Thursday, April 24, 2014
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Une victoire pour le Tea Party américain, une défaite pour le reste du monde

CANBERRA – L’échec d’un politicien conservateur américain de 80 ans, qui avait déjà servi six mandats au Sénat et qui n’est pas parvenu à rallier le soutien de son parti pour un nouveau mandat, n’aurait pas dû éveiller d’intérêt au-delà des Etats-Unis, ou même au-delà de son État. Mais la défaite cuisante du sénateur Richard Lugar lors des récentes primaires républicaines de l’Indiana, face à une campagne d’une bêtise choquante du Tea Party, a trouvé un écho dans les capitales mondiales, dont la capitale australienne.

Sur la plupart des sujets, Lugar est et a toujours été un conservateur dans l’âme. Ces dernières années, il s’est opposé à tous les principaux projets de loi du président Barack Obama, qu’il s’agisse du plan de sauvetage économique, de la réforme des soins de santé, ou de la réglementation des services financiers. Il a en outre, depuis toujours, été favorable à une législation anti avortement. Compte tenu de ses 36 ans de services au Sénat américain, de sa stature nationale et d’un électorat fondamentalement conservateur, sa réélection en novembre prochain semblait acquise. Mais cela n’a pas suffit pour convaincre les électeurs qui ont élu le trésorier de l’État, Richard Mourdock, avec 60% des suffrages contre 40% pour son rival.

Lugar était confronté à une double problématique. D’un côté, il appartenait à la vieille école qui trouvait nécessaire d’accepter des compromis sur les questions essentielles,

au-delà des clivages partisans au Sénat,  de façon à éviter le type de blocage potentiellement endémique au système présidentiel (contrairement au système parlementaire), où l’exécutif élu n’est pas assuré de disposer d’une majorité dans les organes législatifs. Si les positions partisanes sont strictement observées, le président américain peut se retrouver dans l’incapacité de faire adopter la moindre loi ou d’effectuer des nominations de hauts fonctionnaires.

Lugar a par exemple voté en faveur des nominations d’Obama à la Cour suprême. La position de Mourdock a en revanche consisté à dire que « l’esprit de bipartisme doit être de voir les démocrates se rallier au point de vue des républicains ».

De l’autre côté, et de la manière la plus inquiétante pour ceux qui espèrent une direction internationale décente et intelligente de la part des Etats-Unis, Lugar a été brocardé par ses adversaires pour son expertise en affaires étrangères et sa réputation d’homme d’État exceptionnel, qui joue depuis des décennies un rôle absolument central dans les questions de désarmement et de contrôle des armements. La réalisation maîtresse de Lugar a été l’élaboration, avec l’ancien sénateur démocrate Sam Nunn, du « Cooperative Threat Reduction Program » de 1992, une initiative universellement connue sous le nom de Nunn-Lugar et qui a permis le démantèlement de nombreuses armes nucléaires et autres armes de destruction massive de l'arsenal de l'ancienne Union soviétique.

Le sénateur a de plus fermement soutenu la vision d’Obama, comme celle de Reagan auparavant, d’un monde sans armes nucléaires, et son appui un nouveau traité START conclu avec la Russie, qui réduit le nombre d’armes stratégiques déployées, a été essentiel pour remporter de justesse sa ratification par le Sénat américain l’an dernier. Mais pour Mourdock et ses partisans, « le temps de la collégialité est révolu, il est aujourd’hui temps de passer à la confrontation ».

Une publicité télévisée en disait long sur le cynisme grossier de la campagne menée par le Tea Party. Elle comprenait deux extraits d’Obama disant « J’ai travaillé avec le sénateur républicain Dick Lugar pour faire passer une loi » et « Ce que j’ai fait est tendre la main au sénateur Dick Lugar ». Le contexte n’était pas précisé, mais ce qu’Obama a réellement dit était « « J’ai travaillé avec le sénateur républicain Dick Lugar pour faire passer une loi qui permettra de sécuriser et de détruire certaines des armes les moins bien gardées et les plus meurtrières qui soit » et « Ce que j’ai fait est tendre la main au sénateur Dick Lugar, un républicain, pour contribuer à la sécurisation d’armes nucléaires mal gardées ».

Avec la défaite de Lugar, et la disparition simultanée des derniers républicains modérés, dont la sénatrice Olympia Snowe du Maine, qui étaient prêts à donner la précédence aux intérêts nationaux sur les intérêts partisans, il est peu probable que le Sénat réunisse les 60 voix nécessaires à la ratification de nouveaux traités de contrôle des armements entre les États-Unis et la Russie, dans le cas où ceux-ci seraient négociés. De plus, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, destiné à remplacer un fragile moratoire international, ne peut entrer en vigueur sans la ratification du Sénat américain.

D’un point de vue plus personnel, je crains aussi que la défaite de Lugar annonce la fin d’une époque d’extrême civilité et de charme dans la manière dont se conduisaient les législateurs américains les plus proéminents. Alors que j’étais ministre des Affaires étrangères d’Australie, et en tant que responsable d’une ONG, il m’est arrivé de rencontrer Lugar à plusieurs reprises, et que nous soyons d’accord ou non sur les questions abordées, il s’est toujours montré d’une courtoisie exemplaire.

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec une autre occasion il n’y a pas si longtemps, lorsque j’accompagnais le ministre japonais des Affaires étrangères, Yoriko Kawaguchi, alors que nous étions co-présidents de la Commission internationale sur la non-prolifération et le désarmement nucléaire, lors d’une entrevue avec Jon Kyl, l’un des sénateurs le plus farouchement opposé pour des raisons idéologiques au contrôle des armements tel que l’envisage Obama. Lorsque nous sommes arrivés à son bureau, un collaborateur de haut rang de Kyl, me dit brusquement après avoir consulté le sénateur : « Nous avons accepté de parler uniquement au Japonais, pas à vous. Pourriez-vous partir s’il vous plaît ? »

Une autre manière parfaitement acceptable de le formuler aurait été « Désolé, nous avons mal compris et ne nous sommes préparés qu’à une session bilatérale. Serait-il possible de prévoir une réunion conjointe ultérieurement ? ». J’imagine que je dois être reconnaissant pour le « s’il vous plaît ». Je n’avais toutefois jamais vécu ce genre d’expérience à Washington et je crains qu’elle ne soit pas unique.

Par le passé, les inquiétudes concernant la qualité de la gouvernance américaine – notamment son arrogance apparente, son esprit de clocher et son incapacité à produire des résultats politiques cohérents, crédibles et décents – se sont pour l’essentiel révélées de courte durée. Ce sera peut-être de nouveau le cas. Mais la disparition du devant de la scène de Richard Lugar a fait naître de nouvelles appréhensions non seulement chez les Américains inquiets, mais également chez des décideurs politiques loin des Etats-Unis et de leurs querelles partisanes.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedNunya Bizness

    We (the TEA Party) have 15,915,036,254,750.35 reasons for refusing to compromise with you and those like you.

    We didn't wake up today and find the national debt sitting there as if a small animal that had wandered in through a hole in the wall during the night. The national debt is a trail littered with broken promises, corruption, and debasement, going back for the better part of most of our lives.

    You and those like you are responsible for creating that massive debt, and I'm sorry if it seems like the rules are changing and the ground is moving beneath your feet - they are, and it is, and it won't stop until everyone is on the same page ... "oh, wait, I think they want us to actually do something about the debt, I don't think they're kidding this time".

    Nothing gets people's attention quite like a few Lugar's being replaced, an admittedly great candidate and representative, but at the wrong place, at the wrong time, and concerned about the wrong issues. Are Americans concerned about non-proliferation and testing ? Sure, you bet, but none of that matters when you're 15,915,036,254,750.35 dollars in debt.

    Once you lower the debt you can have your toys back, until then you're all in timeout.

  2. CommentedBryan Johnson

    Mr. Evans,

    You obviously know nothing about the United States of America...or worse yet, you think you do! Let me bring you up to speed on what has been happening in our great nation and maybe then you will understand why We The People are on the move politically and why we are flushing those like Mr. Lugar. Whatever Mr. Lugar did good for this nation I applaud, however we are in real trouble here mainly due to socialist/marxists like Obama, Reid, Pelosi, and the rest of their thug associates! Over the past 40 years we have watched as these despots have eroded our values, spat upon our constitution, and brainwashed our children in our schools right under our noses....but no more!! We took back our House in 2010 thanks Mr. Evans...to the TEA Party, an organization I am a proud member of and whom you know nothing about except what you have likely heard on our socialist broadcasts on ABC, CBS, NBC, CNN, and their marxist counterparts in todays American journalism. In 2012 we will take the Senate and the White House and on that glorious day we will flush their marxist laws, policies, and mandates right down the political toilet of history which is exactly where they belong. You mentioned that Mr. Lugar would compromise and the TEA Party is unwilling to compromise and this is the one thing you have correct! We do not negotiate with marxist/socialists we fight them and destroy them. ZERO Tolerance...do you get that Mr. Evans?? We are not about to watch as this excuse for a president Obama destroys everything we, our fathers, and their fore fathers fought bled and dide for. So, if in a time of real fear for our nation we decide to retire those who have put us in this situation...we the people will do so. TEA Party Victory, will lead to global salvation!! You are just too damned short sighted to see that.

  3. CommentedDarren Fykke

    Kevin Lim couldn't be more wrong. I challege Kevin to give one example of a Democrat policy or *cough* "sensible solution" that the Tea Party has opposed that didn't require more government spending and/or government intrusion in our lives. In short, Lim is merely engaged in attempting to marginalize the Tea Party, a tried-and-true Democrat strategy.

  4. CommentedPatrick Ferrell

    Awwww, too bad poor DICK got kicked out of his chance to run as a Senator again. For too long we have "reached out" to democrats and gotten burned. Ask Reagan, who was promised $2 in spending cuts for every $1 in tax hikes, but he never got them. G.W. Bush immediately reached out to democrats when he took office, helping Ted Kennedy get his "No Child Left Behind" bill passed into law, but the program, like most democrat feel good programs, was a HUGE FAILURE, and what did our "Bi-Partisan" efforts get us? The Democrats IMMEDIATELY blamed BUSH for this horrible idea. Same with Bush Sr. who, during his first campaign promised "Read my lips, no new taxes", but in an effort to WORK with Democrats, he raised taxes, and what did he get for his effort? Clinton and the DNC running ads showing him saying "READ MY LIPS" and then explaining how George Bush (Sr) LIED, and we lost that election.

    Nope, it's high time REPUBLICANS start being the hard asses and saying NO to new spending, new and bigger government, no matter what the compromise, it isn't worth it.

    Was it "bi-partisan" of democrats when they refused to allow Judge Bork on the seat on the Supreme Court, just because he believed the role of the Supreme Court was to show restraint, and enterpret what the Constitution said and it's original intent, which, had Judge Roberts done that on Thursday, Obamacare would be on the ashheap of history. Instead, Judge Roberts re-defined the meaning of the word IS, by saying something that was not ever called a tax, a tax, but for the purposes of them hearing the case, it had to NOT be a tax, so it wasn't, but in the end, it was. How he was able to wrap his brain around that one is beyond me.

    SCREW getting along with Democrats. For years, compromise TO THEM was republicans agreeing with them, well, LUGAR, now it's OUR TURN. LET THEM be the statesmen and come across the aisle, break their promises so we can use it against them. We need to start playing THEIR game. Sotomyor should have recused herself from this decision since she helped write Obamacare, but she didn't. They have no integrity, so neither should we as far as they are concerned. Only the Tea Party can clean up Congress. Democrats never will, they are tax and spend tax and spend, and never cut anything. Neither will the RINO/moderates who always kiss democrat butt, but when do Democrats come across the aisle?

    During this whole Obamacare ordeal, it was a GIVEN that 4 of the Justices were going to find in favor of Obamacare, there was NO DOUBT about it. It wasn't even QUESTIONED that one of them may be persuaded to vote against a law that is so unconstitutional, it's not even funny. The media and everybody else only pondered whether Justice Kennedy or Roberts could be persuaded to come over to "the dark side" and vote to keep it, and we all know what happened. Why was it never even considered that one of the liberal judges might be persuaded over? Because thats how THEY are, and to chastise the TEA PARTY for being like them, and not "Civilized statesmen" makes you a MORON dude.

    We need to send a LOUD message to Washington, and that's WE ARE NOT GOING TO TAKE IT ANYMORE. No more wasting our tax dollars. Enough is enough already.

  5. CommentedAndrew Purdy

    First of all, ratification of all Treaties requires 67 votes, not 60. Read the Constitution before commenting on such things.

    Second, I randomly encountered 2 people from Indiana a month ago, and they had the same opinion of Lugar - "he is the Senator who hasn't lived in the state for 23 years". He is simply an old pol who outstayed his welcome. Nothing to get all bent out of shape about. He won't be the only one to lose this year either.

  6. CommentedKevin Lim

    Disgusting behavior. and this from the office of the Senate Minority Whip?!? Once upon a time, the Tea Party seemed like it (understandably) only cared about one issue -deficit reduction. Now it is for all intents and purposes a fringe far-right group that reflexively opposes anything the Democrats support even if it has nothing to do with the deficit. The search for sensible solutions has given way to a crusade for idealogical purity. Jon Kyl is exactly the sort of crusader they are looking for - no compromise, disdaining engagement, close-minded.

  7. Commentedjames durante

    The US has a certain penchant for throwing up the worst sorts of demagogues during stressful periods; think of Father Coughlin or Joe McCarthy.

    Now, with inequality, debt, deficits, poverty, and corporate campaign spending at near record levels, you can expect much worse than a few idiotic t.v. commercials.

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