Sunday, September 21, 2014
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Les leçons thaïes pour la Chine

PEKIN – Quels que soient les effets de la tourmente politique en Thaïlande, ils ne servent pas la cause de la démocratie en Chine. Les images des contestataires pro-démocratie et de la répression militaire ultérieure dans le centre de Bangkok ont été largement diffusées par les médias chinois, apparemment en toute impartialité. La Chine n’a en effet aucun besoin d’embellir le message politique.

Si un pays relativement riche et religieux connu comme le pays du sourire peut dégénérer aussi rapidement dans une lutte de classe sanglante, que se passerait-il si le Parti Communiste Chinois perdait son monopole du pouvoir ? Il n’est pas difficile d’imaginer une version chinoise de la révolte des chemises rouge, avec des leaders populistes exploitant le ressentiment et une jeunesse exaltée brulant les symboles du pouvoir et des privilèges à Pékin. Si une démocratie multiparti mène à des blocs électoraux agressifs et intransigeants, les personnes les plus sensées préfèreront alors un régime à parti unique qui garantit la stabilité sociale.

Utiliser les évènements en Thaïlande comme une excuse pour reporter la réforme politique serait malgré tout une erreur pour le gouvernement chinois. Le fossé entre riches et pauvres est sensiblement identique dans les deux pays, et il y a chaque année des dizaines de milliers de ‘perturbations illégales’ de classe en Chine.

Le gouvernement chinois soutient la protection sociale dans les campagnes, mais il doit aussi donner plus de voix institutionnelle aux revendications sociales. Ceci exige une meilleure représentation des fermiers et des ouvriers au Congrès National du Peuple et dans les organes législatifs régionaux ; mais aussi qu’une plus grande liberté soit accordée aux journalistes dont le sens civique les pousse à enquêter sur les cas d’injustice sociale, et plus de liberté accordée aux organisations civiques pour agir en faveur de l’environnement et des oubliés de la réforme économique.

La Chine peut-elle s’ouvrir sans envisager le multipartisme ? Le grand penseur politique britannique du 19ème siècle, John Stuart Mill, préconisait un gouvernement libéral sans multipartisme. Dans son ouvrage Considérations sur le gouvernement représentatif, il dénonçait le “shibboleth de parti.” Dans une démocratie, le parti de la majorité est le plus souvent constitué de ceux « qui s’accrochent avec le plus de ténacité aux intérêts exclusifs de leur classe. »

Plutôt que le multipartisme, Mill prônait des élections démocratiques assujetties à des mécanismes tels que des votes supplémentaires accordés aux instruits et des mécanismes institutionnels pour protéger les intérêts des minorités. Selon Mill, une société ouverte dirigée principalement par des élites instruites est la meilleure forme de gouvernement.

Dans le même esprit, la tradition confucianiste a toujours encouragé les valeurs de la méritocratie politique. Confucius lui-même insistait sur le fait que chacun devrait avoir le même droit à l’instruction. Mais tous n’auront pas pour autant la même capacité à formuler des jugements politiques et moraux éclairés. Le principal objet du processus politique est donc de sélectionner ceux dont la moralité et les capacités sont supérieures. L’histoire chinoise montre que l’idéal méritocratique a été institutionnalisé par le biais du système d’examen impérial.

Les confucianistes ne s’opposent pas à la démocratie électorale, mais ils soutiennent qu’elle doit être limitée à des dirigeants politiques sélectionnés selon un processus méritocratique qui pourvoiront aux intérêts de ceux qui ne votent pas. Les démocraties parviennent à représenter correctement les intérêts des électeurs mais personne ne représente les intérêts des non votants – y compris les générations futures et les étrangers (pensons au réchauffement climatique) – qui sont affectés par les politiques gouvernementales. Cela devrait être du ressort des élites sélectionnées de manière méritocratique.

Il se trouve que le Parti Communiste Chinois évolue vers plus de méritocratie. Depuis les années 80, une proportion croissante de nouveaux cadres possèdent des diplômes universitaires, et les cadres sont en partie promus sur la base d’examens. Mais choisir des élites instruites ne suffit pas.

Les élites sont aussi supposées gouverner dans l’intérêt de tous pour permettre que leur voix soient entendues. En pratique, cela signifie un système politique représentatif plus ouvert, mais pas nécessairement le multipartisme.

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