Tuesday, September 30, 2014
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L’humanité durable

ADDIS ABEBA – Le développement durable consiste en l’objectif d’une croissance économique qui soit partagée par le plus grand nombre, et qui préserve les ressources vitales de la planète. Notre économie globale actuelle, cependant, ne peut être qualifiée de durable, dans la mesure où plus d’un milliard d’individus sont laissés de côté par le progrès économique, et où l’environnement planétaire souffre terriblement des dommages causés par l’activité humaine. Le développement durable exige que soient mobilisées des nouvelles technologies guidées par des valeurs sociétales communes.

Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a fait du développement durable l’une des priorités de son agenda, à juste titre. Nous entrons dans une période périlleuse, caractérisée par une immense population en nombre croissant qui, combinée à une croissance économique rapide, soulève la menace d’un impact catastrophique sur le climat terrestre, la biodiversité, et les réserves d’eau douce. Les scientifiques ont baptisé cette période Anthopocene – dans laquelle les êtres humains sont devenus la cause principale des changements physiques et biologiques de la Terre.

Le GSP (Global Sustainability Panel) du Secrétaire général a publié un nouveau rapport qui définit un cadre pour le développement durable. Le GSP pose, avec pertinence, les trois piliers du développement durable : la fin à la pauvreté ; une prospérité qui soit partagée par tous, y compris les femmes, les jeunes, et les minorités ; et enfin la protection de l’environnement naturel. Ceux-ci peuvent être qualifiés de piliers économique, social et environnemental du développement durable, ou, plus simplement, de « triple base » du développement durable.

Le GSP a appelé les dirigeants mondiaux à adopter un nouvel ensemble d’objectifs pour le développement durable (les Sustainable Development Goals, ou SDG), qui permettront de façonner des politiques et actions mondiales après la date cible fixée à 2015 pour relever le défi des Objectifs de Développement pour le Millénaire (MDG). Tandis que les MDG se concentrent sur la réduction de la pauvreté extrême, les SDG seront axés sur les trois piliers du développement durable : la fin de la pauvreté extrême, le partage des fruits du développement économique dans toute la société, et la protection de la planète.

Bien évidemment, la fixation d’un ensemble de SDG est chose plus aisée que l’accomplissement des objectifs. Cette difficulté peut être appréhendée sous l’angle d’un des défis majeurs actuels : le changement climatique. Nous sommes aujourd’hui sept milliards d’individus sur Terre, dont chacun, en moyenne, est responsable de la libération d’un peu plus de quatre tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année. Ce CO2 est rejeté lorsque nous brûlons charbon, pétrole et gaz pour produire de l’électricité, faire rouler nos automobiles, ou chauffer notre foyer. En fin de compte, les humains rejettent en moyenne près de 30 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année, suffisamment pour considérablement transformer le climat d’ici quelques dizaines d’années.

En 2050, nous devrions être plus de neuf milliards de terriens. Si ces individus sont plus riches que ceux d’aujourd’hui (et consomment ainsi davantage d’énergie par personne), le total des émissions mondiales pourrait doubler, voire tripler. Il s’agit là du plus grand des dilemmes : il va nous falloir émettre moins de CO2, alors que nous prenons la voie d’un total d’émissions bien supérieur.

Nous devrions nous soucier de ce scénario, car continuer sur cette voie de la hausse des émissions mondiales signifierait, de manière quasi-certaine, ravages et souffrances pour des milliards d’individus, qui seraient frappés par un torrent de sécheresses, de vagues de chaleur, d’ouragans, et  bien d’autres fléaux. Nous faisons d’ores et déjà l’expérience des premiers de ces malheurs depuis les dernières années, avec une série de famine dévastatrices, d’inondations, et d’autres catastrophes climatiques.

Comment les peuples de la planète – et en particulier les populations pauvres – peuvent-ils alors profiter de davantage d’électricité et d’accès aux modes de transport modernes, mais d’une manière qui permettrait de préserver la planète plutôt que de la détruire ? La vérité c’est que nous ne pouvons y parvenir – à moins que nous n’améliorions considérablement les technologies que nous utilisons.

Il nous faut exploiter les énergies de manière bien plus prudente, tout en abandonnant les combustibles fossiles pour privilégier des sources d’énergie à faible emprunte carbonique. Des améliorations aussi décisives n’ont absolument rien d’impossible, et sont tout à fait réalistes sur le plan économique.

Considérons par exemple l’inefficience énergétique d’une automobile. Nous nous déplaçons actuellement dans des machines de 1 000 à 2 000 kg pour transporter seulement une ou quelques personnes, chacune pesant peut-être 75 kg. Et nous le faisons en recourant à un moteur à combustion interne qui n’exploite qu’une partie infime de l’énergie libérée par la combustion du carburant. La plus grande partie de l’énergie est gaspillée sous forme de chaleur.

Nous pourrions ainsi réaliser d’immenses réduction des émissions de CO2 en optant pour des véhicules de taille réduite, légers et alimentés par batterie, fonctionnant grâce à des moteurs électriques à haute efficience et chargés par une source à faible émission de carbone comme l’énergie solaire. Mieux encore, en passant aux véhicules électriques, nous serions en mesure d’exploiter des technologies informatiques de pointe afin d’en faire des machines intelligentes – voire suffisamment intelligentes pour se conduire elles-mêmes, grâce à des systèmes de traitement de données et de positionnement de pointe.

Les avantages des technologies de l’information et de la communication se retrouvent dans tous les domaines de l’activité humaine : une agriculture optimisée grâce au GPS et aux engrais micro-dosés ; une fabrication haute précision ; des immeubles capables de gérer leur consommation d’énergie ; et, bien entendu, la puissance transcendante et omniprésente d’Internet. Le haut débit mobile connecte déjà les villages les plus isolés des zones rurales d’Afrique et d’Inde, réduisant considérablement la nécessité des déplacements.

Les relations bancaires s’effectuent désormais par téléphone, ce qui est également le cas d’une gamme croissante de diagnostics médicaux. Les livres électroniques peuvent être visionnés directement sur les appareils portables, sans que le lecteur ait besoin de se rendre à la librairie, de se déplacer, ni de se soucier du poids en papier des livres physiques. L’éducation également occupe une place de plus en importante sur Internet, et permettra bientôt aux étudiants du monde entier d’accéder à une instruction de première qualité, pour un coût « marginal » d’inscription de nouvel étudiant quasi nul.

Cependant, la quête du développement durable ne sera pas uniquement une question de technologie. Elle reposera également sur des incitations de marché, des régulations gouvernementales, et sur un soutien public en faveur de la recherche et du développement. Mais encore plus fondamental que les politiques et la gouvernance sera le défi des valeurs. Nous devons comprendre notre destin commun, et embrasser le développement durable en tant qu’engagement collectif à l’égard de la dignité des tous les êtres humains, aujourd’hui et dans le futur.

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  1. CommentedKen Peterson

    After reconsidering my statement of a couple of weeks ago, I've embarrassed myself. If I complain about a lack of vision, I should give an example. OK...

    As we look with foreboding at the inevitable leadership of the Chinese economy, still we favorably compare patents, innovation, entrepreneurship as well as Chinese-American point guards. Possibly it's time for us to use our ingenuity, skip a step and move on to the latter 21st Century.

    We know what we're facing: 2.8% economic growth -25 year doubling- over 300 years is 4000%+-. Economic growth seems to be tied to a growth in consumption of energy. Agricultural growth is tied to non-renewable petroleum products and water. Many of our most fundamental economic components -housing, for instance- are tied to other non-renewables on a small planet; space.

    One thing that we will inevitably do is move our economy from industries tied to consumption of non-renewables, to recyclables. Products will be designed to be remelted and pumped out in the newer fashion. Some products made for a lifetime's use- cradle to grave wedding gifts.
    Services rather than products: education, entertainment, information. Smith, Marx, and Keynes all looked to the time we had a sufficiency of 'stuff', and eliminated poverty by passing the 'stuff' around. Then, we could all work 30 hour weeks. Possibly spend the rest of our time writing poetry or engaged in orgy's. Sad to say, I'll probably opt for poetry.

    We know it's coming- the end of consumption. Any 6th grader can do the math. If we get ahead of it, this silly leadership thing can be resolved.

  2. CommentedSandee Roberts

    I totally agree that we all need to understand our shared fate and I am commitment to decency for all human beings.

    The world situation is changing rapidly, and I think we are in need of an integral method of educating humanity so everyone will be prepared for the many changes coming our way.

    Unemployment is on the rise, and hundreds of millions of people who will lose work because the crisis will destroy all the industries that are not vitally important. What will the people do who produced what no one needs any longer? http://www.shadowstats.com/

    We are also seeing that protest movements are growing due to the Internet, with all our mutual communications and influence on each other. All humanity, from the ordinary citizens to their governments, is interested in bringing this process under their control and preventing its development. All our modern weapons plus the unpredictable future events can lead us to such disastrous results.

    In order for us to prevent all kinds of disasters, civil or even world wars, we need to think in advance about global, integral upbringing of the majority of the population.

  3. CommentedSandee Roberts

    Thank you for this article.

    I believe that it is impossible to achieve any sustainable development between peoples without mutual responsibility.


    There are many various methods and plans, but they are totally incapable of being compared to each other. No one has the answer to this question because it is impossible to achieve any solution between peoples without first seeing everyone as one family.

    I think a sustainable development would look something like a round table where everyone, like a family, discuss common problems and you would feel that everyone is equally close to you. Only then could we begin to distribute our common pie and solve the problems between us, only together with each of us and consulting each other and taking all our opinions into consideration. Are we really ready for this? Probably not! But we see that we are all being pushed in this direction. We are discovering that there is no other way to find the answers, because the real issue lies between our relationships with each other.

    How can we achieve equality between us? How can we balance these two parts of humanity? The poor, do you not want the rich? The rich, do you see that you can no longer control anything? But you, the rich enjoy managing and gaining much pleasure from the money in your bank account, but now you are in suffering because there are less zeroes there. The continually increasing gains approach is not benefiting society as a whole, so the question I have for you is can society give something else instead of money? Is money the only thing that satisfies all of humanity in today's world?

      CommentedSandee Roberts

      I have read the "new report" and greatly appreciate it's approach! Thank you.

  4. CommentedMary Kay Plantes

    As an economist, I am familiar with the arguments for specialization and trade. But, as I look at how the world is evolving, I wonder if we would be better off with less trade, reducing transportation emissions and only trading that which is essential e.g., precious minerals or agricultural plants and advice that help a poor nation grow more food. I was in China for the first time and saw how terrible its pollution is (e.g., airports closed as pl=ilots cannot see through small particle emissions which are the most damaging kinds) due to using archaic coal plant technology. Would not a buy local world, with China shifting to domestic production be better net net for the environment and poor people in need of work? Would appreciate your perspectives. It's been a long while since my international course. At a minimum, I think China with its foreign currency wealth should be held to higher environmental standard to be part of WTO.

  5. CommentedKen Peterson

    I wonder if this organization is run by the same people who structured the Obama administration? You don't know 'how' or 'where' to find answers to humanities problems. Then, like the blind pig, having found an acorn, you don't know 'what' to do with it.
    There is a 'degree of complexity' inherent in the structure of any organization implying the overall capability of the organization. This is an organization of talkers and thinkers involved in advancing the cause of talking and thinking.
    The foolish world admires the ineffectual thinker while scorning the man with the hammer in his hand.

      CommentedGreg Ivanov

      "This is an organization of talkers and thinkers involved in advancing the cause of talking and thinking." How true!

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