Tuesday, September 2, 2014
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Apprivoiser l’économie à la mode vaudou

Les Américains viennent de conclure une fois de plus une campagne électorale présidentielle lors de laquelle la qualité du débat sur la politique économique fut épouvantable. Du côté républicain, les plumitifs et manipulateurs médiatiques, ainsi que bien d’autres personnes qui auraient dû savoir s’abstenir, se sont soudainement attachés à développer un goût extraordinaire pour ce que l’on appelle le « CPS Houselhold Survey of Employment » (Enquête CPS auprès des ménages sur l’emploi) comme l’indicateur supposé, mois après mois, des fluctuations du marché du travail. Le sondage CPS n’a jamais été conçu pour une telle utilisation, mais il offrait le brillant le plus favorable pour le déplorable bilan du gouvernement Bush en matière d’emploi.

Du côté démocrate, le même genre de plumitifs et de spécialistes des relations publiques se sont concentrés avec la précision d’un laser sur les mauvaises performances des années Bush en matière d’emploi, délaissant les bonnes nouvelles en matière de production et de productivité. Et, une fois de plus, les Républicains ont répondu tendancieusement, en se concentrant sur le taux de chômage plutôt que sur le nombre des emplois, comme si c’était une bonne chose que les pauvres performances du marché du travail depuis 2001 aient artificiellement réduit le nombre des demandeurs d’emploi.

De même, les Républicains ont vanté avec désinvolture les mérites des réductions d’impôts du gouvernement Bush, l’équivalent de ce que le père du président Bush, le président George H. Bush, appelait, il y a vingt ans, « l’économie à la mode vaudou », comme le summum de la sagesse économique. Ils n’ont accordé aucune attention à la forte entrave que le déséquilibre des finances publiques créé par le gouvernement Bush imposera sur l’économie américaine pour les décennies futures. Les Démocrates, pour leur part, ont déclaré que les réductions d’impôts ont déjà fait du tort à l’économie, alors qu’ils devraient savoir que le pire mal reste à venir.

Les Républicains ont exagéré leur charlatanisme économique en tentant désespérément de minimiser les perceptions publiques des problèmes fiscaux à long terme du système de prestations sociales américain, en grande partie pour détourner l’attention de la dilapidation par M. Bush des surplus budgétaires que lui avait transmis le gouvernement Clinton, et avec cela, ce qui semblait être la dernière chance pour le pays d’assainir le système de ce point de vue, pour empêcher un désastre quelconque. Les même Républicains ont également demandé la restriction des dépenses budgétaires tout en bloquant les changements institutionnels des procédures du Congrès nécessaires pour permettre ces restrictions budgétaires.

Toutes ces manigances économiques ont été exagérées par les journalistes de télévision, de presse écrite et d’Internet. Hormis un petit nombre de bonnes feuilles dans la presse d’affaires, il est difficile de dire qu’il suffisait de suivre la couverture médiatique de la campagne en langue anglaise pour apprendre quoi que ce soit d’intéressant ou de pertinent sur la question de savoir qui proposait la meilleure politique économique pour l’Amérique.

Les économistes sont en partie responsables de cet état de fait. Les lauréats du prix Nobel, tels qu’Edward Prescott, n’ont aucune raison de discourir sur les avantages des réductions d’impôts dans attirer l’attention sur le fait qu’une réduction d’impôt accompagnée d’une augmentation des dépenses n’est en aucun cas une réduction d’impôt mais bien plutôt une répercussion de l’impôt sur l’avenir, et une répercussion qui augmente les risques et décourage la capitalisation. Toutefois, la majeure partie du problème vient du fait que la corporation des journalistes est sous-informée, insuffisamment instruite et insuffisamment curieuse. En effet, la tendance à la superficialité dans la couverture des questions économiques peut avoir mené les managers de campagne électorale à croire que la presse allait tellement déformer leur message qu’ils n’ont même pas osé essayer de confier ce qu’ils considèrent comme les vraies raisons de leurs politiques économiques.

À ce stade, en ma qualité d’expert, je suis censé sortir de mon chapeau un plan magique, un schéma intelligent pour réparer le système et remettre le monde en ordre. Je n’en ai pas.

Mais il reste une lueur d’espoir. Les deux dernières générations ont été témoin de la montée en puissance des banques centrales indépendantes dont les politiques monétaires, largement protégées de la politique partisane, visent au maximum au tout emploi et à un pouvoir d’achat compatible avec une certaine stabilité des prix. Les politiques monétaires des pays traditionnellement industrialisés sont loin d’être parfaites à notre époque d’indépendance des banques centrales, mais cela s’est grandement amélioré par rapport à ce qui se passait auparavant, ce qui représente une victoire pour la technocratie.

Le système politique américain semble, du moins, incapable de définir les questions centrales de politique fiscale de manière à offrir à l’électorat la possibilité de prendre des décisions informées et de faire le tri entre les candidats, et surtout de trier les candidats sérieux des candidats dont le programme ne représente guère plus qu’une farce mathématique irréalisable.

Il est peut-être temps de donner une autre poussée technocratique : un Conseil de stabilisation fiscale qui prendrait place auprès du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale. Tout comme la Réserve fédérale veille à ce que la politique monétaire ne soit pas détachée de la stabilisation des prix, le Conseil de stabilisation fiscale garantirait que les dépenses du gouvernement s’alignent sur le niveau d’imposition issu de la législation.

Ouvrons le débat.

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