Exit from comment view mode. Click to hide this space
Email | Print

Le monde financier corrompu jusqu'à la moelle ?

CHICAGO – Peut-être croyez-vous que l'image du monde financier américain ne peut être plus mauvaise qu'elle ne l'est maintenant.  Pourtant on n'a sans doute pas encore atteint le fonds, car le procès pour délit d'initié de Raj Rajaratnam, un milliardaire gérant d'un fonds spéculatif, débute. Il va probablement être l'occasion d'un aperçu corsé de la corruption du monde financier.

Ce procès est remarquable pour plusieurs raisons. Tout d'abord c'est l'une des rares affaires de délit d'initié impliquant un gérant de fonds spéculatif. Jusqu'à présent, les Etats et les procureurs fédéraux préféraient poursuivre les personnes qui ne donnent qu'occasionnellement des ordres de Bourse et qui de ce fait sont faciles à repérer.

Ainsi il n'a pas été difficile de flairer une fraude quand une minuscule banque italienne a reçu un ordre d'achat pour une somme importante (des actions de la société US Shoe avant qu'elle ne soit rachetée par le fabricant de lunettes italien Luxottica) d'une personne qui n'avait jamais joué de gros montants en Bourse. Autrement dit, il est facile de prouver le lien de cause à effet entre des opérations boursières et une information confidentielle si le donneur d'ordre intervient rarement en Bourse, alors que c'est bien plus difficile s'il intervient chaque jour à tours de bras.

Dans l'affaire Rajaratnam, ce sont des écoutes téléphoniques qui ont permis d'établir ce lien. C'est aussi un aspect remarquable de cette affaire : c'est la première enquête sur un délit d'initié faisant appel à une méthode généralement réservé aux trafiquants de drogue ou à la mafia. Lorsque le contenu des écoutes sera exposé devant le tribunal, cela n'apaisera sans doute pas la méfiance déjà considérable de l'opinion publique à l'égard du monde financier.

Mais le plus frappant dans cette affaire, c'est le niveau des personnes impliquées. Jusqu'à présent, à part les intervenants en Bourse occasionnels, les délits d'initiés mettaient généralement en cause des financiers véreux comme Ivan Boesky dans les années 1980. Mais cette fois-ci les inculpés sont au cour du monde des affaires américain. Anil Kunmar qui  a plaidé coupable pour avoir vendu des informations confidentielles sur sa société à Rajaratnam pour 1,75 millions de dollars était un directeur de McKinsey. Raja Gupta, accusé d'être l'un des conspirateurs, a été président-directeur général de McKinsey pendant 9 ans. Et Rajiv Goel qui est mêlé au même titre à cette affaire était directeur des investissements stratégiques d'Intel. Il est difficile de croire que des dirigeants en plein succès mettent en danger leur carrière et leur réputation, au point que beaucoup d'économistes espèrent que les accusations se révéleront infondées. Mais un récente étude universitaire de Lauren Cohen, Andrea Frazzini et Christopher Malloy montre qu'il n'est pas surprenant que des amis d'université comme Kumar, Goel et Rajaratnam partagent des informations confidentielles.

Selon cette étude, les gérants de portefeuilles investissent davantage dans les firmes dirigées par leurs anciens camarades d'étude et cette stratégie accroît leur gain de 8% en moyenne. On peut interpréter avec indulgence ce résultat en disant que d'anciens camarades d'université se connaissent bien et que de ce fait un gérant de portefeuille est mieux placé pour évaluer un PDG si c'est un ancien camarade d'université. Mais cette interprétation est difficile à concilier avec l'idée que les bénéfices qu'ils réalisent tiennent simplement aux informations communiquées par les entreprises.

A l'issue de ce procès, l'opinion publique conclura sans doute que tous les fonds spéculatifs sont malhonnêtes et que le système est truqué à l'égard des outsiders. Heureusement ce n'est pas le cas. S'il y a des brebis galeuses dans les fonds spéculatifs, la plupart de leurs gérants sont honnêtes et leur activité légitime contribue à l'efficacité des marchés.

Mais il sera difficile à ces derniers de redresser l'image de leur secteur. Un moyen d'y parvenir serait qu'ils prennent l'initiative de la transparence. Ils devraient rendre public toutes les opérations réalisées il y a plus de 2 ans. Du fait de ce décalage, cela n'affecterait pas leur compétitivité puisque la demi-vie de la plupart de leurs stratégies financières est très courte, mais prouverait qu'ils n'ont rien à cacher. Ils y gagneraient énormément en crédibilité.

Cette démarche volontaire de leur part éviterait aussi le renforcement sévère de la réglementation que pourraient entraîner les gros titres alarmants autour du procès de Rajaratnam.

Reprinting material from this Web site without written consent from Project Syndicate is a violation of international copyright law. To secure permission, please contact us.

Exit from comment view mode. Click to hide this space

Comments (0)

You need to login in order to leave a comment. If you do not yet have an account, please register.

Show comments of
close

The two commenting options explained

Watch a 1 minute video
to discover how you can comment on the entire article or a specific paragraph. The two images below also explain the two ways of commenting.

1) Entire article comment
Once logged in, simply click inside the comment box where it says "Enter text here." Enter and post your comment.

2) Paragraph comment
Please log in first. Then click to the left of the desired paragraph. Your cursor will automatically move to the comments box. Enter and post your comment.

Top Project Syndicate commentaries

Email this article

Your name is required.

Your email is required.


Your friend's name is required.

Your friend's email is required.


A message is required.