Wednesday, July 30, 2014
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Le Mythe de l’éducation

Nous savons tous qu’acquérir plus de formation est une bonne chose, particulièrement pour notre avenir économique. C’est pourquoi de nombreux pays, notamment en Europe, se sont fixés des objectifs chiffrés pour faire avancer leur politique en matière d’éducation : 50 % de participation au niveau universitaire pour la Grande-Bretagne ou la Suède, par exemple, ou encore 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat en France. La grande idée du Chancelier Schröeder pour résoudre les problèmes économiques en Allemagne reste, bien sûr, l’éducation : intégrer encore plus d’étudiants dans le premier cycle universitaire qui se débat déjà pour faire face à ceux qui y sont actuellement intégrés. 

Les gouvernements voient leur tâche principale en terme de prospérité économique et l’éducation leur semble être l’outil nécessaire et efficace pour parvenir à leurs fins. Mais est-ce bien le cas ?

On nous dit que dans une « économie des savoirs » un pays a besoin de toujours plus de diplômés et de formations institutionnalisées pour rester compétitive. Mais l’éducation ne peut tout simplement pas assurer la croissance économique de la façon dont les politiciens -- et les hommes d’affaires -- en rêvent : plus d’éducation ne signifie pas systématiquement plus de croissance. Pire encore, les politiques d’éducation qui découlent de ces croyances actuelles ont des conséquences négatives sérieuses sur les possibilités offertes aux jeunes et sur la qualité de l’éducation elle-même.

L’argument selon lequel l’éducation est importante pour l’économie est plausible du fait qu’à un certain niveau, cet adage vise juste. Une société moderne a en effet besoin d’une population éduquée : pas seulement des ingénieurs, des pharmaciens et des docteurs mais des millions de personnes  sachant écrire des courriers cohérents, remplir des formulaires élaborés, expliquer des polices d’assurance et interpréter les données statistiques recrachées par les machines dans les ateliers d’usine. Certaines de ces qualifications peuvent uniquement s’acquérir à l’université, mais d’autres se maîtrisent (ou devraient l’être) dès l’école primaire ou secondaire.

Les employeurs ont tendance à engager les personnels les plus éduqués disponibles sur le marché, et de ce fait le nombre de diplômés augmente, tout comme le nombre d’emplois pour « diplômés ». Cependant, toutes les études que je connais, qu’elles soient britanniques, scandinaves ou américaines, montrent qu’un grand nombre de ces emplois « diplômés » ne requièrent guère plus de connaissances que lorsqu’ils étaient occupés par des non diplômés qui s’en acquittaient très bien. En ce sens, de nombreuses sociétés sont déjà « surqualifiées ».

Mais cela n’a peut-être que peu de pertinence. Les employés les mieux formés remplissent peut-être leurs rôles professionnels plus efficacement, auquel cas nous pourrons certainement établir un lien évident entre les performances scolaires et la croissance économique.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Quelques pays industrialisés ont suivi dernièrement avec succès des politiques gouvernementales en matière d’éducation qui ont relancé le développement économique. Mais pour chacun de ces cas, dont la Corée du Sud est l’exemple par excellence, il existe un contre-exemple, comme Hong Kong, où la croissance économique météorique n’a rien à voir avec des politiques éducatives gouvernementales centralisées. Les parents poussent plutôt leurs enfants vers les meilleures écoles pour leur donner une longueur d’avance individuellement, ce que font tous les parents dans le monde entier, quand ils se sont enrichis uniquement .

De plus, pour chaque Corée du Sud, et chaque Hong Kong, on peut également trouver des pays en voie de développement où l’éducation en voie d’expansion a simplement alimenté la concurrence pour les emplois de bureau dans une bureaucratie d’État gonflée représentant une charge permanente. Ce sont ces pays qui expliquent pourquoi les études internationales dégagent toujours une corrélation négative entre la croissance et le niveau d’éducation.

L’Égypte en est l’exemple classique. Entre 1970 et 1998, le taux d’inscriptions dans le primaire a dépassé les 90 % et le secondaire est passé de 32 % à 75 %, alors que les formations universitaires doublaient. Au début de cette époque, l’Égypte occupait en termes de pauvreté le 47ème rang mondial et occupait à la fin de cette période le 48ème rang mondial.

Cependant, il n’y a pas que dans les pays en voie de développement que l’on voit l’évanescence de la corrélation entre la croissance et l’éducation. La Suisse est l’un des pays les plus riches du monde depuis cent ans, et ce sans ressources naturelles particulières. Et pourtant, c’est le pays d’Europe où le taux d’entrée à l’université est le plus bas d’Europe occidentale.

Si l’on cherche la corrélation entre les performances des enfants dans les enquêtes internationales sur les réussites scolaires et le taux de croissance des pays concernés sur vingt ans, on ne trouve rien. Une telle corrélation n’existe pas. Ainsi, alors qu’il est évident que tout pays développé a besoin d’une population qualifiée, l’idée que de meilleures qualifications permettent une meilleure prospérité est une chimère.

Cela a-t-il une importance cependant ? L’éducation possède assurément d’autres vertus par delà le rôle économique qu’elle remplit. Aussi devrions-nous peut-être cessé de critiquer l’enthousiasme des gouvernements et commencer de nous réjouir de leurs investissements dans l’éducation.

Toutefois, cela reviendrait à ignorer la part d’ombre de notre spirale éducative. La création d’emplois « qualifiés » supplémentaires prouve uniquement que les diplômes prennent plus d’importance alors qu’ils se sont banalisés. De plus, par le passé, quiconque quittait l’école sans les « diplômes » appropriés pouvait encore réussir professionnellement, grâce à l’apprentissage ou en travaillant d’arrache-pied pour monter en grade à partir de zéro. De nos jours, cela devient impossible : nous créons des sociétés dans lesquelles les personnes, telles le bon grain et l’ivraie, sont marquées à vie dès l’adolescence.

Les études universitaires se banalisant, l’apprentissage attire de moins en moins de jeunes capables. Pourtant , nos économies ont encore besoin d’artisans très qualifiés, bien plus que d’un lot supplémentaire de diplômés en art.

De plus, l’expansion rapide de la formation universitaire se fait bien trop souvent au détriment de la qualité. L’éducation coûte cher parce qu’elle utilise un capital humain : il ne peut y avoir aucune économie d’échelle ni de bond en avant dans la productivité. le salaire relatif des enseignants est à la baisse au fur et à mesure que leur nombre augmente, ce qui affecte la qualité des enseignants. Les cours universitaires accueillent plus de monde, ce qui entraîne une formation moins efficace des étudiants. Il devient difficile de maintenir un bon niveau de recherches universitaire du fait des exigences financières des autres domaines budgétaires en matière d’éducation. 

Est-ce donc là le chemin approprié vers une économie florissante et une société ouverte, civilisée et cultivée ?

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