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Peter Singer

Les défis éthiques globaux qui attendent Obama

Peter Singer

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2008-11-05

PRINCETON – L’étonnante histoire de l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis a en elle-même déjà beaucoup contribué à restaurer l’image de ce pays dans le monde. À la place d’un président dont la seule qualification pour occuper ce poste était le nom de son père, nous avons aujourd’hui un président dont l’intelligence et la vision ont surmonté le formidable obstacle qui est d’être le fils, avec un nom exotique, d’un Africain musulman. Qui aurait cru, après les deux dernières élections présidentielles, que les Américains seraient capables d’élire un tel candidat ?

L’exploit d’Obama relève les enjeux de son mandat. Il a fait campagne sur le thème de sa différence avec les autres politiciens et sur la promesse d’un véritable changement. Cet engagement a réuni des foules gigantesques et enthousiastes qui, avec une utilisation ingénieuse d’Internet, lui ont permis de rassembler quatre millions de donateurs et incité un nombre imposant de Noirs américains et de jeunes à voter pour la première fois.

Une chance unique est donnée à Obama de faire reculer le cynisme qui imprègne la politique américaine depuis des décennies. Mais s’il ne se montre pas à la hauteur de ses promesses de changement, il faudra à nouveau attendre des décennies avant que les électeurs placent leur confiance dans un candidat affirmant être différent des autres.

De nombreux Américains jugeront la nouvelle administration sur ce qu’elle accomplira au plan intérieur, comme par exemple la taxation des revenus supérieurs à 250.000 dollars par an et l’utilisation de cet argent pour offrir une assurance maladie aux dizaines de millions d’Américains – cas unique pour une nation industrialisé – qui n’en ont pas. Obama s’est également engagé à réduire les impôts des classes moyennes et inférieures et à améliorer le système scolaire des États-Unis. Tenir ces promesses, à la lumière des sombres perspectives économiques du pays, ne sera pas chose aisée.

C’est toutefois au-delà des frontières américaines qu’Obama pourrait avoir l’impact le plus fort. L’an dernier, lors d’un discours devant le Council on Global Affairs de Chicago, il a appelé de ses vœux un président qui puisse s’adresser directement à toute personne dans le monde qui souhaite la dignité et la paix et lui dire : « Vous comptez pour nous. Votre avenir est notre avenir. Et notre moment est maintenant ». En effet, le moment est là.

Si Obama veut être ce président, il doit commencer par tenir sa promesse de fermer la prison de Guantanamo Bay à Cuba et de mettre fin à cette pratique de l’administration Bush consistant à emprisonner des gens sans leur dire pourquoi ou de quoi ils sont coupables. Il doit aussi entamer le retrait des troupes américaines d’Irak, une tâche qu’il a dit être réalisable en 16 mois. Tenir ses engagements précis sera déjà un grand pas en avant pour redorer l’image des Etats-Unis à l’étranger.

Jouer un rôle constructif dans la réforme nécessaire des Nations unies est également vital. La structure du Conseil de sécurité a plus de 60 ans et octroie toujours des sièges permanents, et un droit de veto, aux vainqueurs de la Seconde guerre mondiale. Une modification du statu quo diluera les privilèges de ces pays, y compris ceux des Etats-Unis. Mais s’il y a bien un président américain qui puisse surmonter le passif historique des Nations unies, c’est Obama.

Et comme Obama a un père kenyan et qu’il a passé du temps dans des villages africains où vit sa parenté, c’est sans surprise qu’il comprend la nécessité de l’aide des nations avancées aux pays en développement. L’an dernier, il s’est engagé à doubler l’aide extérieure des Etats-Unis d’ici 2012, à hauteur de 50 milliards de dollars par an. (Même ainsi, les Etats-Unis seront à la traîne de la plupart des nations européennes pour ce qui est du pourcentage de leur PIB consacré à l’aide extérieure).

L’aide américaine doit aussi être davantage ciblée en faveur de ceux qui vivent dans une pauvreté extrême. Pourtant, lorsqu’on a demandé au sénateur, aujourd’hui vice-président, Joe Biden, quelle dépense l’administration Obama pourrait envisager de supprimer à cause de la crise financière, il a malheureusement mentionné l’augmentation de l’aide à l’étranger. Mais doubler l’aide extérieure ne représente qu’une somme minime par rapport aux sommes économisées par un retrait des troupes d’Irak.

La partie la plus difficile de la transformation des Etats-Unis en citoyen mondial honorable est peut-être celle de la réduction des émissions américaines des gaz à effet de serre – environ cinq fois supérieures à la moyenne mondiale par personne. Sur cette question, l’administration Bush a perdu huit précieuses années au cours desquelles nous sommes arrivés dangereusement près du point où une succession irréversible d’événements pourrait nous entraîner dans une catastrophe.

L’an dernier, le Président ougandais Yoweri Museveni a qualifié le changement climatique « d’un acte d’agression des riches contre les pauvres ». Cela peut sembler exagéré, mais l’augmentation des températures et le manque de pluies pour un pays essentiellement agricole sont aussi dévastateurs pour la population qu’un bombardement.

Obama doit faire en sorte que les Etats-Unis montrent l’exemple pour la réduction des émissions de carbone. Alors, ayant fait preuve de sa bonne foi, il pourra avec les dirigeants européens convaincre la Chine et l’Inde de ratifier l’accord qui remplacera le Protocole de Kyoto quand celui-ci arrivera à échéance en 2012. La question du changement climatique est sans doute le plus grand défi de cette présidence, mais tant de choses en dépendent qu’elle jouera sans doute un rôle décisif dans la manière dont sera jugée la présidence de Barack Obama.

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AUTHOR INFO

Peter Singer is Professor of Bioethics at Princeton University and Laureate Professor at the University of Melbourne. He is the author of Animal Liberation, Practical Ethics, One World, The President of Good and Evil, and editor of In Defense of Animals: The Second Wave.