Saturday, November 1, 2014
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efaultclLes avancées et les reculs de la Russie

Quinze ans après l’effondrement et la dislocation de l’Union soviétique, la Russie correspond toujours à la remarque que fit Winston Churchill il y a près de soixante-dix ans à propos de l’URSS de Staline : « un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme ».

Au cours des présidences de Boris Eltsine dans les années 90 et de Vladimir Poutine aujourd’hui, la Russie s’est ouverte aux échanges commerciaux internationaux, aux investissements étrangers, au tourisme, aux médias et à l’Internet. Contrairement à l’Union soviétique, la fédération de Russie publie aujourd’hui un volume important d’informations économiques, sociales et démographiques (même si elles ne sont pas toujours fiables).

Parmi les économies dites « de transition », la Russie est la deuxième en importance, avec un PIB environ égal à un cinquième de celui de la Chine, mais équivalent à près du double par tête. Il est toutefois malaisé de situer la Russie dans l’éventail des économies de transition. Va-t-elle vers une économie axée sur le marché, avec des prises de décisions et une allocation des ressources décentralisées ou vers une économie étatique et des prises de décisions et une allocation des ressources centralisées ? Ou oscille-t-elle entre les deux ?

Egor Gaïdar, un économiste réputé de l’administration Eltsine et le premier Premier ministre de la Russie postcommuniste, estime que la transition de la Russie vers une économie de marché prendra probablement 75 ans en raison de la longue « période de gouvernement socialiste et des distorsions que cela a entraîné ».

D’un autre côté, les Etats-Unis et l’Union européenne ont formellement reconnu la Russie comme une « économie de marché », un statut qui protège en grande partie les exportations russes de l’imposition de taxes douanières « anti-dumping » ou d’autres mesures protectionnistes de la part des autres économies de marché. Mais le fait que la Russie ne répond toujours pas aux critères d’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce suggère que ce statut lui a été accordé autant pour des raisons politiques qu’économiques.

À vrai dire, un débat fait rage aujourd’hui en Russie même à propos de la direction que prend sa transition économique, un débat qui reflète les accents antagonistes que chacune des parties met sur les « bonnes nouvelles » indiquant un changement orienté sur le marché ou les « mauvaises nouvelles » indiquant la direction contraire. Ce débat met également en lumière un désaccord sur la fiabilité des données officielles.

Depuis 1991, le taux de croissance réel du PIB de la Russie a été plus de deux fois supérieur à la moyenne simple des autres membres du G-8 (Japon, Allemagne, France, Canada, Italie, Royaume-Uni et les Etats-Unis). Depuis l’entrée en fonction de Poutine en 2000, la Russie a connu une croissance annuelle du PIB de 6 pour cent, contre 2 pour cent de croissance pour le G-7. Sa dette extérieure est passée de 50 à moins de 30 pour cent du PIB, et sa dette de 3,3 milliards de dollars au FMI a été repayée avant terme en 2005. Sur les 40 milliards de dollars que la Russie devait à ses créditeurs du Club de Paris, 15 milliards ont été remboursés avant terme et ses réserves en devises étrangères ont plus que triplé, pour atteindre plus de 250 milliards de dollars.

Les optimistes avancent aussi pour preuve de cette tendance positive l’augmentation du nombre d’entreprises privées, qui a plus que doublé au cours de la dernière décennie, et s’élève aujourd’hui à près de 80 pour cent de toutes les sociétés, tandis que la part des entreprises du secteur public passait de 14 pour cent à moins de 4 pour cent. De même, les emplois du secteur privé ont augmenté de 41 pour cent, et décliné pour atteindre 15 pour cent dans les entreprises d’État. En fait, les optimistes estiment que les chiffres officiels sur la croissance du secteur privé pourraient sous-estimer la vitesse et l’ampleur du développement de la propriété privée en Russie, compte tenu de la tendance des entreprises privées à éviter les taxations en n’enregistrant pas les sociétés ou en sous-évaluant leurs transactions.

Un dernier indicateur de « bonnes nouvelles », reflétant à la fois des facteurs externes (l’augmentation des prix du brut et du gaz naturel) et les évolutions internes, est le récent changement, par les principales agences de notation, de l’échelle attribuée à la notation souveraine de la Russie – qui passe d’une note « obligations spéculatives » à une note « investment grade ». Cette décision permet à la fédération russe d’accéder aux capitaux étrangers à moindre coût, et montre que les marchés ont une confiance, même relative, dans les perspectives économiques du pays.

Mais si les bonnes nouvelles économiques ne manquent pas, les mauvaises nouvelles abondent aussi. L’inflation continue à se maintenir à près de 10 pour cent, et la fuite des capitaux – un indicateur de perte de confiance dans l’économie russe – s’élevait à plus de 9 milliards de dollars en 2004, et dépassait ce chiffre en 2005.

De plus, les pessimistes contestent l’idée d’une croissance du secteur privé sous-évaluée par les données officielles. Le niveau de la propriété, de la production et de lte emploi étatiques dans l’économie russe est au moins aussi élevé qu’il l’était en 2003, lors de l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovsky, le PDG de la compagnie pétrolière Ioukos, et de la saisie par l’État des avoirs de Ioukos et d’autres entreprises privées.

Par ailleurs, une question fondamentale concernant les « bonnes nouvelles » est dans quelle mesure elles doivent être imputées aux profits imprévus liés à l’augmentation du prix du brut et du gaz naturel (et donc de facteurs que la Russie ne contrôle pas), et non à l’amélioration des politiques et des réformes économiques.

Une étude récente effectuée par la RAND Corporation, une organisation de recherches à but non-lucratif, soulignent l’extrême dépendance de la Russie envers les combustibles fossiles. Entre 1993 et 2005, l’augmentation de prix du brut et du gaz naturel explique une augmentation comprise entre un tiers et deux cinquième de la croissance de l’économie russe. La part de la production de brut et de gaz naturel représente entre 16 et 20 pour cent du PIB de la Russie et entre 44 et 55 pour cent de ses recettes à l’exportation depuis 2004. L’accroissement des réserves en devises étrangères de la Russie est une autre illustration de cette dépendance.

Dans quelle direction va l’économie russe ? Vers une allocation décentralisée des ressources par des marchés compétitifs ou vers un retour aux décisions économiques prises par l’État et sa bureaucratie ? La réponse est loin d’être évidente. Il est tout aussi difficile d’

u233évaluer les répercussions de cette énigme économique sur le rôle et le comportement de la Russie sur la scène internationale.

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