Tuesday, September 2, 2014
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Coup de frein à la croissance chinoise !

BERKELEY – Les pays riches tardant à se relever de la crise financière, l'économie mondiale dépend de plus en plus des pays émergents pour conduire la croissance. Les exportateurs de machines, les fournisseurs d'énergie et les producteurs de matières premières considèrent la Chine et les autres pays en développement rapide comme la principale source d'une demande qui va grandissante.

Pourtant les responsables chinois ont indiqué qu'il faut s'attendre à un ralentissement de leur économie. En février dernier le Premier ministre Wen Jiabao a annoncé un taux cible de croissance du PIB de 7% pour les 5 prochaines années. C'est une baisse significative par rapport à un taux de croissance moyen de 11% sur la période 2005-2010.

Faut-il prendre cet objectif au sérieux ? Lors des 5 années précédentes, les autorités chinoises s'étaient fixées un objectif de seulement 7,5%, mais elles n'ont guère réagi quant il s'est avéré que la croissance était bien supérieure. Au contraire, elles ont augmenté les prêts bancaires quand la demande mondiale a fléchi en 2008 et elles ont été réticentes à laisser le yuan s'apprécier pour freiner la croissance des exportations.

Il est difficile de critiquer la politique chinoise de la période antérieure, la croissance de la Chine avait quelque chose de miraculeux. La politique adoptée après 2008 lui a permis d'échapper à la récession mondiale. Et il y a quelque chose de rafraîchissant à voir des dirigeants promettre moins que ce qu'ils font.

On peut se demander néanmoins si les dirigeants chinois ne sous-estiment pas à nouveau le potentiel de croissance économique de leur pays. Ou bien leur prévision de croissance à la baisse n'est-elle qu'une manoeuvre machiavélique face aux pressions étrangères les incitant à réévaluer le yuan ? Ce n'est probablement pas le cas, car cette fois-ci ils semblent convaincus de l'approche d'un ralentissement.

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la Chine a connu une croissance rapide : une grande partie de la main-d'ouvre qui était sous-employée dans l'agriculture est passée dans le secteur manufacturier, son taux d'investissement est extraordinairement élevé (de l'ordre de 45% du PIB) et elle a stimulé les exportations en maintenant une devise manifestement sous-évaluée.

Mais la Chine doit réagir aux pressions internes et externes. Il lui faudra rééquilibrer son économie en diminuant le poids de son secteur manufacturier et de ses exportations, en augmentant celui des services et en encourageant la consommation intérieure. Il arrivera un moment où les travailleurs chinois exigeront des salaires plus élevés et une diminution du temps de travail. L'augmentation de la consommation se traduira par une baisse des investissements et en conséquence par une croissance plus faible. Les responsables chinois sont parfaitement conscients de ces changements qui se profilent, ils les ont pris en comptes dans le dernier plan quinquennal qui a été dévoilé au début du mois.

Aussi, la question n'est pas de savoir si la croissance chinoise va baisser, mais quand. Dans une étude récente, Kwando Shin de l'Université de Corée et moi-même avons analysé 39 périodes de ralentissement économique marqué et persistant dans des pays en croissance rapide dont le revenu par habitant est supérieur à 10 000 dollars. Nous avons découvert que le ralentissement survient lorsque le revenu par habitant atteignait un seuil de 16500 dollars (mesuré en parité de pouvoir d'achat de 2005). Si la Chine maintient un taux de croissance de 10% par an, elle atteindra ce seuil en seulement 3 ans, en 2014.

Certes il n'y a pas de loi absolue quant aux ralentissements économiques. Ils ne se produisent pas tous exactement pour une même valeur du revenu par habitant. Ils arrivent plus tôt dans des pays dont la population est vieillissante, ce qui est de plus en plus le cas de la Chine en raison de l'augmentation de l'espérance de vie et de la politique de l'enfant unique adoptée dans les années 1970.

Ils sont plus probables dans les pays dont le secteur manufacturier emploie plus de 20% de la main d'oeuvre, car une partie d'entre elle bascule alors vers les services dont la croissance est plus faible en terme de productivité. C'est également le cas de la Chine, en raison de la réussite de sa politique d'élargissement de sa base manufacturière.

Il est frappant de constater que le ralentissement intervient plus tôt dans les pays dont la monnaie est sous-évaluée, sans doute parce qu'ils sont plus vulnérables à des chocs d'origine extérieure. Par ailleurs, si la sous-évaluation favorise la croissance dans les premières phases de développement d'un pays, elle y  parvient plus difficilement au cours des phases ultérieures - quand la croissance repose davantage sur l'innovation.

Finalement le maintien d'une devise sous-évaluée peut entraîner des déséquilibres, notamment un développement excessif de la production destinée à l'exportation (par exemple la Corée du Sud dans les années 1990), ce qui augmente la probabilité d'un ralentissement.

Pour toutes ces raisons le ralentissement économique chinois paraît imminent. Le monde y est-il préparé ? Les pays qui sont sur les traces de la Chine seront-ils porteur du même dynamisme économique pour la planète - ce dynamisme qui nous a rendu dépendants de l'économie de la République populaire ?

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