![]() |
War and Peace by Shlomo Ben-Ami |
![]() |
Crossing Cultures by Ian Buruma |
![]() |
![]() |
![]() |
The Statesmen's Debate by Castaneda, Haass, Rocard |
![]() |
Anatomy of the Global Economy by J. Bradford DeLong |
![]() |
The Rebel Realist by Joschka Fischer |
![]() |
The Peacemaker by Richard Holbrooke |
![]() |
Global Warning by Bjorn Lomborg |
![]() |
European Observer by Dominique Moisi |
![]() |
Of Might and Right by Joseph S. Nye |
![]() |
History in Motion by Chris Patten |
![]() |
Roads to Prosperity by Dani Rodrik |
![]() |
The Unbound Economy by Kenneth Rogoff |
![]() |
Economics and Justice by Jeffrey D. Sachs |
![]() |
![]() |
Finance in the 21st Century by Roubini, Shiller |
![]() |
The Ethics of Life by Peter Singer |
![]() |
![]() |
Transatlantic Perspectives by Feldstein, Sinn |
![]() |
I Dissent: Unconventional Economic Wisdom by Joseph E. Stiglitz |
![]() |
Against the Current by Robert Skidelsky |
![]() |
Awakening India by Shashi Tharoor |
![]() |
The Next Wave by Naomi Wolf |
L'économie chinoise connaît une croissance d'une ampleur si époustouflante ; 9,5 % annuels à la fin du deuxième trimestre 2005, qu'elle est devenue la nouvelle coqueluche mondiale et visiblement l'inspiration pour tous les pays en voie de développement. Mais la Chine serait-elle en train d'abuser des bonnes choses ?
Depuis son accession à la présidence en 2003, Hu Jintao n'a eu de cesse de répéter que l'économie chinoise est en surchauffe. Son gouvernement a récemment pris des mesures en conséquence, en relevant les taux d'intérêt en octobre dernier et en imposant une nouvelle taxe sur la vente des logements en juin, ainsi qu'en réévaluant le yuan en juillet.
Cependant, l'affirmation que la Chine est en surchauffe ne semble pas basée sur des observations de l'inflation. L'augmentation annuelle de 5,3 % de l'indice des prix à la consommation chinois fin juillet 2004 était principalement imputable à une hausse brusque des prix de la nourriture. Avant et après, le taux d'inflation était négligeable.
Ces affirmations ne se fondent pas non plus sur la bourse chinoise, qui a généralement connu un parcours descendant au cours des dernières années.
En fait, ceux qui prétendent que l'économie chinoise est en surchauffe évoquent le taux élevé d'investissements dans les usines, l'équipement et l'immobilier, qui a atteint 43 % du PIB en 2004. À les en croire, la Chine a trop investi, construit trop d'usines, importé trop de machines et bâti trop de logements neufs.
Mais une économie émergente peut-elle vraiment trop investir ? L'investissement n'est-il pas synonyme d'amélioration du niveau de vie des peuples ? Plus un pays compte d'usines et de machines, plus il remplace ses anciennes usines et machines avec des modèles plus modernes, plus sa force laborieuse est productive. Plus il bâtit de maisons, plus la vie privée de ses citoyens s'améliore.
Un certain nombre d'études montrent que la croissance économique est liée à l'investissement dans les machines et les usines. En 1992, Bradford DeLong, de l'université de Californie de Berkeley et Lawrence Summers, aujourd'hui président de l'université de Harvard, ont montré dans un article célèbre que les pays qui bénéficient des plus gros investissements, notamment dans le secteur de l'équipement, sont ceux qui, historiquement, ont connu la plus forte croissance économique. L'un de leurs exemples montre que le PIB par travailleur du Japon a plus que triplé par rapport à celui de l'Argentine entre 1960 et 1985, car le Japon, contrairement à l'Argentine, avait beaucoup investi dans de nouvelles machines et des équipements.
En bref, plus un pays installe d'infrastructures et d'équipements, plus ses habitants disposent d'outils de travail. En outre, plus un pays investit en équipements, plus il en apprend sur les technologies modernes, d'une façon plus efficace, liée directement à l'expérience.
Il apparaîtrait donc que le fait que la Chine continue à acquérir de nouveaux équipements, à édifier de nouvelles usines et à construire de nouvelles routes et ponts aussi vite que possible ne lui soit en rien préjudiciable. Le plus vite sera le mieux, afin que le milliard de personnes environ qui n'y ont pas encore atteint la prospérité selon les critères mondiaux puissent le faire au cours de leur vie.
Cela dit, tous les gouvernements doivent veiller à ce que les investissements soient faits à bon escient. En Chine, l'euphorie générale suscitée par la situation économique est une bonne raison de s'inquiéter. Certaines faiblesses humaines universelles peuvent déboucher sur un comportement irrationnel pendant une forte croissance économique.
En quelques mots, le problème de la Chine est que sa croissance économique a été si spectaculaire qu'elle risque de déchaîner de façon irraisonnée l'imagination de certaines personnes. Dans des périodes comme celle-là, certains peuvent aisément s'imaginer qu'un appartement à Shanghai vaudra des sommes faramineuses dans 10 ou 20 ans, quand la Chine sera largement plus prospère qu'aujourd'hui. Et ce qui vaudra des sommes astronomiques dans 10 ou 20 ans devrait valoir aussi beaucoup aujourd'hui, puisque que les taux d'intérêts réels, utilisés pour actualiser les valeurs futures relativement aux valeurs actuelles, restent assez bas en Chine. Les gens sont enthousiastes, et se bousculent pour acheter.
Évidemment, à strictement parler leur raisonnement est valable. Mais lorsque les déterminants ultimes des valeurs actuelles deviennent dépendants à ce point d'un avenir lointain qu'on ne peut pas voir clairement, il est possible que notre raisonnement ne soit pas très clair non plus.
Étant donné que la vraie valeur des actifs à long terme est difficile à estimer, il est humain de se concentrer sur le taux d'augmentation observé de leurs prix, et de se concentrer sur ces actifs au moment où leur valeur augmente très vite. Ceci peut mener les gens à commettre de graves erreurs et à acheter des actifs à long terme plus que leur valeur, en spéculant sur une hypothétique flambée de l'économie. Ils peuvent alors pousser trop loin leurs capacités financières, devenir victimes de publicités, investir imprudemment dans de mauvais produits, et diriger la production dans certaines régions et activités en se fondant sur une excitation momentanée plutôt que sur des calculs des fondamentaux économiques.
Ainsi, le mot “surchauffe” induit peut-être en erreur. Il est sans doute plus exact de dire que l'attention publique est trop concentrée sur certaines modifications récentes des prix, ou accepte trop facilement certaines hautes valeurs du marché. Quel que soit le nom qu'on lui donne, c'est un problème.
Heureusement, les gens ont aussi tendance à faire confiance à leurs dirigeants nationaux. Il est par conséquent d'autant plus important que ces dirigeants ne restent pas silencieux lorsque se développe un climat de spéculation. Leur silence peut être interprété comme l'acceptation tacite que des augmentations rapides dans les prix des actifs à long terme sont justifiées. Les dirigeants nationaux doivent se prononcer, et accompagner leurs propos d'actions concrètes, afin d'aider à montrer au public que la bulle spéculative ne pourra pas se maintenir.
C'est précisément ce que le gouvernement chinois a commencé à faire. La flambée de l'immobilier semble se calmer. Si le gouvernement continue à poursuivre cette politique, les effets salutaires en termes de confiance publique dans les affaires et les institutions du pays contribueront à assurer une croissance économique stable et durable pour les années à venir.
Robert J. Shiller enseigne l’économie à l’université de Yale et dirige Macro Securities Research LLC. Il a récemment publié Irrational Exuberance (Exubérance irrationnelle) et The New Financial Order: Risk in the 21st Century (Le Nouvel ordre financier et les risques au XXIe siècle).
Copyright: Project Syndicate, 2005.
www.project-syndicate.org
Traduit de l'anglais par Bérengère Viennot