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Printemps politique en Corée du Sud

SEOUL – En accédant au pouvoir en Corée du Nord, le grassouillet Kim Jong-un, 29 ans, a concentré l’attention des gros titres du monde entier. Pourtant, c’est en Corée du Sud que les développements les plus importants se font sentir, s’agissant de la jeunesse et de la politique. Au sud, les jeunes électeurs sont de plus en plus en colère, font preuve de davantage d’action politique et d’une hostilité croissante à l’égard des vieux partis en place. Cette remise en cause démographique du statu quo en Corée du Sud suggère un réveil « libéral » qui pourrait bien modifier considérablement le paysage politique du pays.

L’élection à l’automne dernier de l’activiste Park Won-soon à la fonction de maire de Séoul a démontré la force grandissante du vote de la jeunesse, qui a fait le plus grande surprise du Grand parti national au pouvoir. Les jeunes se sont mobilisés spontanément, exploitant tous les outils de réseaux sociaux et de communications modernes, afin de rallier non seulement les électeurs de leur génération, mais également bon nombre de leurs concitoyens exaspérés par la rigidité sud-coréenne ainsi que par l’isolement du pays à l’égard d’un certain nombre d’opportunités.

Cet élan soudain des jeunes électeurs remet en question les prévisions victorieuses formulées depuis un certain temps en faveur du candidat probable du GPN au pouvoir, Park Guen-hye, dans la course à l’élection présidentielle qui se tiendra en décembre. En effet, de nombreux observateurs politiques considèrent désormais le GPN comme un navire en perdition, notamment depuis qu’un subordonné de l’un des députés du parti aurait semble-t-il fomenté une cyber-attaque à l’encontre du site Web de la Commission électorale nationale dans le but d’empêcher les jeunes électeurs d’accéder aux sondages.

Alors que certains experts et politiciens prévoient désormais un possible effondrement du GPN avant même celui d’une Corée du Nord corrompue et accablée par la pauvreté, Park Geun-hye, personnalité féminine emblématique du monde politique sud-coréen, a clairement fait savoir qu’elle ne quitterait pas le GPN. Pour souligner davantage sa détermination, Park est devenue chef intérimaire du GPN le mois dernier.

Aux yeux de Park, un départ du GPN uniquement justifié par l’impopularité grimpante du parti démontrerait un manque de principes et d’intégrité de sa part. Son refus de s’engager seule de son côté constitue sans doute la principale raison pour laquelle elle garde la main dans un certain nombre de sondages d’opinion. Pour autant, de récents sondages révèlent une perte de confiance chez une majorité d’électeurs à l’égard du gouvernement en place et du parti au pouvoir.

En effet, Ahn Cheol-soo, brillant entrepreneur devenu enseignant pro-réforme à l’Université nationale de Séoul, et soutien principal du nouveau maire de la ville, a bousculé la vie politique sud-coréenne en faisant largement allusion à sa possible candidature présidentielle. Ahn suscite d’ores et déjà l’espoir au sein des forces anti-Park et anti-président Lee Myun-bak, ralliant également la jeunesse.

Les plus forts mérite d’Ahn ont trait à son passé personnel, au cours duquel il est parvenu à surmonter de grandes difficultés, ainsi qu’à son attitude modeste. Sa réussite commerciale particulière –  le développement d’un logiciel d’anti-virus – a fait de lui quelqu’un d’immensément riche. Sa décision de faire don d’une grande partie de sa fortune a fait de lui quelqu’un d’immensément populaire.

Plus important encore, Ahn sait comment s’adresser à une population frustrée par la rigidité et l’environnement économique sud-coréen, notamment chez les jeunes de Corée du Sud. Il semble également conscient de la puissance grandissante des réseaux sociaux au sein du monde politique. Bien que ce professeur âge de 49 ans ne soit pas officiellement engagé dans la course à la présidence, sa franchise et sa tolérance renforcent sa capacité à transmettre un message politique clair en faveur d’un changement fondamental. Rarement dans la vie politique sud-coréenne la personnalité d’un candidat n’a joué un rôle si important.

Les conceptions économiques d’Ahn, principalement basées sur son expérience en tant que PDG à la lutte avec la puissance des inébranlables chaebol de Corée du Sud (de larges conglomérats industriels très liés avec la politique), a relancé le débat à gauche comme à droite sur la question de la capacité des chaebol à mener efficacement l’économie du pays dans le monde d’aujourd’hui.

À l’ère du chômage et du creusement des inégalités, la critique d’Ahn à l’encontre des chaebol s’avère des plus habiles, sur le plan économique comme sur le plan politique. Les jeunes frustrés par l’économie accueillent Ahn sous des acclamations où qu’il se présente, car il exprime leur inquiétude à l’égard de chaebol qui étouffent de nouvelles entreprises pourtant potentiellement créatrices d’emplois pour le moins nécessaires.

L’un des grands défis auquel Ahn devra faire face s’il décide de se lancer dans la course résidera dans la nécessité d’organiser un parti politique, ou de forger une coalition auprès des partis disparates de l’opposition en Corée du Nord. L’une comme l’autre ne sont pas tâche facile, et l’épisode d’incompétence dont a fait preuve le Parti démocratique japonais, après avoir battu une Parti libéral démocrate jusqu’alors au pouvoir depuis un certain temps, pourrait bien dissuader certains électeurs sud-coréens de tourner le dos à un GPN plus familier et plus aguerri. Il est cependant difficile d’imaginer, malgré ces incertitudes, comment Ahn pourrait rester à l’écart de la course électorale d’avril alors que l’espoir que fondent en lui les électeurs ne cesse de forcir.    

La quasi-certitude de voir Ahn se joindre à la mêlée fait figure de mauvais augure pour un GPN déjà instable, et notamment pour Park. À l’occasion de l’une de ses rares apparitions, le 2 janvier lors d’un show télévisé très suivi, elle qualifiait Ahn de « maître d’école très populaire auprès des jeunes. » En effet, tout en reconnaissant la « révolte » des jeunes hommes et femmes à l’encontre des partis en place, elle faisait valoir une incitation en ce sens de la part d’Ahn, au moyen d’une série de conférences intitulées « Concert pour la jeunesse. »

Tandis que la « Princesse de glace », tel qu’a été baptisée Park, conservera sans aucun doute son noyau de soutien électoral, plus de 20 millions de Sud-Coréens ont aujourd’hui accès à Twitter ou à Facebook sur leur téléphone portable, et y suivent l’actualité politique. Il s’agit là d’électeurs nouveaux, ou alors désenchantés ; leur vote en avril – et le nombre de leurs concitoyens à suivre leur exemple – permettra de déterminer si l’on peut ou non parler d’un printemps politique en Corée du Sud.

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