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Le pouvoir discret de Ban Ki-moon

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2009-07-01

NEW YORK – Dans les jours qui suivirent la défaite des Tigres Tamouls, opposants de longue date au gouvernement Sri Lankais, le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon s’est envolé pour la capitale Colombo pour une visite éclair de 24 heures afin de convaincre son président d’autoriser l’accès des camps de réfugiés aux associations d’aide internationale. Ce fut encore un de ces déplacements effectués en urgence par M. Ban vers une capitale meurtrie par la guerre, une des obligations incombant logiquement à sa charge en tant que représentant en chef de l’ONU dans sa quête de maintien de la paix et de restauration de la courtoisie mondiale.

Mais peu nombreux sont ceux qui ont vraiment eu conscience de cette nouvelle tentative du chef de l’ONU dans une région troublée. M. Ban, qui vient d’accomplir la première moitié de son mandat de cinq ans, n’a pas à ce jour été capable d’attirer l’attention internationale sur ses activités. Les raisons pour cela sont liées à son style propre mais aussi aux aléas de la diplomatie onusienne.

Pourtant, avec toute la discrétion qui le caractérise, Ban passe plus du tiers de son temps en déplacements et a déjà réalisé beaucoup de choses au cours des 30 derniers mois. Au Darfour, il a réussi à faire en sorte que les missions de maintien de paix de l’Union Africaine soient autorisées dans la zone de combat au Soudan dans la première année de son mandat par le biais d’une intense diplomatie d’antichambre. Bien que le processus politique soit ralenti, Ban a tout de même réussi à y maintenir des casques bleus et des hélicoptères.  

Au Kosovo, Ban a réussi à faire baisser la pression concernant l’éventuelle indépendance de la province. Il a convaincu l’Union Européenne et les Etats Unis d’autoriser la présence onusienne au Kosovo tout en permettant une forme d’auto-gouvernance sans pour autant provoquer de confrontation dangereuse avec les deux états qui s’opposent à cette autonomie, la Serbie et son allié proche, la Russie.

En Birmanie, malgré une résistance farouche du régime militaire, Ban a fait pression sur les autorités pour autoriser l’aide humanitaire dans les régions dévastées par le cyclone Nargis l’année dernière. Ses interventions, tant publiques que privées, faites de douzaines de coups de fil et de réunions, auront peut-être permis de sauver près d’un demi million de vies. Et il continue encore aujourd’hui à réclamer la libération du leader démocratique, Aung San Suu Kyi.

En Haïti, dévastée par un sous-développement rampant, une instabilité politique persistante et les effets destructeurs des ouragans, il a nommé l’ancien président américain Bill Clinton représentant spécial afin de l’aider à trouver des solutions à la détresse de ce pays. Et ceci à la suite de deux voyages effectués dans les 18 derniers mois et une conférence de donateurs qu’il a présidé en avril et qui a permis de réunir 300 millions de dollars en aide et en investissements.

Plus récemment, Ban a joué un rôle actif dans la crise de Gaza. Il a toujours défendu les droits des Palestiniens à un état mais il a aussi condamné les attaques de roquettes du Hamas dans le sud d’Israël. Pendant les combats à Gaza, il a publiquement demandé un arrêt des combats et insisté pour qu’Israël autorise l’accès à l’aide humanitaire. Il s’est rendu au siège des Nations Unies au centre de Gaza pour exprimer la profonde inquiétude des Nations Unies à propos des bombardements dont ce siège a fait l’objet.

Ban a pris une position clé sur le problème du réchauffement climatique en le plaçant au cœur des préoccupations onusiennes dès la conférence de Bali en 2007 et tentera de parvenir à un nouvel accord entre tous les pays à la Conférence de Copenhague en décembre 2009.

Il a aussi œuvré dans le domaine de la santé en concentrant ses efforts pour venir à bout d’une des pies plaies de la planète, le paludisme. Il a nommé un conseiller spécial à cette maladie et créé des associations constructives au sein même du système onusien pour mettre en relation l’industrie pharmaceutique, les fondations et les ONG. Les résultats de cette action se font d’ors et déjà sentir.

Le problème de Ban est sa timidité qui contraste avec le style de son prédécesseur, Kofi Annan, un secrétaire général plus grand que nature, qui a dominé la scène internationale par sa classe, son éloquence et un pouvoir de star. Ban n’est ni charismatique ni un orateur inspiré et son anglais n’est pas aussi bon que celui de Annan. A sa manière, cependant, c’est un homme engageant, poli, tout à fait au fait des icônes culturelles contemporaines, et qui peut même se mettre à chanter en public des chansons pleines de sarcasmes.

On reproche malgré tout à Ban de ne pas en faire assez, de ne pas être suffisamment à l’écoute, ou de s’en remettre un peu trop aux cinq grands pays du Conseil de Sécurité. Une des critiques qui revient régulièrement à son sujet est qu’il n’est pas toujours facile de communiquer avec lui. Ban ne cesse de hocher la tête poliment sans pour autant donner de directives claires ; d’autres disent qu’il doit encore prouver ses qualités de manager et qu’il doit encourager avec plus de fermeté une réforme interne de l’ONU. Ban a pour sa part publiquement tancé les états membres pour ne pas lui avoir accordé suffisamment d’appui. Mais, quoiqu’il en soit, peu de critiques prennent en considération le fait que, lui, comme tous les secrétaires généraux qui l’ont précédé, est confronté à une réalité incontournable : il ne possède qu’un pouvoir moral et aucun pouvoir d’ordre économique, militaire ou politique.

Mais au cours de son mandat, Ban a démontré progressivement des qualités instinctives sur les dossiers malgré le fait que sa candidature ait été encouragée à l’origine par un gouvernement chinois autoritaire et un envoyé américain de droite, très critique de l’Organisation, John Bolton. Au final, il serait bon qu’il soit jugé sur ce qu’il aura accompli et non sur ses petites manies personnelles ou la platitude de son style.

Stephen Schlesinger, membre de la Century Foundation, est l’auteur d’un ouvrage sur la fondation des Nations Unies intitulé Act of Creation (Acte de création, ndt).

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