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Les enjeux du Kazakhstan

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2008-02-15

BRUXELLES – Les opposants au rapprochement de l’Occident et du Kazakhstan évoquent le manque de droits politiques et humains dans ce pays. Mais si le Kazakhstan n’a pas encore vécu la “révolution colorée” qui mène à la démocratie, qu’ont déjà connue d’autres républiques anciennement soviétiques comme l’Ukraine et la Géorgie, sa timidité en termes de réformes ne justifie sa mise à l’isolement.

Après tout, l’Occident ne répugne en rien à négocier avec la Russie autoritaire et la Chine communiste. En outre, le Kazakhstan, tout en étant un pays à majorité musulmane, a établi le type de régime laïque, multiethnique et multi-religieux que l’Occident cherche à encourager dans tout le monde musulman.

Mais les principales raisons de ne pas isoler le Kazakhstan sont géostratégiques. Les Kazakhs ont très envie de vendre leur pétrole et leur gaz à l’Occident, juste au moment où l’Union européenne cherche à se défaire de sa dépendance de l’approvisionnement russe. Et pourtant, la porte vers une éventuelle collaboration UE-Kazakhstan est peut-être en train de se fermer.

Les liens historiques du Kazakhstan et de la Russie, ainsi que sa proximité géographique avec la Chine, ont provoqué une vive lutte d’influence entre ces deux pays. L’Europe doit absolument se joindre à cette “grande partie” et attirer l’orientation politique du Kazakhstan vers l’ouest.

Certains signes indiquent que l’Europe est enfin en train de s’éveiller aux possibilités offertes par le Kazakhstan. En effet, deux phénomènes récents pourront aider à installer le Kazakhstan dans le rôle d’allié de l’Occident. Le premier est l’élection du pays à la présidence annuelle tournante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 2010.

Le Kazakhstan a fait pression pendant des années dans ce but, affrontant une opposition féroce de la part de la Grande-Bretagne et d’autres pays de l’UE. Le fait d’avoir été choisi pour présider l’OSCE est vu comme une récompense de la politique d’engagement avec l’Occident du président Noursoultan Nazarbaïev. La Russie éprouve une profonde méfiance envers l’OSCE – le Kremlin a récemment réduit le nombre d’observateurs de l’OSCE pour les élections russes – et les futures fonctions du Kazakhstan laissent à penser que les Kazakhs désirent se rapprocher de l’Occident, et ne craignent pas de défier leurs anciens maîtres du Kremlin.

À long terme, la Politique européenne de voisinage (PEV), le projet de l’UE concernant les relations avec ses États périphériques, offre la meilleure des chances d’entretenir cette relation. La PEV est conçue pour former un “cercle d’amis” autour de l’UE, basé sur des intérêts communs de sécurité, de développement économique, d’état de droit et de respect des droits humains.

Pour l’instant, le Parlement européen a rejeté l’idée que le Kazakhstan puisse un jour devenir membre de la PEV. Mais cette étroitesse de vision devra être surmontée si l’on ne veut pas que le Kazakhstan soit attiré dans l’orbite chinoise ou russe.

Le Kazakhstan est un partenaire convenable pour la PEV à tous points de vue. Les limites sud-ouest du pays ont la même longitude que les pays du sud du Caucase et de la Turquie, qui sont déjà des pays appartenant à la PEV ou, dans le cas de la Turquie, candidats à l’adhésion européenne. Rien que cela fournit des arguments géographiques forts en faveur de l’admission du Kazakhstan dans la PEV.

Naturellement, la liberté d’expression et le manque de diversité des médias dans le pays suscitent des inquiétudes, mais les conditions au Kazakhstan ne sont pas pires que, disons, en Azerbaïdjan, son cousin ethnique turc, membre intégral de la PEV. En outre, le Kazakhstan a déjà entamé des discussions formelles avec l’UE au sujet des droits humains.

Mais c’est la forte tradition laïque du Kazakhstan, héritage de son passé soviétique, et une très grande minorité européenne chrétienne (environ 40 % de sa population de 15,2 millions de personnes) qui en font une société que l’Occident se doit d’encourager, étant donnée l’arche d’instabilité islamique sur laquelle il est assis. Attirer le Kazakhstan vers l’ouest contribuerait à ancrer cette tradition laïque.

Le défi est clair. La Russie et la Chine ne vont pas attendre que l’UE se décide à trancher si le Kazakhstan est un partenaire valable. Le Kazakhstan joue déjà un rôle-clé dans l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un groupe qui comprend les pays du centre asiatique, ainsi que la Russie et la Chine. L’OCS se concentre sur la sécurité régionale, les liens économiques et la cohésion culturelle à peu près de la même manière que le font l’OSCE et l’UE.

Il fait peu de doute que l’OCS soit un moyen pour la Russie et la Chine de plaider pour un monde multipolaire, basé sur des blocs de sécurité régionaux contrebalançant l’hégémonie stratégique des États-Unis. L’échec de l’UE à saisir l’occasion de rattacher solidement le Kazakhstan à l’Occident serait tragique. Cette occasion ne se représentera peut-être pas.

Charles Tannock est le porte-parole pour les Affaires étrangères du parti conservateur britannique, et il est rapporteur européen sur la dimension orientale de la PEV.

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