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La fin du consensus de la mondialisation

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2008-07-11

CAMBRIDGE – L’économie mondiale a déjà assisté une fois à l’effondrement de la mondialisation. L’ère de étalon-or, avec la libre mobilité des capitaux et l’ouverture des échanges, a connu une fin abrupte en 1914 et n’a pu être ressuscitée après la Première Guerre mondiale. Sommes-nous sur le point de voir une rupture économique mondiale similaire ?

Cette question n'est pas fantaisiste. Même si la mondialisation économique a permis aux pays développés de parvenir à un niveau sans précédent de prospérité et a été une aubaine pour des centaines de millions de travailleurs pauvres en Chine et partout ailleurs en Asie, ses fondations sont peu stables. Contrairement aux marchés nationaux, généralement soutenus par des réglementations et institutions politiques nationales, les marchés mondiaux ne sont que « faiblement ancrés ». Au niveau mondial, il n'existe pas d’autorité antitrust, ni de prêteur de dernier recours, ni d’organisme de contrôle, ni de filet de sécurité, ni bien entendu de démocratie. En d'autres termes, les marchés mondiaux souffrent d'une faible gouvernance, par conséquent, d’une faible légitimité populaire.

Les récents événements ont rendu le débat sur ces questions encore plus urgent. Aux Etats-Unis, la campagne pour les présidentielles a fait ressortir la précarité du soutien au libre-échange dans la nation la plus puissante du monde. La crise des subprimes a montré que le manque de coordination et de réglementation internationales pouvait aggraver la fragilité inhérente aux marchés financiers. La hausse des prix des denrées alimentaires a révélé l’inconvénient de l'interdépendance économique sans programmes de transfert ni de compensation à l'échelle mondiale.

Dans le même temps, la hausse du prix du pétrole a fait augmenter celui des transports – par conséquent,  les analystes se demandent si l’ère de l'externalisation ne toucherait pas à sa fin. Rappelons le problème du réchauffement climatique, qui pourrait bien être la menace la plus sérieuse à laquelle le monde a été confronté jusqu’ici.

Si la mondialisation est en danger, qui sont ses véritables ennemis ? Il fut un temps où les élites mondiales se rassuraient en pensant que l'opposition au régime du commerce mondial se composait de violents anarchistes, de protectionnistes intéressés, de syndicalistes et d’ignorants, si ce n’est de jeunes idéalistes. Les élites se considéraient comme d’authentiques progressistes parce qu’elles avaient conscience que la sauvegarde et l’avancée de la mondialisation étaient les meilleurs remèdes contre la pauvreté et l’insécurité.   

Depuis, cette attitude confiante a cédé la place au doute, au questionnement et au scepticisme. Les violentes protestations de rue et les mouvements de masse contre la mondialisation ont aussi disparu. Aujourd’hui, on parle plutôt du nombre croissant d'économistes de tendance traditionnelle remettant en cause les bienfaits soi-disant absolus de la mondialisation.

Citons à cet égard les noms de Paul Samuelson, auteur d’après-guerre d’ouvrages économiques de référence, qui rappelle à ses confrères économistes que les progrès de la Chine dans la mondialisation pourraient bien se faire au détriment des États-Unis ; Paul Krugman, plus grand théoricien actuel du commerce international, qui affirme que le commerce avec les pays à faible revenu n’est plus trop restreint pour avoir un effet sur l'inégalité ; Alan Blinder, ancien vice-président de la Réserve fédérale américaine, qui a conscience que l'externalisation internationale risque d’avoir des répercussions sans précédent sur la main-d'oeuvre américaine ; Martin Wolf, commentateur au Financial Times et l'un des défenseurs de la mondialisation s'exprimant avec le plus de clarté, qui fait part de sa déception quand à l'évolution de la mondialisation financière ; et Larry Summers, économiste en chef et « M. Mondialisation » du gouvernement Clinton, qui s’interroge sur les dangers d’un nivellement vers le bas dans les réglementations nationales et la nécessité de normes internationales de travail.

Si ces inquiétudes semblent insignifiantes en comparaison avec l’attaque frontale de spécialistes tels que Joseph Stiglitz, lauréat du « prix Nobel » d'économie, elles constituent néanmoins un étonnant revirement dans la sphère intellectuelle. En outre, même ceux qui n'ont pas perdu la foi sont souvent en vif désaccord sur la direction qu’ils souhaiteraient pour la mondialisation.

Par exemple, Jagdish Bhagwati, éminent partisan du libre-échange, et Fred Bergsten, directeur du Peterson Institute for International Economics en faveur de la mondialisation, sont tous deux montés au créneau et ont affirmé que les critiques exagéraient largement les maux et sous-estimaient les bienfaits de la mondialisation. Mais leurs débats sur les bénéfices des accords commerciaux régionaux – Bergsten pour, Bhagwati contre – sont aussi animés que les désaccords de chacun avec les auteurs cités précédemment.

Bien entendu, ces intellectuels ne sont pas contre la mondialisation. Ce qu'ils veulent, c’est créer de nouveaux mécanismes de compensation et institutions – aux niveaux national ou international – qui rendraient la mondialisation plus efficace, plus juste et plus durable. Leurs propositions politiques sont souvent vagues (si tant est qu’elles existent) et incitent peu au consensus. Les vives discussions sur la mondialisation sont manifestement passées de la rue à la presse financière et aux groupes de réflexions du courant dominant.

Il est important que les partisans de la mondialisation comprennent ce point, puisqu’ils se comportent souvent comme si « l'autre camp » se composait toujours de protectionnistes et d’anarchistes. Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir si l’on est pour ou contre la mondialisation, mais plutôt quelles devraient être les règles de celle-ci. Les véritables adversaires des partisans ne sont plus des jeunes qui jettent des pierres mais d’autres intellectuels.

Les trois décennies qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale ont été régies par le consensus de Bretton Woods – multilatéralisme superficiel qui a permis aux responsables politiques de se concentrer sur les besoins nationaux en matière sociale et d’emploi, tout en permettant au commerce mondial de se rétablir et de prospérer. Ce régime a été remplacé dans les années 80 et 90 par un programme de libéralisation et d'intégration économique approfondie.

Nous avons appris que ce modèle n’est pas durable. Pour survivre, la mondialisation aura besoin d’un nouveau consensus intellectuel visant à la reprendre en sous-oeuvre. L’économie mondiale attend désespérément un nouveau Keynes.

Dani Rodrik, professeur d’économie politique à la John F. Kennedy School of Government de l’université d’Harvard, est le premier lauréat du prix Albert O. Hirschman du Social Science Research Council. Son dernier livre s’intitule One Economics, Many Recipes: Globalization, Institutions, and Economic Growth.

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Spock 10:33 07 Jun 09

"Global lender of last resort", World Bank, IMF. "Global regulator", WTO, ICC. "Global safety nets", IMF, World Bank. "Global democracy", U.N. Granted, these institutions do not hold much weight to enforce their decisions, but they are steps to creating a global socio-economic system capable of regulating and sustaining globalization.



AUTHOR INFO

Dani Rodrik, Professor of International Political Economy at Harvard University, is the author of The Globalization Paradox: Democracy and the Future of the World Economy.