les exclus, à vivre en marge de la société, et à rester exposés aux maladies et à la mort prématurée.

A l’opposé, la stratégie «Faim Zéro» du Brésil en adoptant l’objectif définitif d’éradication de la faim a montré offre un levier puissant pour galvaniser les gouvernements afin qu’ils mettent en branle des actions coordonnées de grande envergure, mobiliser la société civile et rassembler les forces vives de la nation pour en finir avec l'une des plus grandes injustices de notre temps.

Il est tout à fait vrai qu’il sera de plus en plus difficile – mais loin d'être impossible – de répondre à la demande mondiale croissante d’aliments et ce, de manière durable. Des quantités supplémentaires de nourriture devront être produites grâce à des technologies respectueuses des ressources naturelles si vitales pour les générations futures, des technologies qui n’aggravent pas les phénomènes climatiques dont souffrent les agriculteurs et qui n’accélèrent pas la désintégration du délicat tissu social rural.

Mais le défi n’est peut-être pas aussi grand qu’il semble être. Le taux de croissance de la population sera beaucoup plus lent qu'au cours des 50 dernières années et il est possible de réduire les quantités énormes de nourriture qui sont actuellement gaspillées. En outre, il faut espérer qu’avec l'augmentation des revenus, il sera plus aisé de persuader les gens d’adopter des régimes alimentaires plus sains et plus respectueux de l’environnement que ceux suivis par les consommateurs des pays développés. Le double fardeau de la malnutrition et de la faim persistante aux côtés de l’obésité, du diabète et d’autres maladies liées à la consommation effrénée montre clairement l’importance croissante d’un rééquilibrage des modes alimentaires au plan mondial.

Au fond, il n’y a rien de nouveau à propos de notre engagement à éradiquer la faim. En effet, la FAO a été créée en 1945 pour créer un monde où l’on vivrait «à l'abri du besoin», ce qui, selon les propres mots de ses fondateurs, signifie «la maîtrise de la faim et la couverture des besoins ordinaires d'une vie décente et digne».

En raison de la crainte largement répandue dans les années d'après-guerre de voir se produire des pénuries alimentaires à l’échelle mondiale, la FAO et la communauté internationale dans son ensemble ont mis l’accent principalement sur la production de denrées alimentaires et les choses n’ont pratiquement pas changé au cours des décennies suivantes. Ces investissements ont généré de bons résultats: en dépit d'une croissance vertigineuse de la population mondiale, qui est passée de 2,5 milliards en 1945 à 7 milliards aujourd'hui, les disponibilités alimentaires par personne ont augmenté de plus de 40%.

Le problème, c'est que la faim persiste à une vaste échelle.

A présent, nous devons concentrer nos efforts en vue de garantir l'accès universel à une alimentation adéquate. Cela doit figurer en tête des priorités des gouvernements et un objectif reconnu partout par les citoyens.

Pour briser le cercle vicieux de la faim et de la malnutrition, nous devons compléter les efforts déployés en faveur de l'agriculture et du développement rural – plus de 70 pour cent des populations souffrant d'insécurité alimentaire vivent dans les zones rurales des pays en développement – en investissant dans d’autres politiques sociales et productives, notamment des transferts financiers modestes mais prévisibles en faveur des familles les plus pauvres.

Si de bonnes politiques sont mises en place, la demande alimentaire supplémentaire engendrée à la fois par ces transferts, par les programmes de repas scolaires et par les compléments nutritionnels pour les bébés et leurs mères, offrira des opportunités aux petits agriculteurs qui pourront accroître leur production et améliorer leurs moyens de subsistance.

En juin dernier, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon, a lancé le Défi Faim Zéro à la Conférence Rio +20 sur le développement durable. La FAO, qui a accepté ce défi, ambitionne officiellement aujourd’hui d’éradiquer la faim. Et ma confiance est grande quant à l’augmentation progressive du nombre de nos Etats membres qui s'engageront à agir le plus rapidement possible à nos côtés pour éradiquer la faim et la malnutrition à l’intérieur de leurs frontières et à encourager d'autres pays à leur emboîter le pas.

Il n’est jamais trop tard pour que le monde place dans sa ligne de mire l'élimination de la faim une bonne fois pour toutes. Et c’est assurément le bon moment pour le faire.

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  1. CommentedPhilip Palij

    We all know the eradication of the worlds hunger and malnutrition should be an overriding priority. Indeed this is the aspiration of choice for many well fed and relatively wealthy members of western AND eastern Societies. So why hasn't it happened?

    In order to eliminate the scourge of hunger and malnutrition you also have to eliminate their causes so lets look at just a few taken from the list developed at Global Concerns Classroom by Elizabeth Stolz - http://gccblogs.concernusa.org/2011/10/21/top-5-causes-of-hunger/


    Below is a list of the top five causes of world hunger:
    1. War and Conflict – It’s no coincidence that many of the world’s “conflict hot spots” are also the regions most ravaged by hunger. Imagine how difficult it is for a community stressed by violence, crumbling infrastructure, and fleeing refugees to support stable food systems. In many cases, a family whose life has been interrupted by war will see a drop in income and access to arable land. War and conflict drastically impact food supply and security.

    2. Weather and Climate Change – Natural disasters leave dramatic impact on the production of arable land. Between droughts, floods, and tropical storms, weather can be unpredictable and devastating. Although a natural disaster may strike quickly, its long-term damage can be unimaginable. In many developing countries, farmers depend on one small plot of land. If this land is destroyed by natural disaster, their source of food and livelihood is washed away with it.

    3. Agricultural Practices – In recent years, farmers have seen an increase in deforestation, desertification, soil erosion, and drought. Combined with overgrazing, over-cropping, and deforestation, the impact of poor agricultural practices can destroy arable land. By improving farming practices and increasing access to quality infrastructure, we can make huge strides in eliminating hunger.

    4. Population Growth – As the populations of countries rise, so too does the demand for food. Population growth has hit developing countries especially hard. Compounded with rising food prices, it’s becoming increasingly more difficult to match food production rates with population growth rates.

    5. Poverty – Like hunger, poverty is often a cyclical, structural crisis. In most cases, poverty and hunger go hand-in-hand. As a family sinks into poverty, they are forced to stretch their meagre income. As more money is spent on food, less money is available to spend on health care, savings, and education. Farmers may find themselves unable to purchase seeds, tools, or farming equipment. Poverty is a cause of hunger, but it is an effect as well.


    Getting to grips with these is a mammoth complex task and until you get the profiteers, war-mongers, arms-dealers, hoarders, greedy and corrupt politicians to adopt eradication of hunger and malnutrition as their motivating force as opposed to money, influence and power then you must deal with the symptoms and as we all know this is a never ending gravy train for politicians and professional office bound aid workers to make a career out of.

    My imperfect solution would be to create stability by educating at risk individuals and communities out of their poverty wherever possible. Teach communities self-help and kiss goodbye to vast addictive UN/US aid programs that deal with symptoms only.

    Recognising the total eradication of hunger and malnutrition as utopian pipe dream it is.

  2. CommentedGunnar Rundgren

    I certainly agree with this. The focus has been too much on technology in agriculture, while poverty and hunger has mainly other causes. Poverty is rather a cause for low production than the other way round (admittedly, it goes both ways to some extent). It is good that the FAO sees this clearly now. I assume the direct experience of the Director General in Brazil has contributed to this.

  3. CommentedWaleed Addas

    Eradicating hunger is a noble cause for humanity. But it will not be an easy task to achieve unless society learns how to eradicate its waste (including waste in food) and the consumerism-driven life. But societies may not be able to learn as quickly or change their habits. So can we have somesort of a country 'food-waste' index that could be monitored and later to 'tax those societies' that are the greatest food wasters. These virtual global 'UN taxes' could then be translated into ODA-equivalent amounts to be augmented (i.e. added to the ODA allocation by the wasting country) and then passed to the developing country to design sustainable projects that will add to the food security of the poor. Mr. da Silva will need all the help he can get.

  4. Commentedde Lafayette

    It may seem silly, but I consider the US a "developing country", but not in the economic sense.

    It needs to develop a culture - rather than fixate upon money, power, guns and eating oneself into the oblivion of obesity.

    No doubt, it is one of the richest countries in the world in terms of GDP per person. But in terms of culture? It finds itself in an arid desert.

    But what IS culture? Consider the dictionary definition: The qualities of a society that arises from a concern for what is regarded as excellent in arts, letters, manners, scholarly pursuits, etc.

    Excellence in the arts? Batman? In letters? Of the 28 or so writers listed as the Most Influential, only a few are alive. In manners? Come on ...

    In scholarly pursuits? Well, there is a great deal of activity at many of America's finest academic institutions - but rarely does the work play out into the rest of society to any great extent.

    Jack 'n Jill Sixpack are still the American model when it comes to defining a middle-class existence.

    And it is the fault of whom?

    I suggest it is the overwhelming influence of the BoobTube - that leveler to the Most Common Denominator at the very bottom of human interest. Such as sports, hell-bent Hollywood drama, hotdog eating contests, political fanaticism and a fixation upon whatever depicts obtaining a great deal of money very quickly.

    Money cannot buy society happiness. Or cultural attributes that are shared commonly. Most common of all those attributes being a sense of Social Justice that allows all to live decently – so fixated is it on “winning” and individual achievement.

    The dumbing-down of America continues apace.

  5. CommentedFrank O'Callaghan

    The most important writing in a very long time.

    We live on a planet where this eradication of hunger is immediately possible. We should do this in a sustainable and fair manner. José Graziano da Silva has made a great statement here.

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