Thursday, July 31, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
0

Libérez le FMI

BRUXELLES – Le Fond monétaire international est à nouveau sur le devant de la scène. Durant les années de bulle spéculative, personne n’avait semble-t-il besoin de ses conseils ni de son argent. Mais de plus en plus de pays ont désormais besoin de son aide pour équilibrer la balance des paiements. Tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’il faut une institution pour surveiller la stabilité générale du système monétaire mondial. Le FMI est le seul candidat, mais l’expérience montre qu’il ne peut incarner ce rôle que si sa gouvernance est réformée.

Offrir d’équilibrer la balance des paiements n’est pas sans implications fiscales importantes. Aussi, il est naturel que ceux qui finissent par fournir les capitaux – les pays membres – continuent de surveiller de près le procédé.

Mais rechercher la stabilité du système financier mondial, y compris l’examen des moyens d’élaboration de taux d’échange et des déséquilibres de paiements dans le monde est une autre responsabilité. Pour ces tâches analytiques, nul besoin de close surveillance. Au contraire, l’indépendance et la maîtrise professionnelles devraient être décisives. Ainsi, un changement clé serait de distinguer les mesures économiques du FMI de ses fonctions analytiques, surtout en ce qui concerne la surveillance des taux d’échange et d’autres sources de risques financiers dans le monde.

Le conseil d'administration du FMI, qui se compose exclusivement de représentants des états membres, gère actuellement toutes les tâches quotidiennes. Ce conseil ne remplit pas de tâches de surveillance. Plutôt, il sert de conseil de direction supplémentaire, qui délègue l’exécution de ses décisions au directeur général et au personnel.

Il faut changer ce mode de fonctionnement pour donner au FMI l’indépendance dont il a besoin s’il veut devenir le juge crédible et impartial du déséquilibre de la balance des paiements et des sources de risque des marchés financiers internationaux.

Le FMI peut obtenir l’indépendance requise en stipulant que le Conseil ne supervise que les fonctions analytiques du Fond et, surtout, que sa composition et sa procédure décisionnelle sont révisées de la manière suivante :

- le conseil d’administration devrait être élargi à des membres indépendants (par exemple 3 à 5 figures du secteur privé), et attribuer une voix par personne dans les procédures de vote. Les membres indépendants du conseil ne constitueraient qu’une infime minorité mais leur présence et leur expertise professionnelle leur donnerait un poids en proportion inverse.

- la direction serait libre de donner son avis sur toutes les questions ne se rapportant pas à l’utilisation des ressources du Fond, à moins que le conseil élargi ne le rejette ouvertement. Ceci accorderait de facto une indépendance considérable à la direction, puisque grâce au principe de vote une personne, une voix, les plus grands états membres ne pourraient plus bloquer les mesures qui ne leur conviennent pas.

Pour toutes les décisions impliquant les ressources du Fond (prêt aux Etats membres, détermination des quotas, etc.), le processus décisionnel en cours pourrait rester inchangé. Toutes les décisions financières seraient donc toujours prises par le conseil d'administration actuel, la pondération des voix étant proportionnelle à la contribution financière des états membres.

Une analogie intéressante n’est autre que la Banque centrale européenne qui applique deux méthodes de vote différentes en fonction de la décision à prendre. Le conseil de gouvernance de la BCE se compose de six membres du conseil d’administration en plus des gouverneurs/présidents des 16 banques centrales nationales de la zone euro. Le conseil de gouvernance prend les décisions véritablement importantes sur la base d’une voix par personne.

Lors de la négociation du traité de Maastricht, les allemands ont vu cette condition comme un important compromis. Ce dernier est toutefois indispensable à l’indépendance de la BCE, et si l'on attend de tous les membres du Conseil de gouvernance, en particulier des gouverneurs des banques centrales européennes, de fonder leurs décisions sur les intérêts de la zone euro seulement (et non sur leur propre pays).

La procédure de vote diffère néanmoins pour les questions financières (en particulier pour la distribution des pertes et profits) : le conseil d'administration ne vote pas et la voix des présidents des banques centrales nationales du conseil de gouvernance est proportionnelle à leur part de capital respective.

Lors du G20 à Londres, les chefs d’état devraient envisager d’accorder au FMI le champ de manœuvre requis pour devenir le gardien efficace de la stabilité financière mondiale. Et l’intégration d’experts indépendants dans son conseil est une étape clé de ce processus.

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured