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Dialogue avec les extrémistes

JERUSALEM – La politique moyenne-orientale du président Bush, telle qu'il l'a définie en janvier 2002 lors de son discours sur "l'axe du mal" est en train de changer radicalement. Son paradigme de politique étrangère d'une alliance des "modérés" pour vaincre les "extrémistes" – avec le soutien enthousiaste de dirigeants israéliens dépourvus d'imagination et de ceux des Arabes (avec en tête l'Egypte et l'Arabie saoudite) qui redoutent un changement radical - a échoué. Les "extrémistes" que Bush pensait vaincre par des sanctions économiques, l'isolation diplomatique et l'action militaire l'emportent. Ce sont les "modérés" qui doivent maintenant changer de politique.

Israël et les USA n'ont pas réussi à déloger le Hamas de Gaza et à le contraindre à accepter les conditions exigées pour mettre fin au boycott international. Craignant le coût d'une intervention dans les ruelles de Gaza, Israël a concédé une victoire stratégique au Hamas. Il a accepté une trêve sous la houlette d'un gouvernement égyptien craignant l'influence iranienne sur Gaza à ses frontières. Cela a sapé la politique de la communauté internationale consistant à ne pas négocier avec ce groupe fondamentaliste, tout en lui donnant une légitimité politique et lui permettant de continuer à se réarmer. Le Hamas est maintenant une menace stratégique pour les centres urbains et les installations militaires israéliennes.

En 2006, la guerre d'Israël contre le Hezbollah au Liban, avec le soutien des USA et de la totalité du camp arabe "modéré", n'a pas eu davantage de succès. Aujourd'hui le Hezbollah est plus puissant qu'il ne l'a jamais été sur le plan militaire (la résolution 1710 du Conseil de sécurité qui appelait à son désarmement est un échec total) et en meilleure position politique qu'avant la guerre. Parvenant admirablement à combiner les fibres politiques, religieux et nationalistes, le dirigeant du Hezbollah,  Hassan Nazrallah, est devenu le maître incontesté du Liban.

Le protecteur syrien du Hezbollah, le président Bachar Al-Assad, un autre membre de "l'axe du mal", se porte bien lui aussi. Israël et les USA, mais aussi l'Egypte et l'Arabie saoudite, avaient espéré la disparition politique de ce sympathisant de toutes les causes radicales de la région qu'ils combattent – du Hamas et de l'Iran aux forces anti-occidentales du Liban. Mais Assad est parvenu à remonter la pente après le retrait forcé des forces syriennes du Liban en 2005. Il a réussi à devenir l'agent sans lequel il est impossible de créer un gouvernement ou d'élire un président au Liban.

Cette situation, ainsi que les négociations indirectes d'Israël avec la Syrie en cours en Turquie (qui ne produiront pas de grands résultats étant donné la faiblesse politique du Premier ministre israélien Ehud Olmert et le statut de canard boiteux de Bush) l'ont aidé à ouvrir les portes de l'Europe à son pays, alors qu'à une époque pas très lointaine il y était considéré comme un paria. Enfin, voulant à tout prix reprendre le gouvernail de la politique au Moyen-Orient, les USA ont radicalement changé d'attitude. Ainsi, ils ont convenu d'une rencontre entre le sous-secrétaire d'Etat américain pour le Proche-Orient, David Welch, et le principal négociateur syrien avec Israël, Riad Daoudi.

La politique américaine visant à contraindre l'Iran à arrêter son programme nucléaire au moyen de sanctions inefficaces n'a pas mieux réussi que les autres plans destinés à isoler les extrémistes de la région. Les USA sont revenus sur leur refus de négocier avec l'Iran si ce dernier ne suspend pas au préalable l'enrichissement de l'uranium.

La participation du sous-secrétaire d'Etat Williams Burns au dialogue entre l'Europe et l'Iran et le projet d'une présence diplomatique américaine à Téhéran pour la première fois depuis la Révolution islamique de 1979 représentent un changement énorme de la politique américaine. C'est aussi un signal en direction d'Israël, lui indiquant qu'il doit s'abstenir d'une frappe militaire. Enlisée en Irak et en Afghanistan, l'Amérique n'est pas d'humeur à ouvrir un troisième front contre le monde musulman. Les conséquences d'une attaque israélienne contre l'Iran "seraient extrêmement stressantes pour nous", a averti le chef d’état-major interarmées, l'amiral Michael Mullen.

Avec l'échec de sa politique étrangère d'inspiration idéologique, Bush a finalement décidé de ne pas rester imperméable à l'intérêt d'un dialogue avec la Syrie et l'Iran. Aussi isolés qu'ils soient au sein de la famille arabe, et aussi difficile soit la situation de l'Iran, ces deux pays maintenant alliés détiennent la clé de la stabilité du Moyen-Orient. Ce sont des acteurs de première importance au Liban, ils ont un rôle à jouer pour pacifier l'Irak et ils peuvent peser sur des acteurs non-étatiques puissants et extrêmement déstabilisateurs comme le Hezbollah et le Hamas - leur influence sur ce dernier étant cruciale pour la stabilité sur le front palestinien. Le dialogue avec l'Iran est aussi la seule manière de conjurer une apocalypse nucléaire dans la région.

Cette diminution générale des tensions politiques traduit une autre erreur de conception de l'administration Bush, à savoir que "l'axe du mal" serait une coalition irrationnelle visant uniquement à nuire. Le fait qu'il poursuive des buts radicaux ne signifie pas nécessairement qu'un pays va se comporter de manière irrationnelle. Ni la Syrie, ni l'Iran ni même la Corée du Nord n'ont intérêt à être des parias sur la scène internationale. Ils savent parfaitement quel est le coût économique de l'isolement.

Leur politique ne consiste pas simplement à répandre la terreur et la révolution, elle vise à défendre des intérêts négociables. Ils sont à la fois conscients des limites de leur politique de déstabilisation et dans l'attente d'une administration américaine davantage tournée vers le dialogue, qui accepte de prendre en compte leurs préoccupations politiques et stratégiques.

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