Friday, April 18, 2014
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Ce n'est pas la fin de la crise !

NEW-YORK – On peut interpréter les crises financières comme le fait Nassim Taleb en disant que ce sont des "cygnes noirs", des événements imprévus et imprévisibles qui changent le cours de l'Histoire. Mais dans mon nouveau livre sur les crises financières, Crisis Economics, qui couvre non seulement la crise récente mais une douzaine d'autres tant dans les économies avancées que dans les marchés émergeants, je montre que les crises financières sont en fait prévisibles. Ce qui se passe maintenant, la seconde phase de la crise financière mondiale, était tout aussi prévisible.

Les crises sont la conséquence inévitable de l'empilement de vulnérabilités et de risques macroéconomiques, financiers et politiques : des bulles des actifs, des prises de risques excessives et un recours excessif à l'effet de levier, le boom du crédit, une politique monétaire relâchée, un manque de contrôle effectif et de régulation du système financier, la cupidité et des investissements trop risqués des banques et des autres institutions financières.

L'Histoire montre qu'au bout d'un certain temps les crises financières se métamorphosent. Celle que nous avons récemment subie a été initiée par une dette excessive et un recours excessif à l'effet de levier parmi les acteurs du secteur privé (les ménages, les banques, les institutions financières et les entreprises). Cela a abouti à un nouvel endettement externe du secteur public, alors que les plans de relance budgétaire et la collectivisation des pertes privées (les plans de sauvetage) ont accru dangereusement les déficits budgétaires et le volume de la dette publique.

La relance budgétaire et les plans de sauvetage ont peut-être été nécessaires pour éviter que la Grande récession ne se transforme en une Grande Dépression II, mais quand à la dette privée on ajoute une dette publique, la note à payer est élevée. Hausse des impôts et baisse des dépenses sont alors indispensables pour combattre déficits et dettes colossales. Passage obligé pour éviter une crise budgétaire, l'austérité freine la reprise économique à court terme. Si l'on ne lutte pas contre le déficit budgétaire par la baisse des dépenses et l'augmentation des rentrées d'argent dans les caisses de l'Etat, il reste seulement deux options : l'inflation pour les pays qui font des emprunts dans leur propre devise et peuvent de ce fait monétiser leur déficit, et le défaut de payement pour les pays qui empruntent des devises étrangères ou ne peuvent imprimer la leur.

Les événements récents en Grèce, au Portugal, en Irlande, en Italie et en Espagne constituent la deuxième phase de la crise financière. La collectivisation des pertes privées et le relâchement budgétaire destiné à stimuler les économies en chute libre ont abouti à un déficit budgétaire et à une dette publique d'un niveau inquiétant. La crise financière n'est donc pas encore terminée, elle a simplement atteint une nouvelle phase, particulièrement dangereuse.

De manière concrète on peut définir une crise financière comme un événement qui contraint les dirigeants politiques à passer un long week-end à essayer désespérément d'annoncer un nouveau plan de sauvetage destiné à éviter la panique au niveau national et international avant la réouverture des marchés le lundi matin. Lors des années passées, ces forçats du travail pendant le week-end ont concocté les plans qui ont sauvé des firmes privées telles que Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac, Lehman Brothers, AIG, des banques, etc.

Evidemment ces week-ends dramatiques se poursuivent. Les responsables politiques de la zone euro ont récemment passé un week-end à chercher frénétiquement à élaborer un plan de sauvetage qui s'appliquerait non seulement à la Grèce, mais à n'importe quel membre de la zone euro en difficulté. La progression est claire : après le sauvetage des entreprises du secteur privé, vient celui des sauveteurs eux-mêmes, autrement dit les Etats.

Les plans de sauvetage se sont mis à proliférer et leur coût a explosé. Durant la crise asiatique de 1997-1998, la Corée du Sud, un pays émergeant dotée d'un marché relativement important, a bénéficié d'un plan de sauvetage du FMI - 10 milliards de dollars. Mais après le sauvetage de Bear Sterns (40 milliards de dollars), de Fannie Mae et de Freddie Mac (200 milliards) et de AIG (250 milliards) et le plan Tarp d'aide au secteur bancaire (700 milliards), nous avons maintenant la "mère" de tous les plans de sauvetage : 1000 milliards de dollars que l’UE et le FMI destinent aux membres de la zone euro en difficulté. Dans le temps on considérait qu'un milliard de dollars représentait beaucoup d'argent, maintenant 1000 milliards semblent constituer la nouvelle norme, ou pour paraphraser le roman et le film Le diable s'habille en Prada, 1000 milliards remplacent les 10 milliards auxquels nous étions habitués.

Les Etats qui sont venus au secours du secteur privé doivent à leur tour être secourus. Mais que se passera-t-il quand l'Allemagne et d'autres prêteurs disciplinés – dont beaucoup sont maintenant des pays émergeants -  ne voudront plus financer ces plans de sauvetage ? Qui sauvera les Etats qui ont secouru les banques privées et les institutions financières ? Le mécanisme de la dette globale ressemble de plus en plus au système de vente pyramidale, l'escroquerie de Ponzi.

On sait quelles sont les mesures à prendre pour éviter les désastres budgétaires, mais le principal obstacle à la consolidation et à la discipline budgétaire partout dans le monde est la faiblesse des gouvernements et leur manque de volonté politique pour imposer l'austérité. L'impasse politique à Washington et au Congrès américain montre l'absence de volonté commune aux républicains et aux démocrates pour traiter le problème budgétaire américain. Au Royaume-Uni, un Parlement sans majorité a abouti à un gouvernement de coalition qui aura des difficultés à appliquer la discipline budgétaire.

En l'Allemagne, après le sauvetage de la Grèce la chancelière Angela Merkel a subi une défaite électorale dans un Etat clé. Au Japon, un gouvernement faible et inefficace nie la gravité du problème auquel il est confronté. En Grèce même, éclatent des émeutes et des grèves. Dans les autres pays en difficulté (le Portugal, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne), l'austérité sera politiquement et socialement douloureuse. Aussi les contraintes politiques pourraient faire obstacle à la discipline budgétaire et aux réformes structurelles.

Nous allons sans doute vivre encore longtemps dans une économie de crise. Pire encore, à l'image de médicaments toxiques, les mesures prises pour combattre la crise financière ont été en partie contre-productives. Elles ont affaibli le malade et l'ont rendu dépendant de produits dangereux et moins résistant à de nouvelles souches d'un virus qui dans certains cas peut se révéler mortel.

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