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Le véritable Che Guevara

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2009-01-28

PARIS – Les scénaristes de Hollywood prennent souvent des libertés avec la vérité historique ; mais  les metteurs en scène ont en général le bon sens de ne pas blanchir les sadiques et les meurtriers. A l’exception   du nouveau film de Steven Soderbergh sur Che Guevara  qui fait précisément cela, et pire encore.

Le Che, ce révolutionnaire romantique, incarné par Benicio del Toro dans le film de Soderbergh, n’a jamais existé. Ce héros de la Gauche, avec ses cheveux et sa barbe hippie, une icône que l’on retrouve dans le monde entier sur les t-shirts et les  tasses à café, est un mythe concocté par les propagandistes de Fidel Castro – une création à mi-chemin entre Don Quichotte et Robin des Bois.

Comme toutes ces fables , le mythe du Che conçu par Fidel comporte quelques analogies superficielles avec les faits. Un Robin des Bois, qui volait aux riches et qui donnait une part de son butin aux pauvres pour travestir ses méfaits, a probablement existé. Des chevaliers à la Don Quichotte parcouraient probablement la campagne de l’Espagne médiévale, non pour tuer les dragons, mais les quelques Musulmans restants dans le pays.

Le même principe s’applique au Che de la légende.  Comment un adolescent révolté contre le monde-ou ses parents- résisterait-il  à l’image du Che ? Porter un t-shirt à son effigie est le moyen le moins coûteux et le plus rapide pour  se donner l’impression d’être du bon côté de l’Histoire.

Ce qui séduit les adolescents  comble aussi  les metteurs en scène éternellement jeunes. Dans les années 1960, adopter l’allure du Che, avec sa barbe et son béret, était au moins une profession de foi politique, même si elle était superficielle. Aujourd’hui, elle n’est rien de plus qu’un accessoire de mode qui inspire une épopée hollywoodienne à gros budget. Des parcs d’attraction sur le thème du Che seront-ils la prochaine étape ?

Un véritable Che Guevara a toutefois existé : il est moins connu que sa marionnette .  Mais le vrai  Che fut une figure historique plus importante que son clone factice :  il aCincarné ce que la révolution et le marxisme signifiaient réellement au XXème siècle.

Ce  vrai Che n’était pas un humaniste. Aucun dirigeant communiste n’a jamais cru aux valeurs humanistes ; Karl Marx n’en était certainement pas un et, fidèle   à leur  prophète, Staline, Mao, Castro et le Che n’avaient aucun respect pour la vie humaine. Le sang devait être versé pour baptiser un monde meilleur. Critiqué par l’un de ses premiers compagnons de route pour les millions de morts de la révolution chinoise, Mao lui fit remarquer que cela n’avait aucune importance, puisque d’innombrables Chinois mourraient de toute façon tous les jours.

De la même manière, Che Guevara pouvait tuer  sans hésitation : après des études de médecine en Argentine, il choisit non de sauver des vies, mais de les supprimer. Après la prise de pouvoir par Castro, le Che fit exécuter cinq cents « ennemis » de la révolution sans jugement, sans  discernement.

Fidel Castro, qui n’était pas un humaniste non plus, fit de son mieux pour neutraliser Che Guevara en le nommant ministre de l’Industrie. Le Che appliqua les politiques soviétiques aux Cubains : l’agriculture fut détruite et des usines fantômes parsemaient le paysage. Mais peu lui importait l’économie ou le peuple  Cubain : son objectif était de poursuivre la révolution pour le plaisir de la révolution, comme  de l’art pour l’art.

En fait, si ce n’était pour sa justification idéologique, le Che n’aurait rien été de plus qu’un tueur en série. Les slogans lui ont permis d’exterminer  un nombre plus élevé de victimes que tout tueur en série, et cela au nom de la justice. Cinq siècles auparavant, il aurait probablement été l’un de ces moines soldats exterminant les Indiens latino-américains au nom de Dieu. Au nom de l’Histoire, le Che  aussi considérait le meurtre comme un mal nécessaire pour une juste cause.

Supposons que  nous jugions ce héros marxiste à l’aune de ses propres critères : a-t-il réellement transformé le monde ? La réponse est oui – pour le pire. Le Cuba communiste qu’il a contribué à forger est un échec complet et incontesté, bien plus pauvre et dépendant qu’il ne l’était avant sa « libération ». Malgré les réformes sociales appliquées à Cuba, que la gauche castriste  aime mettre en avant, son taux d’alphabétisation était plus élevé avant l’accession de Castro au pouvoir et le racisme envers la population noire moins généralisé ;  les dirigeants politiques ont bien plus de chances d’être des blancs aujourd’hui qu’à l’époque de Batista.

Au-delà de Cuba, le mythe du Che aura conduit  des milliers d’étudiants et de militants d’Amérique latine à perdre la vie dans des guérillas hasardeuses. La gauche latino américaine , inspirée par le Che, a choisi la lutte armée à la place des urnes, ouvrant la voie aux dictatures militaires. L’Amérique latine n’est pas encore remise de ces retombées involontaires du guévarisme.

Cinquante ans après la révolution cubaine,  ce continent reste divisé. Les pays qui ont rejeté le mythe du Che et choisi la voie de la démocratie et de l’économie de marché, comme le Brésil, le Pérou et le Chili, se portent mieux aujourd’hui qu’à tout autre moment de leur histoire : l’égalité, les libertés et le progrès économique ont progressé de concert. Tandis que ceux qui  perpétuent la nostalgie du Che, comme le Venezuela, l’Équateur et la Bolivie, sont aujourd’hui au bord de la guerre civile.

Le véritable Che, qui a passé de longues années en tant que président de la banque centrale cubaine, et chargé par Castro de superviser les exécutions, mérite d’être mieux connu. Si l’épopée en deux parties de Soderbergh est un succès au box-office, ses producteurs voudront peut-être que soit réalisée une suite plus proche de la vérité. Les éléments historiques pour  tourner « La face cachée du Che » ne manquent pas.

Guy Sorman, un essayiste et économiste français, est l’auteur de L’empire des mensonges (Empire of Lies) et de L’ économie ne ment pas ( Economics don’t lie).

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salvatruchas 04:04 09 Feb 09

I would be very pleased to know how much research you did to build that strong opinion about Mr. Guevara. At least Soderbergh said in an interview that he was trying to make a historically coherent movie. I would like to know if at least you had one single conversation with someone who actually met Ché.

Come on!!!

Maybe you are a philosopher and a economist and French and you know everything about everything and you never question your statements, and you are published and very well respected.


Eamonreillydotcom 09:02 16 Feb 09

Great writing. Nothing in Guy's article is disputed by the person above because it's all TRUE and it can't be. He just wants to know if Guy met Che as if that meant anything. If he had met Che he probably wouldn't be here today to write this fine article. There is a book out now by a Cuban refugee, Humberto Omera called 'Exposing the real Che Guevara and the useful idiots who idolize him'. It's written from the experiences of lots of Cubans whose family members met Che. I'd love if it was made available in all bookshops like Che's own guerilla warfare and the pro-castros books are. Dictators and their lives make such good reading it seems.


rgutter 09:58 14 Mar 09

"The left, inspired by the siren call of Che, chose armed struggle instead of elections. By doing so it opened the way to military dictatorship [in Latin America]."

Ah, so it's those anti-democratic lefties who introduced the concept of armed forces intervention into Latin American governments. But wait – weren’t there at least some countries in the region that endured conservative or right-wing military coups prior to Che's arrival in Havana?

Well, yes. From 1925 until the 1959 Cuban Revolution, the military seized power in Argentina, Bolivia, Brazil, Chile, Colombia, Cuba (remember el sargento Batista?), Ecuador, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama, Paraguay, Peru, Uruguay and Venezuela.

What countries does that leave unblemished by military takeovers in the previous 35 years? Suriname, newly independent. Mexico, with arguably its last military coup in 1913 but hardly a democracy. And finally Costa Rica, where they perhaps know best – when you abolish the army, you're far less likely to suffer a military coup.