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Kenneth Rogoff

Le meilleur des mondes financiers

Kenneth Rogoff

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2009-03-28

CAMBRIDGE – A l’approche du G20, l’avenir du système financier mondial déclenche une énorme controverse. Le résultat pourrait se répercuter sur le monde entier – et pas seulement sur le monde ésotérique de la finance internationale – pour les décennies à venir.

La finance sculpte le pouvoir, les idées et les réseaux d’influence. Les cyniques diront que les fondamentaux du système économique mondial ne seront pas touchés ; mais ils ont tort. Aucun doute que les prochaines années présenteront de grands changements, vraisemblablement sous forme d’un traité ou d’organe de régulation global. En fait, il est pratiquement impossible de résoudre le chaos actuel sans une boussole indiquant où se trouve le nouveau système.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne souhaitent un système propice à l’expansion de leur hégémonie. Le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner a récemment présenté les grandes lignes d’un régime financier régulé de manière plus conservatrice. Même les détracteurs du caractère dépensier des Etats-Unis dans le passé doivent admettre que la proposition de Geithner comporte de bonnes idées.

Avant toute chose, les régulateurs forceraient les financiers à posséder plus de liquidités pour couvrir leur propres paris, et à ne pas tant prendre le contribuable pour un filet de sécurité. Geithner a également l’intention de simplifier et de faciliter l’évaluation des transactions financières, afin que comités, régulateurs et investisseurs puissent mieux estimer les risques qui les attendent.

Tandis que le reste du monde se prend de sympathie pour les idées de Geithner, d’autres pays penchent pour une réforme plus radicale. La Russie et la Chine remettent en question la légitimité du dollar comme pilier du système international. Dans un discours mûrement réfléchi, le gouverneur de la Banque centrale de Chine Zhou Xiaochuan discutait les mérites d’une super devise mondiale, éventuellement issue par le Fonds monétaire international.

Il s’agit là des critiques les plus posés. L’actuel président du Conseil des ministres de l’Union européenne, le premier ministre tchèque Miroslav Topolanek a clairement exprimé la colère de nombre de dirigeants européens lorsqu’il a qualifié l’approche dispendieuse états-unienne en matière fiscale de « descente en enfers ». Il aurait très bien pu formuler l’avis européen quant au rôle tout puissant des Etats-Unis dans la finance.

Les enjeux du débat sur la réforme de la finance mondiale sont considérables. Le rôle du dollar au cœur du système économique mondial permet aux Etats-Unis de mobiliser des sommes colossales de capitaux sans perturber l’économie indûment. En effet, l’ancien président américain George W. Bush a supprimé les taxes au moment où il a envahi l’Irak. Aussi douteuse que ses actions aient pu être de part et d’autre, le taux d’intérêt sur la dette de l’état américain a véritablement baissé.

D’un point de vue plus fondamental, le rôle central des Etats-Unis au sein du système économique mondial confère un incroyable pouvoir aux cours, régulateurs et hommes politiques américains sur l’ensemble des investissement dans le monde. C’est pourquoi le dysfonctionnement en cours du système financier états-unien a contribué à une récession généralisée.

Mais quel serait le pendant de la vision de Geithner ? Est-il possible d’appliquer un autre postulat au système économique mondial ?

L’approche de la Chine est un impôt déguisé de taille pour les épargnants, dont les intérêts sur dépôts ne sont que très peu rémunérés, ce qui permet aux banques contrôlées par l’Etat de prêter à des taux d’intérêt bonifiés pour encourager certaines entreprises et secteurs en particulier.

En Inde, la répression financière sert à regrouper les économies captives et à aider au financement des vastes dettes de l’état à un taux d’intérêt nettement plus bas que dans un marché libéral.

En Russie, la majeure partie des problèmes actuels provient du déséquilibre de son système bancaire. Nombre d’emprunteurs, incapables d'obtenir leur financement à des conditions raisonnables dans leur pays, se sont trouvé dans l’obligation d’emprunter à l’étranger et dans des devises fortes, ce qui a accru le désastre de l’effondrement du rouble.

L’Europe tient à préserver son modèle bancaire universel permettant aux banques d’offrir une large palette de services, depuis le dépôt jusqu’aux activités d’investissement de haute voltige en passant par les petits prêts commerciaux. La vision américaine, en revanche, ferait la vie dure à ce système universel, en partie du fait qu’elle vise à réserver les institutions de dépôt qui posent un « risque systémique » au système financier. Un tel changement fait pression sur les banques à caractère universel pour qu’elles abandonnent leurs activités d’investissement risqué afin d’agir avec plus d’indépendance.

Les colosses américains tels que Citigroup, Bank of America et JP Morgan seront bien évidemment touchés. Mais le modèle bancaire universel est nettement moins intégré au système financier aux Etats-Unis qu'en Europe ou dans certains pays d'Asie et d'Amérique latine.

Hormis ses implications à l’échelle nationale, l’aspect que les banques revêtiront à l'avenir importe beaucoup pour le système financier élargi, y compris pour le capital-risque, les actifs privés et les hedge funds. Dans une certaine mesure, la proposition Geithner vise à tous les ralentir. Il est certes légitime de craindre les crises, mais sans ces nouvelles méthodes créatives de financement, la Silicon Valley n’aurait jamais pu voir le jour. Où donc trouver l'équilibre entre risque et créativité ?

Même si le débat du G-20 porte en grande partie sur des questions épineuses telles que la relance fiscale dans le monde, les véritables enjeux du poker impliquent de choisir une nouvelle philosophie pour le système financier international et son mode de régulation. Si nos dirigeants sont à court d’idée, il y a de grandes chances que la mondialisation financière fasse rapidement marche arrière. Et sortir du bourbier actuel sera encore plus difficile.

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alexferro 04:14 09 Apr 09

Now you can be a two-handed economist ... on the one hand; on the other hand. No more overgloomy one-handed stuff.

alex



AUTHOR INFO

Kenneth Rogoff is Professor of Economics and Public Policy at Harvard University, and was formerly chief economist at the IMF.