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En attandant Obama

Simon Tay

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2009-10-28

En Asie, c’est la saison des réunions. Le sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui s’est déroulé en Thaïlande fin octobre a rassemblé tous les acteurs clés de la région. Mi-novembre, ils se retrouveront presque tous à nouveau à Singapour pour le sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), qui inclut d’autres leaders de la région ainsi que le président des Etats-Unis Barack Obama.

Les sommets sont une arène, riche en jeux et acronymes. Lors du sommet de l’ASEAN, les dix responsables de l’Asie du Sud-Est ont rencontré leurs homologues chinois, japonais et sud-coréen. Et ces treize pays se sont encore réunis avec l’Inde, l’Australie et la Nouvelle Zélande.

On rapporte que 42 accords environ ont été rédigés à cette réunion, sur des questions allant d’affaires en suspens à l’économie en passant par le lancement d’une commission pour les droits de l’homme. Pas mal pour un sommet dont certains pensaient qu’il ne se produirait pas : une précédente réunion programmée en avril à Bangkok a été interrompue par des manifestants – des « chemises rouges » qui soutenaient Thaksin Shinawatra, le premier ministre Thaïlandais en exil.

Obama commencera par se rendre au Japon. Puis, tout en assistant à l’APEC, il prendra part au premier sommet ASEAN-Etats-Unis. Il se dirigera ensuite vers la Chine et la Corée du Sud. Quelle dimension supplémentaire le président américain pourrait-il donner à sa première visite dans la région ?

Chez lui, Obama continue de se battre pour son initiative sur le système de santé, et toute démarche sur le changement climatique nécessaire pour le sommet de Copenhague, qui devrait définir un successeur au Protocole de Kyoto, est bloquée. Sa venue risque de n’être utile qu’aux photographes et paparazzi, puisque le président gardera son énergie pour d’autres combats. Or, il faut en attendre davantage, à hauteur des besoins.

Au Japon tout d’abord, Obama doit établir une relation en bon état de marche avec Yukio Hatoyama, le nouveau premier ministre. Le Japon s’est exprimé en faveur d’une communauté Est asiatique qui comprendrait l'Inde, l’Australie et la Nouvelle Zélande, mais la Chine, entre autres pays, met cet élargissement en doute. Les Etats-Unis devraient accueillir l’initiative japonaise et nouer le dialogue avec l’Asie dans son ensemble. Rester proche du Japon est un premier pas.

Puis, à l’ASEAN, la manière dont Obama discutera avec le leader du Myanmar, qui sera aussi présent, accaparera très certainement l’attention. Obama devrait se porter en faveur de la démocratie et apporter son soutien pour que les élections promises par la junte en 2010 restent transparentes.

D’autres opportunités, plus vastes, existent cependant. L’ASEAN est au cœur du régionalisme asiatique, mais d’aucuns, en Australie, ont proposé de mettre l’emphase sur les grands pays seulement. Les habitants de l’Asie du Sud-Est sont à nouveau ouverts au leadership américain, donc d’importantes initiatives, en réponse aux aspirations régionales, peuvent être mises en place.

L’une d’entre elles porte sur le libre échange. Tandis que les Etats-Unis étaient sur la touche, des accords ont été élaborés à l’intérieur de l’Asie. Le sénateur américain Richard Lugar a émis l’idée d’un accord de libre échange entre les Etats-Unis et l’ASEAN. Mais, si le Myanmar y prend part, cela pourrait s’avérer trop difficile sur le plan politique. Un sous-groupe de l’ASEAN serait plus réaliste.

Une autre option s’offre aux Etats-Unis, celle d’un partenariat trans-Pacifique. Il a été avancé à la fin de l’administration Bush en vue de créer des liens avec quelques membres de l’ASEAN – Singapour, le Vietnam et Brunei – et d’autres pays de la zone Pacifique. Ce partenariat pourrait être établi de sorte à inclure d’autre économies ouvertes de l’Asie du Sud-Est, telles que la Malaisie et la Thaïlande – dans le but ultime de s'élargir à l'ensemble de l'APEC, un bel exploit si cela se concrétise avant fin 2011, lorsque ce sera au tour d’Obama d’accueillir tous ces dirigeants.

Etant donné la crise et le chômage, la population américaine a le droit de douter de l’intérêt du libre échange. Mais de plus en plus d’entreprises américaines admettent que les marchés asiatiques – en expansion constante – sont d’une importance vitale pour leurs bénéfices à venir et la reprise économique dans son ensemble.

La plupart des accords-cadre économiques se font exclusivement entre pays asiatiques. Or, une initiative américaine pourrait prendre le dessus et garantir que la région demeure ouverte au dialogue avec les Etats-Unis. Cela pourrait aussi contribuer à ralentir la tendance accrue que certains gouvernements ont à graviter autour de l’économie chinoise, à la croissance fulgurante.

Une fois à Pékin, Obama doit naturellement continuer de renforcer la coopération avec la Chine. Les Etats-Unis et cette dernière sont vraisemblablement des acteurs clés de la crise économique, du changement climatique et d'autres questions qui affectent la planète. Mais les Etats-Unis doivent aussi s’engager multilatéralement pour inclure de plus petits pays de l’Asie du Sud-Est. La Chine les a envoûtés pendant de la dernière décennie ; il incombe désormais aux Etats-Unis d’offrir une autre option séduisante.

Les cyniques considèrent l’APEC comme une commission-cause-toujours, tandis que l’ASEAN est une arène où la Chine et le Japon ne cessent de se faire concurrence, l’Inde restant à l’écart. En dépit des discussions et des rivalités, il est évident que les Asiatiques commencent à se serrer les coudes. Et même si le régionalisme asiatique est encore à un stade brouillon, pétri de tensions et de points chauds, les Etats-Unis restent la puissance apportant de la stabilité dans la région.

Obama a l’occasion de s’assurer que la région continue de voir les Etats-Unis comme un acteur primordial – désormais plus ouvert ou apportant plus de soutien qu’auparavant. S’il y parvient, son long voyage aura une valeur aux yeux des Américains, et les Asiatiques comprendront que ça valait la peine de l’attendre.

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AUTHOR INFO

Simon Tay    Simon Tay
Simon Tay is chairman of the Singapore Institute of International Affairs and a fellow of the Asia Society.