Wednesday, October 22, 2014
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Plaidoyer pour un État palestinien

RAMALLAH – Les griefs perpétuant la violence et la guerre ne sont nulle part plus évidents dans le monde qu’ils ne le sont aujourd’hui en Palestine. Les dirigeants politiques mondiaux continuent pourtant à contourner le problème au lieu de l’affronter. Les récentes violences meurtrières à Gaza prouvent à nouveau qu’une population qui vit sous l’occupation et en état de siège a besoin d’un horizon politique, et pas seulement d’un cessez-le-feu : les arguments en faveur d’un État palestinien indépendant n’ont jamais été aussi convaincants qu’aujourd’hui.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a décidé d’aller de l’avant avec sa demande de tenue d’un vote sur la reconnaissance de la Palestine par l’Assemblée générale des Nations unies cette semaine, malgré les pressions, les promesses et les menaces émanant d’Israël et de certains de ses alliées occidentaux. D’après eux, les Palestiniens devraient, au lieu de suivre la voie diplomatique des Nations unies, continuer à dépendre de négociations asymétriques qui n’ont guère servi à plus que des séances de photos.

Le vote des Nations unies (qui coïncide avec la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien) ne donnera pas le statut de membre de plein droit à la Palestine, mais l’élèvera à celui d’État observateur non membre, comparable à celui du Vatican. Ses dirigeants seraient alors en mesure d’engager des poursuites contre les Israéliens pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale de La Haye.

Les sionistes de Palestine se sont réjouis à la suite du vote de l’Assemblée générale des Nations entérinant le plan de partage du territoire en deux États, l’un juif, l’autre arabe, en 1947. Il est assez ironique de songer, alors que les tirs de roquettes de Gaza frappent les faubourgs de Tel-Aviv, que ces Israéliens qui se félicitaient de la partition, et leurs descendants, ne voient pas l’importance de concrétiser l’autre moitié du plan de partage.

Il est vrai que les Palestiniens, qui représentaient la vaste majorité de la population et possédaient une grande partie du territoire, n’avaient pas de raison de se réjouir de ce plan de partage, qui ne leur octroyait que 46 pour cent de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, les Palestiniens cherchent à établir un État sur seulement 22 pour cent de ce qui était la Palestine mandataire jusqu’à l’établissement unilatéral de l’État hébreu sur une proportion bien plus importante du territoire que celle prévue par la résolution 181 adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1947.

La demande d’établissement d’un État palestinien dans les frontières du 4 juin 1947 s’inscrit clairement dans le cadre du droit international. En novembre de cette année-là, le Conseil de sécurité des Nations unies a statué que « l’acquisition de territoires par l’usage de la force » est inadmissible. Les résolutions subséquentes du Conseil de sécurité et les traités internationaux ont confirmé ce principe.

En fait, un État palestinien basé sur les frontières de 1967 est précisément la solution que préconise le président américain Barack Obama. De même, l’Union européenne défend depuis longtemps la solution à deux États, avec un État palestinien implanté sur les territoires occupés par Israël en 1967.

Comme l’a souligné Abbas, l’objectif du prochain vote à l’ONU n’est pas de délégitimiser Israël. Il fait suite à la déclaration de l’indépendance de la Palestine, aux côtés de l’État hébreu, par le Conseil national palestinien en 1988. Il s’inscrit également dans le droit fil de l’Initiative de paix arabe, adoptée par le sommet de la Ligue arabe à Beyrouth en 2002 (à laquelle Israël doit encore répondre).

L’initiative de la Ligue arabe, également approuvée par l’Organisation de la conférence islamique, accepte la solution à deux États dans les frontières de 1967, mais franchit un pas de plus en appelant à une solution « équitable » et « convenue » par les parties à la question épineuse des réfugiés palestiniens. En acceptant le terme « convenue », les Palestiniens, Arabes et les pays à majorité musulmane admettent qu’Israël ne reconnaîtra pas le droit inaliénable des réfugiés palestiniens à retourner dans leurs foyers. Cette concession devrait alléger les craintes des Israéliens pour qui le droit au retour est synonyme de la fin d’Israël comme État juif.

Abbas se rendra à New York avec une carte maîtresse de plus dans sa manche. Les récentes frappes meurtrières d’Israël sur la bande de Gaza ont unifié les Palestiniens, auparavant divisés selon des lignes partisanes. Les dirigeants du Fatah d’Abbas, qui contrôlent l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et les dirigeants du Hamas, basé à Gaza, se sont régulièrement rencontrés pour mettre en œuvre le plan de réconciliation proposé par l’Égypte et le Qatar. Des prisonniers politiques des deux camps ont été relâchés et une délégation importante du Fatah vient de se rendre à Gaza.

Les responsables du Hamas, dont Mahmoud Ramahi, tête de fil d’un bloc du Conseil national palestinien, ont publiquement soutenu la demande de reconnaissance auprès de l’ONU. Selon Moussa Abu Marzook, le chef adjoint du Hamas, son mouvement n’est pas opposé à l’initiative diplomatique d’Abbas.

Une Palestine libre et indépendante aux côtés d’un État hébreu en sécurité est une proposition à laquelle le monde entier adhère. Les Palestiniens ont montré qu’ils étaient prêts à accepter des échanges de territoires, limités et convenus entre les parties, et qu’ils sont ouverts à des suggestions créatives pour résoudre le problème de Jérusalem, éventuellement en se conformant aux paramètres définis par le président américain Bill Clinton lors de son second mandat.

Plus que jamais, une volonté politique est nécessaire pour donner une forte impulsion au processus de paix. Obama, libéré des contraintes électorales, et la communauté internationale devraient donner une chance à l’initiative pacifique palestinienne. Les arguments en faveur d’un État palestinien n’ont jamais été aussi valides. Un vote pour la reconnaissance d’un État palestinien est un vote pour la paix.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedSamuel Jew

    I appreciate that all communities are imagined communities and the Palestinians are no different. At the same time, the Arab world may as well be pining for the return of the Ottoman Empire.

    Furthermore, the existence of the state of Israel is apparently ordained by God as an eschatological imperative. People of all Abrahamic faiths should celebrate it as the fulfillment of prophecy. Appeals instead to the moral authority of the UN are both laughable and unseemly.

  2. CommentedIsmail OURAICH

    Here is comment on a previous article, and which points out to the main problem to be resolved if to reach a permanent solution. This comment was in reaction to a comment by Avraam Dectis, which I copy-paste as well.

    "Avraam Dectis 1 week ago

    This conflict could be ended with a genuine peace plan that would be barely acceptable to everyone. I propose one.
    The current situation has two groups in close proximity who will continue to fight for eternity until they are separated like the quarreling children they really are - much like the Greeks and Turks ceased fighting after the Treaty of Lausanne.
    The Israelis will never go. This only leaves the Gazans.

    You cannot force people to migrate, it would be barbaric. Thus you have to bribe them.

    What bribe would be acceptable?

    Israel could offer $25,000 to every Gazan that would agree to go to another Arab country. A family of six would get $150,000. That might be acceptable.

    Israel could even sweeten the pot by offering free houses in Egypt for whomever left.

    People with immovable assets would be given at least ( or more ) fair market value for them.

    The Gazans would not like this because they would be leaving and psychologically would feel defeated.

    The Israelis would not like this because the cost would be huge and would decades to pay off the cost.

    Ultimately, however, it is the only civilized solution and the only barrier is the expense. Money is easier to replace than people.

    The alternative is that, a century from now, you will read about Palestinians and Israelis killing each other.

    Money or peace, take your pick."

    @Avraam Dectis: How about bringing a little twist to your solution of bribing Palestinians to leave their forefathers land.

    Why not do the same for the Israelis, who in fact have been "bribed", if I could use the term, to settle in a land that did not belong to them, or at least that was settled by a certain populace before the latter was forced out through well-documented terror-tactics.

    When I say that modern day Israelis have been "bribed" to settle in Palestine, it is with regard to the fact that most Jews emigrated from Europe and Ex-USSR under the threat of growing antisemitism and anti-religion bias, which reached its climax in Nazi Germany. Antisemitism is still alive in Europe, much as it was under the Inquisition, though the policies have changed, but the spirit remains the same.

    How about Europe (including Ex-USSR) bribes its Jewish citizenry to go back to their forefathers' land in which they were born for generations. Most of Israelis came from those countries under the threat as I said of growing antisemitism and the promise of material well-being.

    Now, I would argue that indeed Jews and Christian minorities in Muslim majority countries were not treated as full-fledged citizens, yet they had their rights protected more than in Europe and that is a historical fact that one can check by indulging in factual reading of trusted historical sources. The problem is that as countries in the Middle-East and North Africa started to get their independence in the post-empire era, and going into the nation-state era, European politics of hegemony that aimed at maintaining the old-paradigm of Empire (albeit through more nuanced means) have created sectarian frictions and divides that are at the sources of the current situation.
    Read more at http://www.project-syndicate.org/commentary/egypt-s-efforts-to-broker-a-ceasefire-in-gaza-by-itamar-rabinovich#P4jmR5vpysZu9ylK.99

  3. CommentedCher Calusa

    I agree that bilateral agreements or statehood for Palestine will not put an end to strife in the Middle East. There are still too many loose ends in Palestine. During the recent bombings the world should have noticed that the West Bank, home of the PLO was very quiet. There are likely internal struggles that are due to general suspicion and disagreement between the PLO and Hamas as indicated by the need to reinvestigate Mr. Arafat's death. What would happen if the Palestinian people themselves actually did have the right of self determination and ceased to be pawns in the world's games? The people of this world have failed to come together in order to cooperate and grow. We are facing global catastrophe environmentally, fiscally and socially as a species. World leaders don't yet share a vision of how to build a better and sustainable future. This will take a major shift in thinking. Our geographic boundaries mean little or nothing, however, our interlocking connections on many levels will dictate how we succeed or fail.

  4. CommentedChris Milton

    It's worth noting that the UK's price of voting for Palestine's observer status is that they forgo the right to join either the International Criminal Court of the International Court of Justice.

  5. CommentedZsolt Hermann

    I would not want to argue with the main part of the article as it is interpreted very differently depending on which side the observer is standing on. I would like to cite only one sentence:
    "...An independent and free Palestine alongside a safe and secure Israel is a plan upon which the entire world agrees..."
    Well this statement is clearly not true. Since the formation of the Jewish state in 1948 neither the Palestinians nor any major Arabic country apart from Jordan and Egypt (as a result of military defeat) accepted Israel's' right to exist either in a "safe and secure" or in any other way.
    And not only they do not accept the "right to exist" their openly declared aim is to wipe the country off the map killing all of the inhabitants (and other Jews in other parts of the world).
    There were many instances starting from the initial 1948 partition, when the 2 state solution could have been accepted, offers were tabled from Israel extremely close to the present Palestinian demand.
    The problem is that the Palestinian people are used as live baits or proxies by much stronger and larger countries to exert pressure on Israel, which pressure Israel handles rightly or wrongly depending on who observers it and how measurements are made.
    The point is that the situation will be never solved by simple Palestinian statehood, or bilateral agreements.
    Any solution would need to involve the whole region, and even non-regional powers also "assisting" in the background.
    For that to happen everybody without exception would need to understand the principles and necessities of a global, interconnected world where everybody depends on everybody else, and we simply cannot "wipe off", or oppress, incarcerate nations, cultures either physically or ideologically without inflicting the greatest harm on ourselves.
    None of the seemingly unsolvable crisis and flash-point in the world today can be solved without this understanding.
    Humanity has become a single, interconnected organism whether we want to accept it or not, and if we want to build a sustainable future we have to adapt accordingly.

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