Saturday, April 19, 2014
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Donner de nouveaux pouvoirs au FMI serait une erreur

CAMBRIDGE – Au fur et à mesure que la crise financière mondiale se propage des économies avancées aux marchés émergents, elle ravage non seulement les économies des pays dont l’État agit de manière aléatoire, comme le Venezuela, la Russie et l’Argentine, mais également des pays comme le Brésil, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud, dont on aurait pu penser qu’ils avaient fait des progrès substantiels et durables vers une stabilité macroéconomique. Pour cette raison, le rôle futur du Fonds monétaire international prend rapidement la première place de l’ordre du jour de la réunion des chefs d’État prévue à la mi-novembre pour discuter de l’avenir du système financier international.

Incapable de moderniser son système de représentation trop favorable aux Européens ou ses infrastructures incompréhensibles de prêts de gouvernement à gouvernement, le FMI semblait il y a peu être enlisé dans une période durable d’inadéquation. Et pourtant, d’un jour à l’autre, le Fonds est sous le feu des projecteurs comme étant le seul organisme éventuellement capable de stopper la pernicieuse spirale vers le bas qui affecte aujourd’hui les bourses des marchés émergents.

Les chefs d’État devraient se féliciter du fait que le FMI soit prêt à prendre des mesures lors de la prochaine phase de la crise financière mondiale, même si le montant des prêts qu’il peut accorder, d’environ 250 milliards de dollars, est tout à fait insuffisant pour enrayer la dégringolade des marchés émergents. Rien que les entreprises de ces pays ont des centaines de milliards de dollars d’emprunts qui arrivent à échéance dans les douze prochains mois, une somme bien supérieure à ce que les réserves gouvernementales peuvent couvrir si les marchés du crédit ne se stabilisent pas.

Contrairement au président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, la plupart des banquiers centraux des pays émergents n’ont pas les moyens de faire un chèque en blanc sur leur économie sans un effet boomerang sur les taux d’intérêt et les taux de change. (Il reste à voir comment les investisseurs jugeront le dollar une fois que la fumée se sera dissipée et que l’étendue réelle de la dette et de l’expansion de la devise américaines seront évidents).

Ce serait toutefois une grave erreur de simplement démultiplier les capacités du FMI sous sa forme actuelle en augmentant énormément les sommes qu’il pourrait prêter, comme le suggèrent certains. Même dans la crise actuelle, le FMI doit être renforcé dans son rôle d’interlocuteur entre les pays créditeurs et les pays en développement emprunteurs, plutôt que comme alternative à toutes autres sources de financement.

Les réformes fondamentales que le FMI doit effectuer restent (1) améliorer la gouvernance de l’organisation en réduisant la représentation européenne et en augmentant celle de l’Asie, et (2) mettre l’accent sur le rôle de suivi et de surveillance du Fonds au lieu d’être le bailleur direct de fonds de renflouage. Contrairement à l’idée répandue, le moment est approprié pour effectuer ces réformes. Les pays riches, sous la direction des banques centrales, doivent fournir le financement à grande échelle permettant de stopper l’hémorragie financière des pays en développement. Le principal rôle du Fonds doit être celui du suivi.

Sans une monnaie qui lui soit propre, le FMI est mal placé pour intervenir avec la puissance nécessaire pour des opérations de prêteur de dernier recours. Le Fonds pourrait en principe être autorisé à émettre sa monnaie (il a déjà une unité de compte, le droit de tirage spécial). Mais cette option n’est pas réaliste, compte tenu de l’absence d’un système adéquat de gouvernance globale. Même la zone euro, bien plus unifiée que le reste du monde, n’a pas encore tout-à-fait déterminé comment utiliser sa banque centrale comme prêteur de dernier ressort.

Au cours des 50 dernières années, le montant des prêts que le FMI peut allouer a nettement diminué par rapport à l’essor du commerce et des revenus dans le monde. Mais porter ses ressources à mille milliards ou plus n’est pas non plus une option réaliste. Le FMI n’a pas les capacités pour gérer les défauts de remboursement importants qui peuvent accompagner une énorme augmentation des prêts, et encore moins la volonté politique de distinguer les pays qui ont un problème de liquidités à court terme des pays confrontés à un problème d’insolvabilité.

Quelle attitude les chefs d’État adopteront-ils donc à l’égard du FMI ? Dans un premier temps, le FMI pourrait aider à coordonner les prêts supplémentaires accordés par des pays comme les Etats-Unis, le Japon et la Chine pour maintenir une stabilité économique et politique dans les pays en développement. Sans admettre ouvertement la responsabilité des Etats-Unis dans la crise actuelle, la Fed a déjà proposé de fournir jusqu’à 30 milliards de dollars à chacune des banques centrales de la Corée du Sud, du Brésil, du Mexique et de Singapour.

Le FMI peut également jouer un rôle utile en aidant les pays excédentaires à gérer leurs réserves de change, un peu comme le fait déjà la Banque des règlements internationaux. Les dirigeants mondiaux peuvent aussi autoriser le FMI à vendre une partie de son stock d’or pour financer ses opérations de suivi et de surveillance. Et pour qu’à l’avenir, il n’ait pas besoin de faire des prêts d’urgence simplement pour que l’électricité ne soit pas coupée dans l’immeuble.

Même si cela peut paraître tentant d’opérer une montée en puissance des prêts du FMI dans la durée, ce serait une erreur stratégique, tant pour le monde que le Fonds monétaire lui-même. Les pays riches, avec la Chine et les exportateurs de pétrole du Moyen-Orient, ont un rôle crucial à jouer pour aider les marchés émergents et le Fonds à de son côté un rôle utile à jouer dans ce scénario. Mais démultiplier les capacités du Fonds, sans amélioration préalable de sa gouvernance et des contraintes imposées au crédit, serait offrir au monde trop d’une bonne chose sans contrepartie.

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