Saturday, November 1, 2014
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La politique de la chaise vide de  la Russie

MADRID – Trois jours avant son retour au Kremlin en tant que président de la Russie, Vladimir Poutine a rencontré à huis clos, à sa résidence privée de Novo-Ogaryovo proche de Moscou, le conseiller américain pour la sécurité nationale Tom Donilon qui était chargé de transmettre le souhait du président américain Barack Obama de renforcer la coopération avec la Russie. Mais Donilon est rentré à Washington les mains vides : Poutine ne participera ni au sommet du G8 les 18 et 19 mai à Camp David, ni au sommet de l’Otan les 20 et 21 mai à Chicago, malgré la proposition d’Obama d’accommoder le président russe en déplaçant le sommet du G8 à Chicago.

Ce qui devait être la première rencontre entre Obama et Poutine depuis la réélection de ce dernier à la présidence a en conséquence été repoussé jusqu’au sommet du G20 à Los Cabos, au Mexique, prévu pour les 18 et 19 juin. Les raisons de ce délai ont donné lieu à toutes sortes de spéculations.

Certains imputent l’absence de Poutine à des tensions apparues récemment entre la Russie et les Etats-Unis, liées au traitement de plus en plus brutal que réserve Poutine à ses opposants en Russie. D’autres pensent que l’attitude hautaine de Poutine tient à des querelles intestines au Kremlin.

Quelle que soit la raison de la décision de Poutine, les deux sommets de ce mois-ci auront des répercussions importantes sur les relations entre les deux pays, compte tenu des questions de sécurité mondiales qui seront discutées par le G8 et de la nécessité de s’assurer de la participation de la Russie au bouclier antimissile de l’Otan.

Deux questions principales – en sus des difficultés économiques mondiales – domineront les discussions du sommet du G8. Tout d’abord, le programme nucléaire iranien est aujourd’hui sur le devant de la scène diplomatique. Après plus d’un an dans l’impasse, les négociations ont repris en avril dernier. La Russie, en qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de Nations unies, participe à ces pourparlers et sa coopération est indispensable pour résoudre l’un des problèmes internationaux les plus contrariants du moment.

La même chose peut être notée à propos du rôle de la Russie dans la résolution de la crise syrienne, lié à la relation stratégique que les deux pays ont entretenu depuis la Guerre froide. En fait, en raison de la probabilité croissante de l’échec du plan de paix de l’ancien secrétaire de l’Onu Kofi Annan pour la Syrie, et de l’éventualité d’une guerre civile dans ce pays, la Russie pourrait bien être le seul interlocuteur efficace dont dispose encore la communauté internationale.

Il est en outre essentiel d’aligner les positions de la Russie et des pays occidentaux sur la question du système de défense antimissile, déployé en Europe par l’Otan, qui sera discutée en marge du sommet  de l’Alliance atlantique à Chicago. Le principal objectif de ce bouclier est de protéger l’Europe et les Etats-Unis d’éventuels missiles balistiques à courte et moyenne portée lancés par l’Iran et la Corée du Nord. Mais les dirigeants russes entretiennent des doutes sérieux quant aux véritables objectifs d’un bouclier, estimant qu’il saperait la sécurité de la Russie en limitant les capacités de contre-attaque (et donc de dissuasion) de ses propres missiles nucléaires.

En 2009, « l’approche d’adaptation par phases » lancée par Obama semblait avoir atténuer les tensions bilatérales et avait ouvert la voie au nouveau traité START signé en 2010, par lequel la Russie et les Etats-Unis se sont engagés à réduire de moitié le nombre de leurs vecteurs nucléaires. Dans le sillage de ces progrès, les Russes ont accepté fin 2010 d’étudier la possibilité d’une coopération avec l’Otan au sujet du bouclier antimissile.

Mais Washington refuse toujours de fournir des garanties juridiques, et pas seulement politiques, attestant que le système déployé en Europe ne ferait pas obstruction aux forces de dissuasion russes. La Russie est maintenant si méfiante  que Nikolaï Makarov, le chef d'état-major général des forces armées russes, a récemment déclaré que son pays n’excluait pas de recourir à des frappes préventives contre toute partie du bouclier antimissile qui serait jugée comme une menace pour sa sécurité.

L’une des explications à cette attitude est que la Russie ignore si les étapes ultérieures de  « l’approche d’adaptation par phases » pourraient constituer une menace pour ses missiles balistiques stratégiques. La Russie s’oppose en outre au déploiement d’éléments du système de défense antimissile dans des pays – comme la Roumanie – qui ont adhéré à l’Otan après 1999, un point récemment soulevé par l’ancien ambassadeur américain en Ukraine, Steven Pifer, lors d’une élocution à la Brookings Institution.

A la lumière de la gravité des questions abordées lors des deux sommets, la présence de Poutine aurait été utile. En sus de l’intérêt inhérent à l’amélioration des liens personnels entre chefs d’État, réduire les tensions entre la Russie et les pays occidentaux est devenu indispensable étant donné que les négociations sur le bouclier antimissile, l’Iran, la Syrie et d’autres questions ne manqueront pas d’être longues – et que les solutions à ces questions sont liées.

En fait, des solutions acceptables aujourd’hui ouvriraient la voie à un accord sans précédent sur les armes nucléaires en 2013, une évolution d’une importance cruciale et pour laquelle une entente entre la Russie et les Etats-Unis est indispensable.

Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour concrétiser la proposition de Donilon à Poutine, qui est en substance « de redémarrer le redémarrage » et d’aplanir toute divergence entre les deux pays sur la réduction future de leurs arsenaux nucléaires. Pour Obama, une telle avancée légitimerait son prix Nobel de la paix de 2009. Et la Russie, à n’en pas douter, bénéficierait également des progrès sur cette question.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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