WEEKLY SERIES

INTERNATIONAL ECONOMICS

STRATEGIC SPOTLIGHT

GLOBAL FINANCE

ECONOMICS OF DEVELOPMENT

ECONOMIC AND REGULATORY POLICY

ECONOMIC HISTORY

ECONOMIC PERSPECTIVES

PUBLIC INTELLECTUALS

GLOBAL OUTLOOK

REGIONAL EYE

SPECIAL SERIES

PROJECT SYNDICATE

The Asian Century

Du Grand Jeu au grand accord

and

English Spanish Russian French German Chinese Arabic

2008-11-05

LAHORE – Le « Grand Jeu » ne nous amuse plus. Les impérialistes britanniques du XIXe siècle employaient ce terme pour désigner la lutte qui opposait leurs compatriotes aux Russes pour la domination de l'Afghanistan et de l'Asie centrale. Plus d'un siècle plus tard, le jeu se poursuit, mais les joueurs sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui : les pions de l'échiquier sont devenus acteurs à leur tour. L'intensité de la violence et les menaces qu'elle entraîne affectent le monde entier.

Depuis 30 ans, l'Afghanistan subit une guerre qui s'étend maintenant Pakistan et au-delà. Il faut appeler à la trêve pour que les parties prenantes, y compris le nouveau président Barack Obama, négocient un nouvel accord pour la région.

Pour sécuriser l'Afghanistan et sa région, des années de présence internationale seront nécessaires. La consolidation des forces de sécurité de l’Afghanistan est tout au plus une mesure visant à parer au plus pressé, puisque le pays ne peut assurer l’existence de forces dont il a désormais besoin. Seul un accord mondial et régional pour faire passer la stabilité de l’Afghanistan en tête des priorités rendra possible la stabilité de long terme et permettra à l’Afghanistan de survire avec des forces de sécurité dans ses moyens ; un accord de ce type exigera des mesures politiques et diplomatiques dans le pays et en dehors.

En Afghanistan, les États-Unis et l'OTAN doivent annoncer clairement qu'ils sont en guerre contre al-Qaida et contre ceux qui soutiennent ce groupement terroriste, mais ne sont pas contre le fait que les gouvernements afghans ou pakistanais négocient avec les insurgés qui renoncent à tout lien avec Oussama ben Laden. En échange de ces garanties, une grande partie des forces internationales pourrait se retirer et ne laisser que le strict minimum en vue d’assurer le respect d'un accord politique visant à former les forces de sécurité afghanes.

Cependant, tout accord politique avec l’Afghanistan ne peut aboutir sans un grand accord régional. Le premier Grand Jeu a été résolu il y a un siècle lorsque l’Afghanistan est devenu un État tampon où aucun tiers n’interférait. Mais aujourd’hui, l’Afghanistan est le théâtre non seulement de la guerre contre la terreur, de conflits de longue date avec le Pakistan, entre l’Inde et le Pakistan et au sein même du Pakistan, mais aussi de l’antagonisme entre les États-Unis et l’Iran, des inquiétudes de la Russie concernant l’OTAN, de la rivalité entre Sunnites et Chiites, et de la lutte pour l’infrastructure énergétique de la région.

Ces tensions dureront tant que les Etats-Unis feront passer la stabilisation de l’Afghanistan après d’autres priorités et risqueront une résurgence terroriste et une crise de sécurité régionale. C’est pour cela que Barack Obama doit adopter des mesures diplomatiques audacieuses pour toute la région contribuant à la résolution des conflits anciens entre les voisins de l’Afghanistan, notamment un train de mesures complètes d’aide et de développement régionaux.

Par ailleurs, les Etats-Unis doivent rétablir leur équilibre dans la région et faire en sorte d’être moins dépendants de l’armée pakistanaise. Barack Obama devra soutenir fermement le fragile gouvernement élu au moment où ce dernier s’efforce de contrôler le dispositif militaire et de renseignements, donc de mettre fin à des décennies de soutien aux partisans de la lutte armée. Le dialogue avec l’Iran et la Russie – qui ont tous deux aidé les Etats-Unis en 2001 – au sujet d’intérêts communs en Afghanistan permettrait d’exercer davantage de pression sur le Pakistan. Dans le même temps, les Etats-Unis et d’autres puissances jouant un rôle en Afghanistan doivent limiter les activités indiennes que le Pakistan juge menaçantes ou leur assurer une plus grande transparence.

Pour cela, il faut renforcer les « pressions » sur le Pakistan. Les forces de sécurité du pays pensent être face à une alliance entre les Etats-Unis, l’Inde et l’Afghanistan, visant à saper son influence en Afghanistan, voire à démembrer l’État pakistanais. Certes, les dirigeants civils évaluent d’une autre manière les intérêts nationaux du Pakistan, mais ils ne peuvent être indifférents au sentiment chronique d’insécurité de leurs compatriotes.

Le Pakistan n’a conclu aucun accord frontalier ni avec l’Inde, avec qui il se dispute le Cachemire, ni avec l’Afghanistan, qui n’a jamais expressément reconnu la ligne Durand, frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. De plus, le Pakistan prétend que l’Alliance du Nord, qui fait partie de la résistance aux talibans en Afghanistan, coopère avec l’Inde depuis les services de sécurité afghans. De plus, l’accord nucléaire indo-américain reconnaît effectivement la légitimité de l’Inde comme puissance nucléaire tout en continuant de traiter le Pakistan, qui détient le record de la prolifération, comme un paria.

Cette pression ne servira à rien si les leaders pakistanais estiment que la survie de leur pays est en jeu. Au lieu de cela, le gouvernement américain devrait aider à établir un vaste cadre multilatéral pour la région, ayant pour but un véritable consensus sur la stabilité de l’Afghanistan en tenant compte des motifs légitimes d’insécurité du Pakistan, tout en renforçant l’opposition au comportement perturbateur du Pakistan.

Dans un premier temps, il serait judicieux de créer un groupe de contact pour la région, avec l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce groupe de contact pourrait promouvoir le dialogue entre l’Inde et le Pakistan sur leurs intérêts respectifs en Afghanistan et sur une solution au conflit du Cachemire ; mettre au point une stratégie politique de long terme pour le gouvernement pakistanais et pour l’avenir des « agences tribales » ; faire progresser le dialogue entre l’Afghanistan et le Pakistan sur les problèmes de frontières et encourager un plan régional pour le développement et l’intégration économiques. La Chine, plus grand investisseur au Pakistan et en Afghanistan, pourrait aider à financer des projets d’intérêt commun.

Pour porter ses fruits, toute initiative exigera des discussions exploratoires et une feuille de route évolutive. Aujourd’hui, ces propositions peuvent sembler audacieuses, naïves ou impossibles mais, sans audace, il y a peu d’espoir pour l’Afghanistan, pour le Pakistan ni même pour l’ensemble de la région.

Barnett R. Rubin est directeur d’études à l’Asia Society et chercheur au Center on International Cooperation de l’université de New York. Quant à Ahmed Rashid, son ouvrage le plus récent s’intitule Descent into Chaos: The United States and the Failure of Nation Building in Pakistan, Afghanistan and Central Asia.

You might also like to read more from and or return to our home page.

Toute reproduction du contenu de ce site sans accord écrit de Project Syndicate constitue une infraction à la législation internationale relative au droit d’auteur. Pour obtenir une autorisation, merci de nous contacter à l’adresse suivante : distribution@project-syndicate.org.
English Spanish Russian French German Chinese Arabic

You must be logged in to post or reply to a comment.
Please log in or sign up for a free account.



AUTHOR INFO

Barnett R. Rubin is Director of Studies at the Asia Society and a senior Fellow at New York University's Center on International Cooperation.
Ahmed Rashid's most recent book is Descent into Chaos: The United States and the Failure of Nation Building in Pakistan, Afghanistan and Central Asia.