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Kenneth Rogoff

La voie à suivre pour une politique financière mondiale

Kenneth Rogoff

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2007-04-02

Alors que la globalisation financière s’emballe et que les principaux ministres des Finances et banquiers centraux se réunissent ce mois-ci à Washington pour l’une des deux réunions annuelles du comité du Fonds monétaire international, force est de constater que la paralysie politique se poursuit. Il n’existe tout simplement pas de consensus sur la manière de s’attaquer aux problèmes manifestes que sont par exemple l’aggravation du déficit commercial américain ou le dysfonctionnement financier de plusieurs pays émergents.

Cette paralysie s’exerce à trois niveaux. Tout d’abord, les pays riches sont extrêmement réticents à adopter un plan d’action qui pourrait avoir des répercussions sur leurs programmes politiques intérieurs. Les Etats-Unis en sont le pire exemple. Les secrétaires au Trésor américains ont toujours aimé vanter la perfection du système économique des Etats-Unis à leurs homologues étrangers et les raisons pour lesquelles tout pays devrait s’en inspirer. Peu importe que cette rhétorique risque de s’écrouler en même temps que le marché de l’immobilier américain – le secrétaire au Trésor Henry Paulson s’y tiendra. L’emprunt de près de 900 milliards de dollars que les Etats-Unis semblent prêts à contracter auprès de créanciers étrangers n’est toutefois pas un signe de la bonne santé de l’économie américaine et de la faiblesse des autres économies.

D’un autre côté, la cacophonie des points de vue européens est plus difficile à résumer. Les Français ont une attitude ambivalente face à la globalisation, comme si elle était une nouvelle force d’invasion. Les Britanniques prennent à peu près le parti opposé. Mais dans l’ensemble, les Européens estiment que leurs sociétés offrent la meilleure qualité de vie, même si dans une perspective darwinienne, leurs économies sont moins performantes que celle des Etats-Unis. C’est ainsi que les ministres des Finances européens seront eux aussi peu enclins à approuver des changements majeurs d’orientation politique pour affronter les risques liés à la globalisation financière.

De manière traditionnelle, les Japonais gardent un profil bas. De loin les principaux bénéficiaires de la globalisation, ils souhaitent éviter les critiques à propos de leurs politiques financières et commerciales, qui peuvent être qualifiées de nettement plus protectionnistes que celles des autres pays industrialisés. Ils ne veulent pas non plus avoir à expliquer leurs réserves en devises étrangères, qui atteignent 800 milliards de dollars, amassées pour éviter une appréciation de la monnaie japonaise, le yen.

Les pays en développement ont aussi leur part de responsabilité dans cette paralysie. Trop de décisionnaires pensent encore que l’ouverture forcée des économies aux flux de capitaux internationaux est le principal coupable des crises financières des années 90 – un point de vue auquel un petit nombre d’universitaires de gauche prêtent une certaine légitimité.

Il va sans dire que la plupart de ces crises auraient pu être évitées, ou du moins atténuées, si les gouvernements avaient laissé leur devise flotter face au dollar, au lieu d’adopter des taux de change fixes. À défaut, le père fouettard de la globalisation financière sert d’excuse pour continuer à entretenir des systèmes financiers nationaux inefficaces et monopolistiques. L’incapacité de tels systèmes à allouer efficacement les investissements est l’un des principaux facteurs expliquant la fuite des capitaux des pays pauvres vers les Etats-Unis.

Enfin, le FMI, l’institution multilatérale chargée de maintenir la stabilité financière mondiale, devrait faire preuve d’un peu plus de leadership. C’est en effet le seul acteur ayant la légitimité politique et intellectuelle au plan mondial pour définir la voie à suivre pour une action collective face à la globalisation financière.

Malheureusement, le FMI est lui aussi paralysé par des problèmes de gestion interne, dont le plus important est l’absence d’une méthode adéquate pour recalculer les droits de votes des pays proportionnellement à l’évolution de leur influence dans l’économie globale. Une augmentation de la représentativité des pays asiatiques est particulièrement nécessaire.

Que feront alors les ministres réunis à Washington ? Il y a bien sûr la litanie des réponses politiques à apporter aux déséquilibres commerciaux mondiaux, notamment une discipline fiscale plus rigoureuse des Etats-Unis, une relance de la demande en Europe et en Asie, et des taux de change plus flexibles en Asie.

Mais il faut aujourd’hui aller plus loin et commencer à demander avec insistance une libéralisation plus rapide des marchés en développement. La plupart des études suggèrent que ces pays ont intérêt à procéder à une libéralisation de leur économie avant une ouverture rapide aux entrées en capitaux étrangers. Des politiques macroéconomiques stables doivent également être en place, tout en évitant des taux de change fixes.

Beaucoup de pays en développement sont en bonne voie pour atteindre ces conditions préalables. De manière ironique, les mauvais souvenirs laissés par la première tentative, prématurée, du FMI de promouvoir la libéralisation des capitaux à long-terme, constituent aujourd’hui un obstacle. La volonté du FMI d’inscrire la libéralisation des mouvements de capitaux dans sa charte, intervenue au milieu de la crise asiatique des années 90, a été un désastre en termes de relations publiques. Il est néanmoins temps de revenir à cette idée, sous une forme plus nuancée. Les systèmes financiers défaillants des marchés émergents sont l’un des principaux obstacles à un développement équilibré, ainsi qu’une des raisons à l’origine des déséquilibres commerciaux mondiaux.

Demander une plus grande libéralisation des flux de capitaux après la débâcle des années 90 prêtera sans doute à controverse. Mais cette idée était juste alors et elle l’est toujours aujourd’hui. À défaut de mécanismes appropriés pour l’allocation des capitaux, la croissance mondiale de ce siècle ralentira bien plus tôt que prévu. Il est temps que les décisionnaires affrontent cette réalité.

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AUTHOR INFO

Kenneth Rogoff is Professor of Economics and Public Policy at Harvard University, and was formerly chief economist at the IMF.