Monday, July 28, 2014
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Le Retour du protectionnisme

Rassemblez les suspects habituels. Dans toute campagne électorale américaine pour les présidentielles, vous pouvez être certain que le protectionnisme fera son apparition, comme il vient de le faire. Mais le retour de l'Amérique dans le giron du protectionnisme a commencé il y a bien longtemps déjà, lors de l'établissement des tarifs douaniers sur l'acier en 2001 sous la présidence de George W. Bush.

Il était difficile alors de comprendre quel calcul était à la base des tarifs douaniers imposés par le gouvernement Bush sur les importations d'acier. Ces barrières douanières étaient une mauvaise décision économique : elles ont appauvri l'Amérique. Et une mauvaise décision commerciale : elles ont dépouillé les industries grandes consommatrices d'acier de bénéfices et d'emplois syndiqués qu'elles n'en ont préservé dans l'industrie de l'acier alors que ces deux secteurs industriels et leurs lobbies étaient aussi bien organisés et visibles à Washington l'un que l'autre.

Enfin, les tarifs douaniers représentaient aussi un mauvais point du côté de la diplomatie : qui voudrait alors signer des accords avec un gouvernement américain prêt à faire la preuve de sa capacité à rompre ses engagements pour un avantage infinitésimal et fictif en politique intérieure ?

Malheureusement, le retour de l'Amérique dans le giron du protectionnisme ne s'est pas arrêté là. Cela s'est poursuivi, l'an dernier, quand le gouvernement Bush, reconnaissant qu'il n'avait aucun programme politique pour faire redémarrer l'emploi, a examiné si le taux de change chinois sous-évalué pouvait être tenu pour responsable des fermetures d'usines en Ohio.

Il n'est donc pas surprenant que le Parti démocrate ait maintenant pris le relais. Son principal candidat à la nomination pour les Présidentielles, John Kerry, parle aujourd'hui de la manière dont le " CEO de Benedict Arnold " a trahi l'Amérique en externalisant les emplois. John Edwards, le principal opposant sérieux de Kerry, parle quant à lui du large et profond fossé qui le sépare de Kerry en matière d'échanges, Kerry défendant le libre-échange.

On a assisté, ces trois dernières années, à des progrès bien inférieurs dans la libéralisation des échanges internationaux à ce que tout défenseur du libre-échange aurait pu espérer. Et si ce mouvement de balancier ne peut être stoppé aux États-Unis, les dix prochaines années seront aussi mauvaises.

On ne peut compter ni sur l'Union européenne ni sur le Japon pour intervenir : ils se contenteront de se laisser entraîner, malgré leurs cris et protestations, dans des accords de libéralisation des échanges. Sans leadership agressif des États-Unis, avec un pouvoir exécutif et un congrès américains attachés au libre-échange, la libéralisation des échanges commerciaux ne se produira pas, tout simplement, et on verra fleurir les barrières douanières " de secours ", les quotas " extraordinaires " et les restrictions " volontaires " à l'exportation.

Toutes ces mesures n'auront qu'un impact minime sur les États-Unis Mais tout cela pourrait s'avérer potentiellement désastreux pour les marchés émergeants des pays qui exportent à destination des États-Unis

Que peut-on faire pour stopper ce retour de balancier ? Rien, sans doute, sans une relance forte, immédiate et soudaine de la demande intérieure américaine se transformant en boom durable avec une croissance rapide de l'emploi. Le déclin ces trois dernières années dans la proportion de population en âge de travailler détenant un emploi en Amérique est le plus important, en pourcentage, depuis la Grande dépression.

Les travailleurs américains et les électeurs s'inquiètent plus de la sécurité de leur emploi et sont prêts à tout accuser en matière d'insécurité de l'emploi parce qu'ils sont les témoins de la plus grave détérioration des conditions du marché du travail dont peut se souvenir toute personne en dessous de 85 ans. Ce marché du travail en perte d'énergie est bien ce qui alimente ce retour de balancier vers le protectionnisme.

Nous devons donc accepter que ce sentiment protectionniste reste fort, mais nous devrions chercher le moyen de réduire les dommages que causera ce cycle politique de protectionnisme, ainsi que sa durée. Le retour à la libéralisation des échanges pourrait être accéléré par deux éléments et un changement de politique économique.

Les deux éléments en faveur du libre-échange sont puissants, mais sont loin d'avoir été déployés. Le premier argument doit être avancé par les pays qui exportent vers les États-Unis : ils doivent informer la presse et le monde politique, les électeurs et les travailleurs américains sur tous les emplois américains qui n'existeraient pas sans leurs exportations vers l'Amérique. Il faut compenser la crainte que des échanges intensifs causent la destruction des emplois et déséquilibrent l'économie américaine par la crainte que des échanges réduits détruiront des emplois et perturberont l'économie américaine.

Le deuxième argument doit être avancé par ceux qui s'attachent à défendre la sécurité nationale des États-Unis Le 21ème siècle sera le témoin d'un monde en guerre constante contre le terrorisme. Une partie importante de cette guerre consistera à rallier les ennemis du terrorisme au sein d'une alliance durable. L'accroissement des échanges commerciaux internationaux pourraient prendre une importance particulière dans la mise en place de cette alliance.

L'Europe et le Japon doivent également modifier leur politique économique pour passer de la déflation à la reflation. Une forte croissance de la demande au Japon et en Europe a généralement pour conséquence un niveau élevé d'exportations américaines, ce qui serait la force de libéralisation des échanges la plus puissante que l'on puisse imaginer.

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