WEEKLY SERIES

THOUGHT LEADERS

GLOBAL PERSPECTIVES

INTERNATIONAL INSIGHT

MIND AND MATTER

SPECIAL SERIES

PROJECT SYNDICATE

Peter Singer

Le droit des singes – et des hommes

Peter Singer

English Spanish Russian French German Czech Chinese Arabic
2008-07-15

MELBOURNE – Le 25 juin, lors d’un vote historique, la commission pour l’environnement, l’agriculture et la pêche du parlement espagnol a proclamé son soutien au Projet grands singes. Ce projet se propose d’accorder le droit à la vie, à la liberté et à la protection de la torture à nos cousins non humains les plus proches : les chimpanzés, les bonobos, les gorilles et les orangs-outans. D’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni, ont entamé des démarches visant à protéger les grands singes des expériences nuisibles, mais aucun parlement national n’a déclaré qu’un animal pouvait être une personne jouissant de droits.

La résolution, qui doit être adoptée par le parlement dans son intégralité, oriente le parlement espagnol vers la promotion d’une déclaration de même style à l’échelle de l’Union européenne. Elle appelle aussi le gouvernement à adopter, dans l’année, une législation interdisant les expériences potentiellement nuisibles sur les grands singes qui ne soient pas dans leur intérêt.

Il sera permis de maintenir des grands singes en captivité dans un seul but de protection, et dans les meilleures conditions. La résolution recommande que l’Espagne entreprenne des démarches dans les forums internationaux et les organisations internationales pour s’assurer que les grands singes sont à l’abri des mauvais traitements, de l’esclavage, de la torture, de la mort provoquée et de l’extinction.

Paola Cavalieri et moi avons fondé le Projet grands singes en 1993 afin d’éliminer la barrière entre animaux humains et non humains. Les chercheurs comme Jane Goodall, Diane Fossey et Birute Galdikas ont montré que les grands singes sont des êtres pensants et conscients de leur propre existence, aux vies émotionnelles riches, et de ce fait ont préparé le terrain pour étendre jusqu’à eux les droits élémentaires.

Si nous considérons les droits humains comme une propriété de tous les êtres humains, quelles que soient les limites de leurs capacités intellectuelles ou émotionnelles, comment pouvons-nous refuser des droits semblables aux grands singes, qui dépassent clairement certains êtres humains en termes de rationalité, de conscience de soi et de liens émotionnels avec les autres ? Le faire reviendrait à exercer un préjugé contre d’autres créatures simplement parce qu’elles n’appartiennent pas à notre espèce – un préjugé que nous appelons spécisme, pour souligner sa similitude avec le racisme.

Le Projet grands singes cherche à changer notre manière d’appréhender les grands singes, et, au final, tous les animaux en général. La résolution espagnole marque la première acceptation officielle de cette position.

L’utilisation du terme “esclavage” en relation avec un acte nuisible aux animaux est particulièrement significative, car jusqu’à présent nous estimions qu’il était juste que les animaux soient nos esclaves, corvéables à notre convenance, que ce soit pour tirer nos charrettes, servir de cobayes pour la recherche sur les maladies humaines ou produire des œufs, du lait ou de la viande pour notre consommation. La reconnaissance, par un gouvernement, qu’il peut être mal de traiter les animaux comme des esclaves ouvre une brèche significative dans le mur de l’importance morale exclusive que nous avons érigé autour de nos propres espèces.

Pendant que les députés espagnols examinaient avec bienveillance les droits des animaux, en Autriche dix leaders d’organisations légales de défense des animaux entamaient leur cinquième semaine d’emprisonnement. Le 21 mai à l’aube, des policiers firent irruption à 23 endroits différents, extirpèrent les gens de leur lit, les menacèrent de leurs armes et forcèrent un des leaders d’une association de protection des animaux à rester debout dans un lieu public en sous-vêtements pendant deux heures. Ils saisirent ordinateurs et fichiers et mirent le mouvement de défense des animaux hors d’état de fonctionner au moment où il s’apprêtait à lancer une nouvelle initiative visant à sauvegarder la protection des animaux dans la constitution autrichienne.

Les dix leaders arrêtés sont retenus sans qu’aucune accusation ou allégation particulière ne soit retenue contre eux, en vertu d’une loi qui vise les membres d’organisations criminelles comme la mafia. La police n’a produit aucune preuve que les personnes arrêtées étaient impliquées dans des actes violents. Pourtant, un tribunal a décidé de les maintenir en prison jusqu’en septembre.

Au bout de 17 jours de prison, trois personnes ont été accusées d’avoir menacé l’attachée de presse d’une boutique de mode en empêchant sa voiture de partir. Martin Balluch s’est quant à lui vu donner un dossier de police de 1 500 pages pour justifier son arrestation. Son nom n’est mentionné que trois fois dans ce dossier, à chaque fois en relation avec des interviews qu’il a données aux médias ou avec des articles dont il est l’auteur.

Ironie du sort, Balluch,homme brillant et titulaire d’un doctorat en physique et en philosophie, est l’un des plus éminents porte-parole du mouvement mondial de protection des animaux, connu pour ses aspirations démocratiques et non-violentes à la réforme. Dans un essai qu’il a écrit pour In Defense of Animals, un livre que j’ai édité en 2006, il écrit : “Aucune attaque de guérilla réaliste du genre de celles que mène l’Animal Liberation Front n’aurait pu nuire à l’industrie de l’élevage en batterie autant que ne le fait la nouvelle loi autrichienne.”

Les associations autrichiennes de protection des animaux ont connu ces dernières années de remarquables succès en persuadant les électeurs et les législateurs de soutenir des lois interdisant progressivement les cages pour les poules pondeuses, celles des lapins élevés pour leur viande et l’élevage des animaux pour leur fourrure. Comme l’écrit Balluch : “Une loi interdisant toute une industrie provoque bien plus de dégâts économiques à l’industrie de la maltraitance des animaux que ne pourrait le faire une quelconque action du mouvement de protection des animaux.”

La persécution policière du mouvement de protection des animaux semble être une tentative du parti conservateur, qui contrôle le ministère de l’Intérieur, et de ses soutiens de l’industrie de l’exploitation des animaux, de riposter contre une remise en question légitime et paisible de notre manière de traiter les animaux. Il est particulièrement choquant que cela puisse se produire dans une démocratie européenne.

Toute reproduction du contenu de ce site sans accord écrit de Project Syndicate constitue une infraction à la législation internationale relative au droit d’auteur. Pour obtenir une autorisation, merci de nous contacter à l’adresse suivante : distribution@project-syndicate.org.
English Spanish Russian French German Czech Chinese Arabic

You must be logged in to post or reply to a comment.
Please log in or sign up for a free account.


jon 04:33 30 Dec 09

I agree that the police behaviour described in this article is shocking. However, I believe that the also-mentioned "Great Ape Project" demonstrates much of the same anthropomorphism that has characterised human beliefs, and behaviour, towards animals for all of the historical record. (An influential example being the Old Testament belief that we are "made in God's image". This is a ludicrous idea even if you do believe in God - human beings are reliant on earth's particular planetary properties: composition of the atmosphere, prevalence of water, prevalence of plants, prevalence of certain minerals found in the soil, etc; so our physiological makeup: body-size, presence of limbs, digestive-system, metabolism, thinking and perceiving skills, etc, all reflect this earth-origin. If God was really like us, even in appearance, he simply couldn't survive in a universe preceeding earth!) Why limit political activity to noticeably humanlike organisms?

In any case, cats (in particular) and dogs are also very humanlike (more similar to humans, in behaviour, than they are to their wild relatives). This obviously occurs - not only because they are nurtured by humans, but also because they have been genetically selected (especially dogs): for qualities like intelligence, tameness, obediance, etc.

I lived with a cat who not only died a martyr's death (largely through my own stupidity, but also due to the behaviour of a certain vet), she also demonstrated (while alive) three "miracles" that I find inexplicable:

1) She showed evidence of paranormal consciousness: she responded to my visualising myself thrusting a large knife at her from above (to test for psychic awareness) by simultaneously leaping out of my lap. (Something she never did before, or since.)

2) Once, when I was practising violin for the first time, she leapt onto the table in front of me, walked over, and used her front right paw (with claws extended) to pull my face toward her, while opening her mouth wide (and aimed at my mouth) as if to kiss me.

3) After she responded (while resting, to a stroke along her back I made while drunk) by pretend-attacking me by biting ultra-rapidly (machine-like) just in front of my skin, all the while emitting a furious sounding noise, I replied quite angrily by telling her to "Get out!" (trying to growl like a lion). She immediately went and waited at the door for me to open it. (I had never trained her to do this, nor had I ever said the words to anyone else in her presence - I had very few visitors anyway. What I has done was talk to her at times, at first as if she was a toddler - but I had never used the verb "to get out".)

These were not the only signs she gave of above average intelligence (for a cat, or for a human), there were many others - like talking to me, quite often, in easily understood ways (such as marking differing emotion-states: from pleasure to extreme unhappiness; anger at an action of mine, like lifting her off my lap; or physical pain - i.e. when I accidently stepped on her tail; or using meows on location as a guide to her meaning - the kitchen if she was hungry; a shelf if she wanted lifting down; by the radiator if she wanted it turned on; or coming into the toilet because she felt I took too long), and understanding my communications to her (such as calling her by name to get her to come; or hissing like a cat at her, to get her not to follow me when I went onto the street). She was also quite fussy with food, especially when young (when she just wouldn't eat until I began to prepare roasted bite-size chunks of kangaroo for her). I believe such discernment is a sign of intelligence (which wouldn't be found, for example, in a dog). In addition, it is my belief that "cats can't be trained" because (unlike dogs) they refuse to train us to train them. (For example, they learn to use a litter box when tiny kittens - taught, via demonstration, by their mothers, not humans.) They will, however, repeat behaviours they enjoy our response to, often at their own instigation. (My cat, for example, began walking up near my shoulders on the bed - so I could hug her, for a regular twenty seconds, after which she would squeeze out of my grasp and return to her sleeping spot.)

Pigs have also been found to be highly intelligent, even passing Lacan's "mirror-stage" of development (a test which I feel is neither fair, nor relevant, when used on smell-centric animals like cats or dogs - as opposed to vision-centric animals like ourselves or, possibly, birds, though even birds usually don't stare continuously, like we do). But I agree that intelligence alone should not come into it, since we (quite correctly) give rights to intellectually disabled human beings. Nevertheless, it is useful to point out such animal intelligence, particularly when challenging behaviourism or, more importantly, anthropomorphism and it's impact on ethics.

It is obvious that ancient Indians (Buddhists, brahmins, and Jains) were way ahead of Westerners regarding the extension of ethical behaviour towards animals. (Although the early Christians, and post C.E. Jews, did at least do away with animal sacrifice.) Not only is it wretched (and unhealthy) for animals like ourselves to eat meat. Furs make the wearer look ridiculous, and leather is easily substituted. More importantly, the extension of human life partly through medical experiments on other creatures (currently involving nearly ten million animals per year) makes the adjective "humane" simply nonsensical. Humans are, it is abundantly clear, the cruellest behaving animals in all recorded knowledge.



AUTHOR INFO

Peter Singer is Professor of Bioethics at Princeton University and Laureate Professor at the University of Melbourne. He is the author of Animal Liberation, Practical Ethics, One World, The President of Good and Evil, and editor of In Defense of Animals: The Second Wave.