Friday, October 24, 2014
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Le Décès du roi Fahd

L’attente du décès du roi, qui dura toute une décennie, est aujourd’hui terminée. Le roi Fahd, qui a servi le plus longtemps dans toute l’histoire de l’Arabie saoudite (24 ans), est mort.  Pendant six semaines, le roi hospitalisé est resté à l’article de la mort, ce qui de fait est la situation dont il a souffert depuis son grave accident cérébro-vasculaire il y a 10 ans. L’identité du nouveau roi est connue, ce qui l’est moins, c’est celui qui sera aux commandes.

Tout comme au moment de la mort du Général Tito dans une Yougoslavie divisée, la famille royale du roi (qui forme également ses subordonnés politiques) craint que la mort du dirigeant n’entraîne le chaos. Cette crainte se produit à un moment où le grand Moyen-Orient bruisse des débats sur le changement démocratique. De l’Égypte au Liban en passant par l’Iran, les passions politiques s’échauffent, tout comme un certain optimisme renouvelé. Les manifestations de rue, les élections et les débats politiques dans les cafés et sur Internet fleurissent comme jamais auparavant. Même les États conservateurs de la péninsule arabe sont embarqués dans des discussions vives sur les femmes ministres, la représentation chiite, la participation islamiste dans le processus politique et même l’avenir des monarchies au pouvoir. Dans ces circonstances dynamiques, l’Arabie saoudite tient une place à part.

En effet, l’Arabie saoudite semble prise au piège dans un état d’animation suspendue, son corps politique malade et infirme. Le pays est pris entre deux possibilités : La réforme progressiste ou la paralysie continue et le pourrissement.

Les divisions du royaume sont plus aiguës que jamais, et la mort du roi pourrait même les aiguiser encore plus.  Deux camps rivaux se forment, les réformateurs et les tenants de la ligne dure, chez les Al Saoud, la plus grande famille régnante au monde, avec ses 22 000 princes et princesses.

Les réformateurs ont moins d’autorité mais représentent le côté acceptable de la dictature saoudite pour la communauté internationale. Leur nouveau leader , le roi Abdallah, semble avoir une certaine légitimité grâce à sa séniorité dans la famille. Les réformateurs parlent d’élections municipales partielles, de dialogue national et des droits des femmes, à qui ils seraient prêts à accorder bientôt le droit de conduire des automobiles !

Même ces efforts limités sont contrecarrés par les tenants de la ligne dure, le camp des wahhabites, qui contrôle les forces de sécurité, le système judiciaire et détient tous les véritables leviers du pouvoir intérieur. En effet, le prince Naif, ministre de l’intérieur et dirigeant des tenants de la ligne dure, a réduit au silence ou emprisonné des centaines de réformateurs saoudiens d’importance.

Une des raisons de la faiblesse de la faction d’Abdallah vient du soutien insuffisant de la famille, parce que les Al Saoud concentrent le pouvoir chez les Al Fahd, soit les six frères germains du roi Fahd : principalement le prince Sultan, le ministre de la défense, et le prince Naif. En apparence, la succession s’est faite comme prévue, le prince héritier Abdallah devenant roi à la mort de Fahd. Malgré cela, Abdallah ne pourra peut-être pas façonner l’avenir du pays, car il semble condamné à perdre en cas d’affrontement avec les forces de Naif.

Le soutien Abdulhah se trouve chez la Garde nationale, et son vœu est de défendre les forces modernisatrices de l’Arabie saoudite. Tout cela est insuffisant pour contrôler Naif. Un des premiers tests d’importance de la capacité Abdulhah à régner sera sa capacité à libérer les centaines de réformateurs politiques emprisonnés, tout particulièrement trois universitaires respectés qu’il a encouragé à proposer des réformes, ce qui leur a valu de se retrouver emprisonner sur ordres de Naif.

Maintenant que le roi Fahd est mort, les vieilles disputes entre ses frères germains et demi-frères, sans parler des milliers de princes de la génération suivante, devront être réglées. N’attendez aucun espoir de la nouvelle génération, qui n’est pas particulièrement jeune ni progressiste. En effet, les troisième et quatrième générations du clan des Al Saoud sont non seulement divisées dans leurs affiliations politiques et religieuses, mais couvrent également des générations de 20 à 90 ans. Tous attendent l’occasion de s’emparer du pouvoir.

Ainsi le peuple saoudien est confronté à un problème majeur : l’émergence d’un dirigeant autoritaire qui permettra l’union du pays dans une tradition progressiste comme celle de feu le roi Fayçal sera-t-elle possible ? La triste probabilité est qu’aucun roi à poigne ferme et énergique ne pourra émerger étant donné le pouvoir des forces de blocage sous la direction de Naif. La direction que prendra le pays à long terme pourra être mieux perçue une fois Abdulhah aura désigné le successeur du prince Sultan, le principal allié de Naif qui lui a déjà été désigné comme l’héritier Abdulhah

Si Abdulhah (âgé de 83 ans) peut sauter une génération et nommer un personnage plus jeune et plus ouvert, alors l’espoir est possible. Mais Naif (âgé de 77 ans), ses frères germains, dont Sultan (âgé de 82 ans), et leurs supporters dans l’establishment wahhabite semblent bien trop retranchés dans leur position pour laisser une telle chose se produire. Comme les successions de vieillards qui précédèrent l’effondrement de l’Union soviétique, la succession en Arabie saoudite semble n’être qu’une étape dans la marche inexorable vers le pourrissement politique. La Russie avait trouvé trop tard un réformateur en la personne de Mikhaïl Gorbatchev. Il est peut-être aussi déjà trop tard pour l’Arabie saoudite.

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