Friday, August 1, 2014
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La Banque mondiale saura-t-elle se réinventer ?

MADRID – Avec trois candidats en concurrence pour la présidence de la Banque mondiale -& Ngozi Okonjo-Iwea, la ministre des Finances du Nigéria, José Antonio Ocampo, ministre des Finances de la Colombie et l'Américain Jim Yong Kim, président de l'université de Dartmouth& - c'est le moment de prendre du recul et d'évaluer la trajectoire de cette institution. A moins qu'il n'ait une vision claire pour l'avenir et l'envergure voulue pour résister aux pressions internes de l'institution, son prochain président va être avalé par sa machinerie et ses processus complexes.

Un peu partout on s'est surtout intéressé aux compétences des trois candidats, notamment en matière de finance et d'économie. Pourtant le véritable défi de son prochain président consistera à piloter la Banque mondiale dans une direction qui réponde aux besoins du monde tel qu'il est et à recalibrer en conséquence les outils de l'institution. Il lui faudra admettre pour cela que l'économie et la finance, même si elles sont présentes dans tous les domaines d'activités de la Banque, ne sont plus au centre de ses préoccupations.

Les instruments traditionnels de la Banque mondiale ont été (et sont encore) des prêts à taux réduit, des crédits sans intérêt et des subventions. Mais son action consistait avant tout à accorder& des prêts avec intérêt aux pays à revenus moyens et à canaliser les fonds ainsi obtenus vers les pays pauvres susceptibles de recevoir une aide. Aujourd'hui, en raison de la conditionnalité de ses prêts, la Banque est moins compétitive vis-à-vis d'une pléthore d'acteurs publics et privés qui occupent la scène du développement. Néanmoins elle émerge en tant que source indispensable d'expertise et d'assistance technique, ainsi que comme fournisseur de biens essentiels au niveau mondial.

S'appuyant sur son savoir-faire, plutôt que de pontifier, elle doit également chercher à comprendre la réalité de ses "pays clients", et de faire une sorte d'équilibre entre son action auprès des pays individuels et son rôle plus global. Comme son activité de prêt perd peu à peu de son importance et ne se maintient qu'au profit des pays les plus pauvres, elle doit adopter une structure légère du style centre-périphérie et jouer le rôle de "banque de connaissance" ou de consultant en matière de stratégie. Elle doit reformuler sa mission, abandonnant l'idée d'être la "Banque de l'Occident", la banque des BRIC ou même tout simplement l'idée d'être une banque.

L'intolérance croissante à l'égard de la mauvaise gouvernance et de la corruption est incontestable - on observe un rejet collectif dans des pays aussi différents que la Birmanie, le Congo, la Russie et la Bolivie - pour ne pas mentionner les pays arabes, de la Syrie au Maroc. Parallèlement, la plus grande menace qui pèse sur l'ordre international vient de pays qui ont été récemment ou sont actuellement en déroute ou le théâtre d'un conflit.

Depuis 20 ans, conséquence de son questionnement après l'effondrement du communisme, la Banque mondiale a cherché à intégrer la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption à son objectif de soutien à la croissance économique et de réduction de la pauvreté dans les pays en développement. Mais au-delà d'une rhétorique élégante, les changements ont été d'ampleur limitée et se sont greffés sur le fonctionnement de la Banque, plutôt que d'occuper une place centrale dans ses objectifs.

La Banque mondiale s'est trop focalisée sur elle-même et sur sa réputation, et pas assez sur les pays qu'elle conseille et auprès desquels elle intervient, tandis que la construction institutionnelle semblait intégrée dans son programme de croissance. C'est pourquoi elle considérait le droit (la fondation de la construction des institutions) comme une simple boite à outils. Par contre elle proclamait que le droit de propriété, la mise en application des contrats, les conditions de la création d'entreprises, un marché ouvert et concurrentiel dans le secteur des produits et de l'emploi relevaient de la structure économique - une erreur de conception répétée encore récemment par un ancien économiste de la Banque mondiale, actuellement expert dans les questions de développement, William Easterly.

Par ailleurs, l'interprétation habituelle du mandat de la Banque mondiale lui a imposé une "neutralité" proclamée qui s'est traduite par son empressement à ne pas se préoccuper de la nature des régimes des pays auprès desquels elle intervient et de leur manque de responsabilité devant leur population. Paradoxalement, la Banque mondiale que son ancien président Robert McNamara a transformé il y a presque 50 ans, au plus fort de la décolonisation, en un instrument clé de lutte contre le communisme, considère aujourd'hui comme un modèle de développement acceptable le "consensus de Pékin" qui permet au parti communiste chinois de maintenir une main de fer sur le pays.

Dans ce contexte, une "banque de la connaissance" doit répondre à trois défis. Elle doit accroître son soutien au secteur privé et donner la priorité aux infrastructures, conformément à leur importance pour l'initiative individuelle. Elle doit aussi renforcer son savoir-faire en matière d'aide au développement des compétences, notamment en matière administrative, en donnant la priorité aux aspects institutionnels et juridiques. Enfin, elle doit placer la lutte contre la corruption et le soutien à la bonne gouvernance au cœur de sa mission.

La communauté internationale ne peut s'offrir le luxe d'une Banque mondiale ancrée dans le passé qui perdrait ainsi toute utilité. Aucune autre institution ne dispose de son potentiel extraordinaire en tant que centre de connaissance et lieu de coordination des politiques de développement. De son prochain président dépendra que la Banque mondiale éclate ou devienne l'institution dont le monde a un besoin crucial pour le siècle à venir.

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  1. CommentedZsolt Hermann

    With my limited knowledge I never considered the World Bank other than a "money lending source", but the "knowledge bank" the article talks about truly opens up new possibilities, and new directions if used properly.
    As we can see through the deepening and unsolvable global crisis, humanity is at crossroads today. We still stubbornly try to push on with our previous/present socio-economic system, despite the dramatically changed systematic conditions around us.
    Today humanity has evolved into a global, integral, interdependent system, where all of our previous methods, institutions have become meaningless.
    In such a situation the most important basic step is global, integral education, providing the necessary understanding about what a global, integral human system is to every nation at all social levels.
    It is not difficult to see that as soon as we understand our new system, its laws, and how we could settle into this new structure with harmony, with all the human talent and adaptability working out the actual institutions, methods would be self understanding, automatic.
    If the writer considers the World Bank as "knowledge bank" along these lines, then I hope the new president will listen to her advice.

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