JOHANNESBURG – En accueillant la Coupe du Monde ce mois-ci, l’Afrique du Sud est prête à défier l’image d’une Afrique trop pauvre et troublée pour organiser l’un des plus grands spectacles au monde. Avec la poursuite de ses recherches sur les confins de l’univers – l’espace profond – l’Afrique du Sud espère apporter une preuve supplémentaire que les Africains peuvent être compétitifs à tous les niveaux.
L’Afrique du Sud investit lourdement pour rejoindre les leaders mondiaux de la recherche spatiale. Le gouvernement investit dans les « micro » satellites, à partir de sa plateforme déjà existante de SumbandilaSat.
Elle concentre aussi tous les efforts africains pour accueillir ce qui devrait être l’un des plus importants instruments scientifiques au monde, le radiotélescope Square Kilometer Array (SKA). Le SKA, dont l’important ensemble de paraboles serait réparties sur neuf pays africains, est la prochaine génération de télescopes qui permettra d’observer les nuages de gaz des premiers âges de l’univers à une puissance 100 fois supérieure à celle du plus puissant télescope actuel, le Very Large Array au Nouveau Mexique.
Le comité de sélection international a d’ores et déjà éliminé la Chine et l’Amérique du sud et n’a retenu que l’Australie et l’Afrique – l’un et l’autre pour des raisons géographiques évidentes. Pour affirmer la crédibilité de sa candidature, le gouvernement sud africain a engagé 250 millions de dollars en 2006 pour la construction d’un ensemble de paraboles sur son propre territoire, précurseur du SKA. 7 des 80 paraboles qui constitueront l’ensemble final sont déjà construites.
L’Afrique du Sud est enfin reconnue comme un véritable acteur de la recherche spatiale. On considère aujourd’hui que le pays compte quelques 60 astronomes actifs, soit plus de la moitié des astronomes travaillant actuellement sur l’ensemble du continent. « L’Afrique du Sud est la perle de l’astronomie africaine, » a déclaré Charles McGruder, professeur au Département de Physique et d’Astronomie de l’université Western Kentucky.
Dans un pays profondément divisé économiquement, « quel peuvent bien être les avantages d’une telle recherche spatiale pour les pauvres et les déshérités ? » demande le physicien Harold Annegarn, professeur à l’université de Johannesburg. « La réponse, » dit-il, « est en partie qu’en soutenant une communauté intellectuelle de très haut niveau, nous pouvons former notre prochaine génération d’intellectuels. »
McGruder, qui travaille étroitement avec les astronomes africains, a aussi déclaré qu’un tel programme spatial est crucial pour élever le profil des carrières scientifiques et d’ingénierie dans une partie du monde où les plus instruits se destinent le plus souvent encore à des carrières dans la finance ou le management. « Un succès dans la recherche spatiale peut engager l’imagination de toute une génération de jeunes africains » déclare-t-il. « Placer l’Afrique sur la carte scientifique mondiale peut encourager plus de jeunes cerveaux africains à demeurer chez eux, parce qu’ils obtiendront la reconnaissance de leurs talents. »
Les experts du développement économique en Afrique se concentrent naturellement sur les technologies de base : l’eau potable, l’énergie pour cuisiner, l’électricité et de meilleures routes. Même en Afrique du Sud, le pays le plus riche du continent, des millions de personnes manquent toujours de certaines ressources essentielles.
Mais la recherche spatiale devrait rapporter des bénéfices pratiques. Parmi ceux-la, le fait que les Africains parviennent à fabriquer des instruments satellitaires différents permettra de développer une industrie mondialement très compétitive. La recherche spatiale peut aussi permettre de mettre au point des moyens pour faire face au changement climatique.
Les observations de la terre pourront permettre aux fermiers, par exemple, de choisir des récoltes et des modèles de croissance mieux adaptés. Et, parce que l’exploration spatiale demande des communications et la maitrise de vastes distances, certaines des applications pourraient contribuer à améliorer le très lucratif secteur minier de l’Afrique du sud; après tout, la maitrise d’engins sous terre s’apparente assez à celle d’engins dans l’espace.
L’énergie déployée par l’Afrique du Sud pour intégrer le groupe des leaders technologiques mondiaux ne se confine pas qu’à la recherche spatiale. Le pays compte aussi une communauté de scientifiques et d’ingénieurs extrêmement dynamique dans les secteurs du nucléaire et de l’énergie solaire, des logiciels, de la conversion charbon-pétrole et même des voitures électriques.
Aucun autre pays africain n’égale ni de près ni de loin l’Afrique du Sud dans les domaines de la recherche et du développement. Sur la base des recherches qui ont fait l’objet de publications, le pays représente 64% de toute la recherche entreprise sur le continent.
« L’Afrique du Sud a mis au point de nombreuses innovations étonnante, » déclare David Kaplan, économiste à l’université de Cape Town et spécialiste des évolutions technologiques. « Mais l’écart entre le savoir ésotérique et les applications économiques reste important. »
Avec l’aide de la communauté internationale, cet écart devrait se combler plus rapidement. Non seulement le plus grand réseau de télescopes au monde « appartient à l’Afrique, » déclare Sune Svanberg, physicien à l’université Lund en Suède, mais « toutes les énergies positives peuvent se joindre aux scientifiques africains pour créer de nombreux projets à petite échelle et réalistes dans la région. »


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