Monday, April 21, 2014
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Les dangers de la réduction des déficits

NEW YORK – Une vague d’austérité budgétaire s’abat sur l’Europe et l’Amérique. Nombreux sont ceux qui ont été surpris par l’ampleur des déficits budgétaires – tout comme par l’ampleur de la récession. Et malgré les protestations des disciples de la dérégulation, qui souhaiteraient voir le gouvernement rester passif, la plupart des économistes estiment que ces dépenses gouvernementales ont fait la différence en permettant d’éviter une autre grande dépression.

La plupart des économistes s’accordent aussi sur le fait que c’est une erreur de ne regarder qu’une seule colonne d’un bilan (que ce soit pour le secteur privé ou le public). Il faut non seulement regarder ce que doivent les entreprises ou le pays mais aussi les actifs. Cela devrait permettre de répondre aux faucons de la finance et à leurs avertissements alarmistes à propos des dépenses du gouvernement. Après tout, même les faucons du déficit admettent que nous devrions nous attarder moins sur les déficits d’aujourd’hui que sur la dette nationale à long terme. Car investir dans l’éducation, les technologies et les infrastructures, peut en fait entrainer une baisse des déficits à long terme. La myopie des banques a contribué à créer une situation de crise ; nous ne pouvons pas admettre que la myopie du gouvernement – encouragé par le secteur financier –laisse perdurer plus longtemps cette situation.

Une croissance plus rapide et les retours sur les investissements publics rapportent plus de revenus fiscaux, et des retours de 5 à 6 % suffisent largement à compenser une augmentation temporaire de la dette nationale. Une analyse de la rentabilité sociale (qui prendrait en compte les impacts autres que sur le budget) fait apparaître que de telles dépenses, même lorsqu’elles sont financées par la dette, sont encore plus intéressantes.

Enfin, la plupart des économistes conviennent que, mis à part ces considérations, la taille appropriée d’un déficit dépend en partie de l’état de l’économie. Une économie plus faible requiert un déficit plus lourd et la pertinence de l’ampleur d’un déficit au cours d’une période de récession dépend de circonstances précises.

Et là, les économistes sont divisés. Il est toujours très difficile de faire des prévisions, surtout en période de turbulences. Ce qui s’est passé n’arrive (heureusement) pas tous les jours ; il serait insensé d’utiliser les analyses des reprises passées pour prédire ce que sera celle-ci.

En Amérique, par exemple, les créances douteuses et les saisies sont à des niveaux jamais observés depuis trois-quarts de siècle. Le crédit a connu en 2009 sa plus forte baisse depuis 1942. Les comparaisons avec la crise de 1929 sont aussi trompeuses, car l’économie est très différente aujourd’hui. Et presque tous les soi-disant experts se sont montrés faillibles – comme en témoignent les prévisions lamentables de la Réserve Fédérale américaine avant la crise.

Pourtant, la croissance économique aux Etats-Unis et en Europe reste anémique malgré l’importance des déficits ; les prévisions de croissance du secteur privé suggèrent qu’en l’absence d’un soutien continu du gouvernement, le risque d’une stagnation durable persiste, c’est-à-dire le risque d’une croissance trop faible pour ramener le chômage à des niveaux acceptables dans un avenir proche.

Les risques sont asymétriques : si ces prévisions s’avèrent erronées, et que la reprise est plus prononcée, alors, bien sur, les dépenses pourront être réduites et/ou les impôts relevés. Mais si ces prévisions sont justes, un arrêt prématuré des dépenses risquerait de pousser l’économie vers une récession. C’est une des leçons que nous aurions du tirer de l’expérience américaine de la grande dépression ; c’est aussi une des leçons à tirer de l’expérience japonaise à la fin des années 90.

Ces considérations concernent surtout les économies les plus touchées. Cela a été plus particulièrement difficile pour la Grande Bretagne, par exemple, que pour d’autres pays et ce pour une raison évidente : elle avait une bulle de l’immobilier (aux conséquences moindres cependant qu’en Espagne) et le monde de la finance, épicentre de la crise, a joué un rôle plus important dans son économie que ce ne fut le cas pour d’autres pays.

Les faibles performances britanniques ne sont pas le résultat de politiques plus mauvaises ; car comparé avec les Etats-Unis, le renflouage de ses banques et les politiques de relance de l’emploi retenues furent, sur bien des points, bien meilleures. La Grande Bretagne a évité l’énorme gâchis de ses ressources humaines ; un gâchis qui, en Amérique, associé à un taux de chômage très élevé, fait qu’une personne sur cinq recherchant un emploi à plein temps n’en trouve pas.

Au fur et à mesure que la croissance de l’économie globale reprendra, les gouvernements devront, bien sur, avoir envisagé une hausse des taxes et une diminution des dépenses. Déterminer le juste équilibre sera sans nul doute sujet à controverses. Des principes comme ‘il vaut mieux taxer les mauvaises choses que les bonnes’ pourraient suggérer d’imposer des taxes environnementales.

Le secteur financier a imposé d’énormes externalités au reste de la société. Le monde de la finance américaine a pollué la planète avec des prêts toxiques, et, selon le bon vieux principe du ‘pollueur-payeur’, il devrait se voir imposer des taxes. D’ailleurs, des taxes bien conçues imposées au secteur financier pourraient contribuer à alléger les problèmes causés par des ratios d’endettement excessifs et des banques qui sont trop grandes pour faire faillite. Taxer les activités spéculatives pourrait encourager les banques à mieux se concentrer sur le rôle sociétal clé qui est le leur de proposer du crédit.

Sur le plus long terme, la plupart des économistes s’accordent sur le fait que les gouvernements, surtout dans les pays industriels développés à la population vieillissante, devraient s’inquiéter de la viabilité de leurs politiques. Mais ne cédons pas à un fétichisme du déficit. Les déficits engagés pour financer des guerres ou des petits cadeaux au secteur financier (comme ce fut le cas à une énorme échelle aux Etats-Unis) entrainent des dettes sans aucun actif correspondant et alourdissent le fardeau sur les générations futures. Mais des investissements publics à fort retour qui payent plus qu’eux-mêmes peuvent vraiment contribuer au bien-être des générations futures ; il serait donc doublement stupide de les accabler de dettes provenant de dépenses improductives pour ensuite réduire les investissements productifs.

Des questions restent en suspens – du moins dans de nombreux pays, les perspectives d’une reprise solide sont au mieux à un ou deux ans. Pour l’instant, la situation est claire : cela ne vaut pas le coup de prendre le risque de réduire les dépenses publiques.

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  1. CommentedCarol Maczinsky

    I think we ought to follow the example of Frederick William I of Prussia and reduce our spending, be functional and focussed. Good governance is the trick. Prussian Prudence, not anglosaxon austerity. Don't forget the USSR bankrupted because of its excessive military spending. The US could be next given that they seem unable to reduce their military budget and adjust it to international security realities. Relying on "Debt" sounds immoral and dishonourable to me.

  2. Commentedphilip meguire

    I agree that debt issued to finance long lived infrastructure should not count as part of the conventional deficit, as long as governmental accounting is scrupulously honest about the distinction between the current and capital budgets.

    I also agree that in nations where the tax / GDP ratio is under, say, 35%, tax increases have an important role to play in deficit reduction. I advocate 250-350B of cuts in Federal expenditure, combined with at least a 200B increase in personal taxes, and a 150B increase in corporate income taxes. This should reduce the Federal deficit to about 3% of GDP. I would welcome a further orderly reduction of the deficit.

    Stiglitz seems to think that current level of the Federal deficit and its rate of growth are not problematic. They do not seem problematic only because interest rates are artificially low. If the ex post real interest rate on Federal borrowing returned to 1%/year, the Federal budget would be in a major crisis.

    Finally, it is wrong to focus on unemployment as a measure of how subpar the American economy is. The trouble is that the distinction between being unemployed and being out of the labour force is mostly subjective. The unemployment rate does not do justice to people employed part time who wish they were employed full time. The employment-population ratio is much more operational, but it harder to interpret because it is not a stationary time series. The BLS does not report the employment-population ratio I would prefer to focus on, namely that for persons between the 25th and 62nd birthdays, broken down by gender.

    The employment-population ratio hit its all-time high in 2000. The current level of that ratio is about what it was in 1977-78, then seen as normal years. The 1980s and 90s witnessed a massive shift of married women into employed status. This century has witnessed a substantial decline in manufacturing employment. These and related data can be found on the FRED database run by the St. Louis Fed.

    The trouble with offsetting the national debt with the public sector's assets, is that those assets seldom have an objective market valuation. Hence there is an irresistible temptation to overvalue those assets in order to engage in profligate fiscal policy. Greece may soon discover that its public assets cannot find buyers at anything like the price it hoped to get for them.

    Continental Europe is a different kettle of fish. Recent events have shown that there is a real risk that debt markets will not buy the sovereign debt of many European nations unless they agree to pay punitive interest rates of a kind that make further deficits unaffordable.

    Europe fell into its current crisis having much higher levels of taxation and expenditure (scaled by GDP) than was the case in the USA. Hence there is much less scope for tax increases, and spending cuts will be more painful. In much of Europe, there is no way forward that does not involve significant reductions in the generosity of their welfare states, and in labour market regulations that make job separations very costly. Difficult separations make for reluctant employers.

    1. CommentedJohn Brian Shannon

      Hi Philip Meguire,

      What a great comment, I wish I had written it.

      One thing though, regarding your statement;

      "Stiglitz seems to think that current level of the Federal deficit and its rate of growth are not problematic."

      If you or I, or the neighbor down the street, say "The current level of the Federal Deficit and its rate of growth ARE problematic." -- the market will NOT go into a roller-coaster ride for a week.

      Whilst someone like Joseph E Stiglitz, or Paul Krugman saying that WOULD cause market turmoil, not to mention angry phone calls and a threat of legal action. (Not quite, but almost! We are headed in that direction these days)

      Best regards, JBS
      http://jbsnews.com

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