Tuesday, September 30, 2014
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Faut-il vivre 1000 ans ?

PRINCETON – Sur quels domaines devrait être axée la recherche médicale et en sciences biologiques ? De nombreux arguments étayent l’idée de s’attaquer aux maladies qui tuent le plus grand nombre de personnes – le paludisme, la rougeole et les maladies diarrhéiques qui font des millions de victimes dans les pays en développement, mais peu dans les pays développés.

Les pays développés consacrent quant à eux l’essentiel de leur fonds de recherche aux maladies dont souffrent leurs populations et qui devraient persister dans un avenir prévisible. Compte tenu de cette contrainte, quelle avancée médicale serait le plus à même d’améliorer nos vies ?

Si votre première pensée est un « traitement contre le cancer » ou un « traitement contre les maladies cardiovasculaires », pensez-y à deux fois. Aubrey de Grey, principal responsable scientifique de la Fondation SENS et l’avocat le plus éminent de la recherche contre le vieillissement, affirme qu’il ne fait aucun sens de dépenser l’essentiel des ressources de la recherche médicale pour combattre les maladies de la vieillesse sans combattre la vieillesse elle-même. Si nous parvenons à soigner l’une de ces maladies, ceux qui y auraient succombé doivent s’attendre à mourir d’une autre maladie dans les années qui suivent. Les bénéfices sont donc limités.

Dans les pays développés, la vieillesse est la cause ultime de 90 pour cent des décès ; ainsi, traiter le vieillissement est une forme de médecine préventive de toutes les maladies de la vieillesse. De plus, avant même que la vieillesse entraîne la mort, elle réduit notre capacité à profiter de la vie et à contribuer de manière positive à celle d’autrui. Donc, au lieu de cibler des maux spécifiques qui apparaissent à partir d’un certain âge, tenter de retarder ou de réparer les dégâts physiologiques occasionnés par la progression des années ne serait-elle pas une meilleure stratégie ?

De Grey estime que des progrès, même modestes, dans ce domaine au cours de la prochaine décennie pourraient entraîner une prolongation notable de la durée de vie. Il suffirait d’atteindre ce qu’il appelle la « vitesse d’échappement de la longévité », c’est-à-dire le point à partir duquel la vie peut être prolongée suffisamment pour que de nouveaux progrès scientifiques permettent à nouveau d’allonger la durée de vie et donc induire de nouveaux progrès et une longévité accrue. S’exprimant récemment à l’université de Princeton, de Grey a indiqué : « Nous ne savons pas quel âge a aujourd’hui la personne qui vivra jusqu’à 150 ans, mais la première personne qui vivra 1000 ans est presque certainement moins de 20 ans plus jeune ».

Ce qui rend cette perspective attrayante pour de Grey n’est pas tant l’idée de vivre éternellement que la prolongation d’une vie jeune et saine qui comporte un certain degré de contrôle sur le processus du vieillissement. Dans les pays développés, permettre aux personnes jeunes ou dans la force de l’âge de rester plus jeunes plus longtemps atténuerait le problème démographique imminent, et sans précédent dans l’histoire, d’une telle proportion de la population atteignant un âge avancé – et devenant souvent dépendante des plus jeunes.

D’un autre côté, une question éthique se pose : n’est-ce pas une démarche égoïste de vouloir prolonger autant la vie ? Et si nous y parvenons, le résultat sera-t-il positif pour certains et négatif pour d’autres ?

Les citoyens des pays riches ont déjà une espérance de vie de 30 ans supérieure à celle des habitants des pays les plus pauvres. Si nous découvrons comment ralentir le vieillissement, nous pourrions nous retrouver dans un monde dans lequel la grande majorité pauvre arrive au seuil de la mort au moment où la minorité riche n’en est qu’au dixième de la durée de vie prévisible.

Cette disparité est l’une des raisons pour penser que surmonter le vieillissement ne fera qu’augmenter l’injustice dans le monde. Une autre raison est que si des individus continuent à naître, en que d’autres ne meurent pas, la population de la planète augmentera encore plus vite qu’actuellement, rendant les conditions de vie de certains plus difficiles encore qu’elles ne l’auraient été autrement.

Surmonter ou non ces objections dépend de notre degré d’optimisme concernant les avancées technologiques et économiques futures. La réponse de de Grey à la première objection est que, même si les traitements anti-âge risquent d’être coûteux dans un premier temps, leur prix devrait baisser, comme cela a été le cas pour de nombreuses innovations, que ce soit les ordinateurs ou les médicaments qui bloquent le développement du sida. Si le monde continue à se développer sur les plans économique et technologique, les individus deviendront plus riches et à long terme, les traitements anti-âge seront accessibles à tous. Pourquoi donc ne pas entamer la recherche et en faire une priorité dès aujourd’hui ?

En ce qui concerne la deuxième objection, contrairement à l’idée répandue, parvenir à surmonter le vieillissement pourrait nous donner le répit nécessaire pour trouver des solutions au problème de la surpopulation, parce qu’il retarderait ou éliminerait la ménopause et permettrait aux femmes d’avoir leurs premiers enfants plus tard qu’aujourd’hui. Si le développement économique mondial se poursuit, le taux de fertilité déclinera dans les pays en développement, comme il a décliné dans les pays développés. En fin de compte, le développement technologique pourrait également contribuer à surmonter l’objection démographique, en nous donnant de nouvelles sources d’énergie qui n’augmenteraient pas l’empreinte carbone.

L’objection démographique soulève une question philosophique plus profonde. Si notre planète a une capacité limitée à maintenir la vie humaine, vaut-il mieux moins d’individus qui vivent plus longtemps ou plus d’individus qui vivent moins longtemps ? L’une des raisons pour penser que la première option est préférable est que seuls ceux qui sont nés savent de quoi la mort les prive ; ceux qui ne le sont pas ne savent pas ce qu’ils manquent.

De Grey a établi la Fondation SENS pour promouvoir la recherche contre le vieillissement. A bien des égards, ses appels de fonds ont été couronnés de succès, puisque le budget annuel de la fondation s’élève aujourd’hui à 4 millions de dollars. Mais ce montant reste ridiculement faible par rapport au financement dont bénéficient les principales fondations de recherche médicale. De Grey pourrait se tromper, mais s’il avait raison, les bénéfices extraordinaires issus de cette recherche en font un pari bien plus intéressant que les domaines de la recherche médicale financés actuellement.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. Commentedhari naidu

    From a purely ethical and moral perspective, birth and death are categorical imperatives of the Creator.

    Aging per se is not the physiological issue but a symptom.

    @+75 I've found that prevention of pain - due to aging - is more critical and provides for a healthy and long life. Of course, diet and exercise is essential; but good health is defined by lack of muscular pain in an aging body.

    Now, after remarkable success with ailing foot of racing horses and sportsman, there is medicinal recourse to interleukin plasma from human body to remedy orthopedic pain.

    Only fools waste their time on longevity - without recognizing preconditions for a life without pain.

  2. CommentedAyse Tezcan

    More important question is evolutionary plausibility. Unless we find other planets to inhabit and resources to sustain, our evolutionary drive will result in new ways of ending our existence to open space and resources for our offsprings. Of course unless we lose this trait.

  3. CommentedGary Mezo

    LIVE TO 250+ ??? WE AGREE THAT Basic human life processes/systems are programmed to live 250+ years as Aubrey de Grey states, but the declination of health leading to premature demise is principally secondary to a life-long systemwide cascade of events caused by arteriosclerosis. Stop arteriosclerosis early on in the 20's-30's or reverse arteriosclerosis to that stage and man can continue to live to ~250. Our R&D shows that arteriosclerosis is primarily a waxing-waning inflammatory cascade reaction to secondary to a lifelong infectious burden. We believe that we have isolated the pathogen, have done research on this endovascular problem for 20+ years and have developed a therapeutic to reverse the arteriosclerotic plaque burden.....we even have IRB-Monitored, peer-reviewed, published clinical trials conducted by cardiologists.....Our physicians usually treat themselves and their families first. Read about it and address your own mortality-issues! http://www.nanobiotech.us/nanobactx

  4. CommentedKennita Watson

    People may feel less need to cram when they have no time limit. At that point the obsessive behavior will be fully unmasked as the pathology it is, and can be treated accordingly.

  5. CommentedJames Flint

    Until we dismiss our toxic, bronze age religions our progress will be fitful and difficult. Ethics should not be based on fairy stories.

  6. CommentedTom Shillock

    I seems to me that in order to biomedically target the aging process as opposed to the diseases of aging it would help to have a biologically compelling definition of aging process that that distinguishes it from the diseases of aging and that guides experimental research. That would seem to be a job well suited to an analytic philosopher.

  7. CommentedNathan Coppedge

    In my conceptual studies of immortality, I think it is worth underscoring that there are multiple strategies to achieving longevity.

    One is a path to wisdom, minimal fitness and no terrible mistakes, symbolized by age before youth, eliminated by some sort of chronic effort, producing a pragmatic remainder.

    Another is sheer fitness, which has been more popular, but poses the problem of strain and rest, which can cause fatty accumulations, as has often been experienced by athletes. I think stress is under-represented amongst studies of athletes.

    A third method is more similar to vampirism, and represents stimulating the body with drugs, or refurbishing the blood through artificial means. In the best cases it might involve genetic treatments.

    A fourth method involves exceptional adaptation such as having an 'immortality threshold', that is, highly specific responses to environment gradually 'affect' immortality. This may be prone to sudden changes, eliminating it's long-term benefit, but may supplement other methods.

    I suspect that if there are other primary methods than these (and 'drug' may fit under multiple of these categories ultimately) then it involves nobility or grace of some kind, perhaps resulting from specific lessons learned in older age.

    Certainly an interesting subject. I hope that I've been helpful in clarifying genii (Four Genii !) related to immortality.

  8. CommentedJerry Russell

    The trend suggests we actually need longevity to survive as a species. Studies show an increase in quality of life decreases our fertility rate, and the world is on a trend to dip below sustainability within a generation. Forget those that scream overpopulation, it's foolish to look at our raw population surpassing 7 billion and suggesting runaway growth.

    Bonus thought, when we dramatically increase our longevity and quality of life we could end up as some race mostly composed of thousand+ year old elders who rarely breed. Which in all honesty is better for the universe, greater chance of other species thriving and joining us.

    Info and extra reading:
    The rate of sustainability for developed societies is 2.1 kids, today we have Australia at 1.92, US at 1.9 and UK is 1.94 (wiki: http://en.wikipedia.org/wiki/Total_fertility_rate#Replacement_rates)

      CommentedKennita Watson

      The universe is nice and all, but I do NOT volunteer to die for its sake. Besides, you _way_ overestimate your significance, and even the significance of the entire planet, if you think that the universe will care, or even notice, anything we do, no matter how dire? We just discovered a black hole the mass of around 30 billion suns, about 250 million light-years away. Our sun could go nova and it would have immeasurably less impact than one molecule of acid in the Pacific Ocean. The universe will be fine; it's you who are under a death sentence.

  9. CommentedLuke Parrish

    I have a conviction about the potential for cryonics research that is similar in some respects to de Grey's regarding antiaging research. I think that perhaps if we funded research into cryobiology, there would be breakthroughs that would lead to being able to put people's vital status on hold, preventing them from aging or feeling suffering.

    Contemporary cryonics is not quite like that because of the requirement of legal death beforehand (which often involves an extended agonal period), and because the great uncertainty of ever coming back means that most people would not want to enter such a state until in the late stages of terminal illness anyway. True medical suspended animation would consist of something that does no damage beyond our ability to repair, and could be entered much earlier in the process (or even be used for non-terminal illnesses that are otherwise a strain on resources such as a flu pandemic).

    On the other hand, the hope of reanimation and anticipation of actually seeing the future does add something positive and irreplaceable for current cryonics cases -- enlivening an otherwise hopeless terminal illness. This hope of seeing the future (space travel, world peace, and so forth) is one of the things about life extension that I find thrilling, in addition to the hope of escaping near-term death.

  10. CommentedZsolt Hermann

    I think the much more important question is what can we do with those years we spend in this life in a useful, purposeful fashion.
    At the moment all we care about how much pleasure we cram into ourselves in a very self centred, self obsessed manner, fully accepting the marketing messages: "you deserve it", "life is only about pleasure", "you need to have this and that..." and so on.
    The problem is that in the process of chasing as much self-fulfilment as possible we became more unhappy and depressed than ever before, all human institutions are falling apart from the family unit to the global human system. We even lost our hope for a better future, simply hoping to survive.
    If we continue like this, by extending human lifespan we simply create an army of zombies wandering around in a very unhappy life for decades.
    People have to start figuring out what truly gives lasting fulfilment in today's global, interconnected reality, where people are tied together as in a single family.
    If we managed to figure out this "meaning of life" question this might lead to the solution to the global crisis and all the problems humanity is facing today.

      CommentedLuke Parrish

      Depression and the harm of counterproductive/suboptimal lifestyles have huge utilitarian potential, and this is amplified by longer lives. However, I'm not convinced that we are all doing so poorly that we should let it distract us from life extension research. Certainly we can afford to fund the endeavor a bit more. Hope for the future is itself something of an antidepressant.

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