Kenneth Rogoff
Un plan B pour les banques centrales ?
Kenneth Rogoff
SINGAPOUR – Un an que la crise financière mondiale bat son plein et il est extraordinaire de constater que plusieurs banques centrales sont toujours en proie à l’instabilité des secteurs financiers privés de leur pays. Jusqu'ici, la stratégie consistant à maintenir les systèmes bancaires en vie par des crédits de courte durée payés par les contribuables demeurait valable, mais les banques centrales devraient finalement y couper court si elles ne veulent pas se retrouver en soins intensifs quand leurs bilans crouleront sous les pertes.
On a de plus en plus de mal à croire que les grandes économies mondiales sont simplement confrontées à une panique de courte durée. Après une brève période de profits et de croissance considérables, l'industrie financière semble désormais face à une période de consolidation et d’élagage. Les banques faibles doivent pouvoir sombrer ou fusionner (avec des déposants ordinaires payés par les fonds d'assurance gouvernementaux) pour que les banques fortes puissent se revigorer.
S’il s'agit d'un bon diagnostic de la « crise financière », les efforts pour bloquer une dynamique saine et normale ne feront que prolonger et aggraver le problème. En empêchant la consolidation nécessaire, on affaiblit les marchés du crédit au lieu de les renforcer.
La Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre sont particulièrement exposées. A elles trois, elles ont consenti des prêts de courte durée de centaines de milliards de dollars à des banques traditionnelles et à des « banques d'investissement » complexes et non réglementées. D’autres banques centrales observent nerveusement la situation, conscientes qu'elles risquent de se retrouver bientôt dans la même situation alors que l'économie mondiale continue à fléchir et que les taux de défaut sur toutes sortes de dettes continuent à augmenter.
Si les bilans des banques centrales étaient frappés de plein fouet, ce ne serait pas nécessairement la fin du monde. C'est déjà arrivé, par exemple, durant la crise financière de 1990. Cependant, l'histoire a montré qu’il n’est jamais agréable de redresser le bilan d'une banque centrale : touchée par des pertes de crédit, elle peut soit se creuser un chemin à travers l’inflation, soit attendre sa recapitalisation par des contribuables. Ces deux solutions sont extrêmement traumatisantes.
L'inflation galopante provoque tous types de distorsions et de gaspillages. Je ne crois pas que les banques centrales aient exclu la taxe inflation. En fait, l’inflation a fait un pic l’année passée, facilitant au bon moment une rectification nécessaire du prix réel de l’immobilier. D’un autre côté, les subventions des contribuables, sont rarement idéales et compromettent inévitablement l’indépendance des banques centrales.
Il est aussi question d’équité. Le secteur financier a généré des profits extraordinaires, en particulier dans les pays anglophones. S’il est extrêmement difficile de calculer la taille du secteur financier compte tenu de son opacité de sa complexité, selon les statistiques officielles américaines, les sociétés de financement représentent environ un tiers des profits du secteur privé américain. Les primes de plusieurs millions de dollars sont monnaies courantes à Wall Street et à la City ; par ailleurs, les grands partis politiques en lice dans les présidentielles américaines sont essentiellement financés par ce type de sociétés.
Alors pourquoi le contribuable devrait-il payer la facture pour tirer d’affaire l’industrie financière ? Pourquoi pas n’aiderait-il pas plutôt les industries automobiles et de l’acier, ou tout autre industrie qui a subi des pertes ces dernières années ? Cet argument sera d'autant plus valable si les banques centrales se tournent vers la « taxe inflation », qui retombe de façon disproportionnée sur les pauvres, moins aptes à se prémunir contre la hausse des prix et la réduction de leur épargne.
Willem Buiter, économiste britannique, accuse catégoriquement les banques centrales et les ministères des finances de « prise de contrôle » par le secteur financier, en particulier aux États-Unis. Il s'agit là d'une accusation sévère, notamment au vu des incertitudes auxquelles ont été confrontés les banques centrales et représentants des ministères des finances. Mais si ces derniers ne parviennent pas à s'adapter à la crise, l'accusation de Buiter risque de sembler moins extrême.
Comment les banques centrales peuvent-t-elles donc sortir de cet abîme ? Il est essentiel de rendre plus nette la distinction entre la détresse de sociétés de financement due à la panique (et donc temporaire) et les problèmes plus fondamentaux.
Après une période de forte expansion où la taille des services financiers a quasiment doublé, une certaine restriction est naturelle et normale. La crise des sub-primes a frappé les principaux secteurs d'activité d’institutions financières, en particulier leurs produits dérivés, opaques mais extrêmement profitables. Un certain recul de l'industrie était inévitable. Les banques centrales doivent commencer à encourager la consolidation, au lieu d’accorder des prêts sans discernement.
En principe, il est possible de réduire la taille de l’industrie financière si chaque établissement réduit ses activités proportionnellement, disons, de 15 % - mais ce schéma n’est propre à aucun secteur. Si les fonds de richesse souverains veulent acquérir et maintenir à flot des sociétés privées de capitaux dans l'espoir d'un grand rebond, laissons-les faire. Toutefois, ils doivent aussi avoir conscience que les grands actionnaires étrangers des sociétés de financement seront bien moins efficaces que les sociétés locales pour convaincre les banques centrales à consentir des lignes de crédit massives et sans obligations.
Il est temps de faire le bilan de la crise et d'admettre que l'industrie financière subit des changements fondamentaux, qu’elle n’est pas simplement victime d'une panique spéculative à l'encontre des prêts immobiliers. Certes, le renforcement des réglementations est une partie de la solution à long terme, mais ce n’est pas la panacée. C’est aux obligataires et actionnaires des sociétés de financement de supporter aujourd’hui la majorité des coûts, ou il y a peu d'espoir qu’ils se comporteront de façon plus responsable à l'avenir.
Copyright: Project Syndicate, 2008.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Magali Adams
daver 06:01 28 Sep 08
Missed the link to my blog post where I quote you:
http://www.islandersoftware.com/weblog/2008/09/27/just-say-no-to-the-bailout-plan/
AUTHOR INFO



daver 06:00 28 Sep 08
Interesting analysis - that we're going through a consolidation in an overdeveloped financial services sector and government intervention will just serve to weaken, rather than strengthen our credit markets.
It seems that the over-development of the financial sector is an aftereffect / hangover of the excessive liquidity of the Greenspan years which juiced the economy and cushioned us through some downturns but produced the stock market bubble, and now the housing bubble meltdown that precipitated the current crisis.
If there wasn't a housing bubble we wouldn't be discussing a bailout plan.
Dave
Just Say No to the Bailout Plan