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La paix grâce au développement

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2009-05-20

New York – Ces dernières années, la politique étrangère américaine a échoué essentiellement parce que les Etats-Unis comptaient sur la force militaire pour résoudre les problèmes qui exigent l’aide au développement et la diplomatie. Les jeunes partent se battre dans des pays comme le Soudan, la Somalie, le Pakistan et l’Afghanistan à défaut de trouver un emploi bien rémunéré. Les gens se raccrochent aux idéologies extrêmes quand ils ne peuvent nourrir leur famille et quand le manque d’accès au planning familial provoque une explosion démographique involontaire. Le président Barack Obama a fait naître l’espoir d’une nouvelle stratégie mais, jusqu’ici, les forces de la continuité dominent les forces du changement dans la politique américaine.

La première règle à observer pour évaluer la stratégie réelle d’un gouvernement est de savoir où va l’argent. L’Amérique dépense beaucoup plus dans le domaine militaire que les autres domaines. Les budgets d’Obama ne changent pas cette situation. Pour l’exercice budgétaire 2010, 755 milliards sont prévus pour les dépenses militaires, soit plus que les dépenses budgétaires américaines dans tous les autres domaines réunis, hormis ladite dépense « obligatoire » pour la sécurité sociale, les soins de santé, le paiement des intérêts de la dette nationale et quelques autres postes.

En fait, les dépenses militaires américaines dépassent la somme des dépenses budgétaires fédérales pour l’éducation, l’agriculture, la lutte contre le changement climatique, la protection de l’environnement, la protection des océans, les systèmes énergétiques, la sécurité intérieure, les logements sociaux, les parcs nationaux et la gestion du territoire, le système judiciaire, le développement international, les opérations diplomatiques, les autoroutes, les transports publics, les anciens combattants, l’exploration spatiale et la science, la recherche et le développement civil, le génie civil pour les voies navigables, les barrages, les ponts, la collecte des eaux usées et le traitement des déchets, le développement local et bien d’autres domaines.

Cette prépondérance des dépenses militaires est valable pour les dix années du scénario à moyen terme d’Obama. D’ici 2019, le total des dépenses militaires devrait s’élever à 8.200 milliards et dépasser de 2.000 milliards les dépenses budgétisées pour l’ensemble des postes non obligatoires.

Les dépenses militaires américaines sont tout aussi remarquables d’un point de vue international. Selon le Swedish International Peace Research Institute, leur total en dollars constants 2005 a atteint environ 1.400 milliards en 2007. En d’autres termes, les Etats-Unis dépensent à peu près le même montant que le reste du monde réuni – ce à quoi le gouvernement Obama ne semble pas vouloir mettre un terme.

Les décisions politiques des derniers mois n’offrent pas davantage l’espoir d’un changement fondamental d’orientation de la politique étrangère américaine. Si les Etats-Unis ont signé un accord avec l’Irak sur leur retrait d’ici à fin 2011, il est toutefois question au Pentagone que des soldats américains « non combattants » restent dans le pays pour les années ou les décennies à venir.

Il n’est pas difficile d’imaginer comment l’instabilité persistante en Irak, l’influence iranienne et la présence d’al-Qaida conduiront les responsables politiques américains à opter pour la voie de la « sûreté » d’une participation militaire continue. Plusieurs opposants à la guerre en Irak, y compris moi-même, pensent que l’objectif fondamental – et fort peu judicieux – dès le début de la guerre a été de créer une base militaire (ou plusieurs) à demeure en Irak, apparemment pour protéger les concessions et les voies pétrolières. Pourtant, comme l’illustrent l’Iran et l’Arabie Saoudite, une telle présence de longue durée risque tôt ou tard de provoquer un retour de bâton explosif.

Les inquiétudes sont encore plus graves en Afghanistan et au Pakistan. La guerre de l’OTAN contre les talibans en Afghanistan se passe mal, à tel point que le commandant des forces américaines a été remplacé ce mois-ci. De plus, les talibans gagnent du terrain dans le Pakistan voisin.

L’Afghanistan et les provinces voisines du Pakistan sont des régions pauvres, où le chômage est généralisé, où les jeunes populations ne cessent de croître, où les sécheresses se prolongent, où les famines sont répandues et les privations économiques omniprésentes. Dans de telles conditions, les talibans et al-Qaida n’ont donc aucun mal à mobiliser les combattants.

Le problème, c’est qu’une réponse militaire américaine est fondamentalement inutile dans ces conditions et peut facilement enflammer la situation au lieu de la résoudre. Entre autres problèmes, les Etats-Unis font grand usage des drones et des bombardiers, qui font nombre de victimes civiles, et braque l’opinion publique contre les Etats-Unis. Après une catastrophe qui s’est produite récemment, où plus d’une centaine de civils ont perdu la vie, le Pentagone a aussitôt insisté pour que se poursuivent ces opérations de bombardement. Selon une enquête parue il y a peu, l’opposition des Pakistanais aux incursions militaires américaines dans leur pays est écrasante.

Obama double la mise en Afghanistan, en faisant passer le contingent de 38.000 à 68.000 soldats, et peut-être davantage par la suite. Il y a aussi des risques pour que les Etats-Unis soient bien plus impliqués dans la lutte au Pakistan. Le nouveau commandant des forces américaines en Afghanistan serait un spécialiste de la « contre‑insurrection », ce qui pourrait bien impliquer un combat discret des agents américains au Pakistan. Si c’est le cas, les résultats pourraient s’avérer catastrophiques, et conduire à une guerre généralisée dans un pays instable de 180 millions de personnes.

Mais le plus déconcertant, ce n’est pas le financement acharné ni la propagation de la guerre, mais bien l’absence d’une stratégie américaine de remplacement. Obama et ses hauts conseillers ont évoqué à maintes reprises la nécessité de traiter les sources sous-jacentes de conflit, notamment la pauvreté et le chômage. Quelques milliards de dollars ont été préconisés pour l’aide économique destinée à l’Afghanistan et au Pakistan. A côté des dépenses militaires, ce montant paraît bien maigre. Qui plus est, un cadre global de soutien du développement économique fait défaut.

Avant d’investir des milliards de dollars supplémentaires dans des opérations militaires mises en échec, le gouvernement Obama devrait repenser sa politique et exposer une stratégie viable aux citoyens américains et au monde entier. Il est grand temps de lancer une stratégie de paix qui passe par le développement durable – y compris les investissements dans la santé, l’éducation, les moyens de subsistance, l’eau et les installations sanitaires, et l’irrigation – dans les zones actuellement sensibles, à commencer par l’Afghanistan et le Pakistan.

Cette stratégie ne saurait être un dérivé des campagnes américaines. Il importe plutôt de la mettre au point de façon proactive, de toute urgence et en partenariat étroit avec les pays touchés et leurs communautés. Mettre l’accent sur le développement économique permettrait de sauver un grand nombre de vies et de transformer les coûts incroyablement élevés de la guerre en profits économiques grâce au développement. Barack Obama doit agir avant que la crise actuelle ne se mue en une catastrophe encore plus effroyable.

Jeffrey D. Sachs est professeur d’économie et directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia.

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meghalal 05:47 28 May 09

i m a layman so my stance is very simplistic.even i agree dat wot is required is development rather than military action.so i fail to understand that y the US govt does not see it.u know my own countyr's policies confound me in similar manner.everone knows that funding in the development of agricultural infrastucture is required to really help the farmers but instead what is given is wasteful subsidies.


chandra 03:49 11 Jun 09

Bravo Jeff, for coming out with an insightful writing on the self-defeating strategy of our country. This is one of the clearly written article on world development and peace, in the recent past. History is full of violent lessons which we don't seem to learn - if we sow violence we will reap more violence. May be our Military strategists require a mandatory stint at Melinda-Gates foundation or the likes of it. I look forward more thoughts from you in this area.



AUTHOR INFO

Jeffrey D. Sachs is Professor of Economics and Director of the Earth Institute at Columbia University. He is also Special Adviser to United Nations Secretary-General on the Millennium Development Goals.