Frontiers of Growth
Rendons toute son efficacité au capitalisme !
Edmund S. Phelps
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BERLIN – Du fait de la crise financière mondiale et du ralentissement économique qu'elle a entraîné, les pays anglosa-xons se demandent ce qu'ils doivent faire pour remettre leur économie sur le chemin de la croissance et éviter la répétition d'un tel scénario. Des membres du Centre de recherche sur le capitalisme et la société de l'université de Columbia ont adressé des recommandations aux participants du sommet du G20 en avril dernier. Pour créer des emplois, j'ai ainsi proposé que les Etats créent des banques spécialisées dans l'art aujourd'hui disparu de financer des projets d'investissement dans le secteur des affaires - le type de financement que les anciennes "banques marchandes" pratiquaient fort bien il y a un siècle. J'ai aussi redis mon soutien à des subventions aux entreprises qui emploient des salariés peu qualifiés (Singapour a adopté cette idée avec d'excellents résultats).
Pour éviter que les banques commerciales ne courent à nouveau le risque de devenir insolvables (et tout le pays à sa suite), Richard Robb a proposé une petite taxe sur les emprunts à court terme réalisés par les banques, ceci pour les dissuader de trop emprunter. Amar Bhide a proposé que les banques commerciales redeviennent des "banques étroites" [banques soumises à une réglementation très contraignante] - dans ce cas le moindre emprunt leur serait interdit.
Pourtant, malgré toutes les mesures prises et les discussions qui ont eu lieu depuis, aucune de ces propositions n'a été adoptée par les pays du G20. Ils ont donné la priorité à des mesures anticycliques visant à limiter le ralentissement, plutôt qu'à des restructurations. Cet objectif n'est pas critiquable en soi, néanmoins les mesures prises pourraient retarder la reprise.
Du fait des mesures de relance de la consommation, les entreprises ont tendance à retenir des employés qui sans cela se dirigeraient dans des secteurs compétitifs à l'import-export qui sont en croissance. La relance dans l'immobilier résidentiel pousse les prix à des niveaux intenables. De ce fait, l'économie a davantage de difficulté à absorber l'excès de ressources du secteur de la construction. Le renouvellement des plans de relance pratiquement à la fin du ralentissement pousserait les taux d'intérêt à la hausse, ce qui pourrait freiner les investissements.
Les investissements publics visant à la reconstruction des infrastructures dans le domaine de la santé, de la lutte contre le réchauffement climatique et des économies d'énergie pour remplacer des investissements privés qui s'étiolent ne présentent pas cet inconvénient. Mais ils ne favorisent peut-être pas la création d'emplois. Les investissements privés tendent à être pérennisés par l'innovation dans le secteur privé, mais en est-il de même dans le secteur public ? Les incertitudes liées à ces expérimentations ne risquent-elles pas de rebuter les investisseurs privés ?
Les pouvoirs publics doivent abandonner l'illusion que la reprise est seulement affaire de quelques mesures simples. Depuis le 19° siècle et les économies si innovatrices qui ont éclos un peu partout à ce moment là, la méthode avérée pour parvenir à la prospérité (avec la création en nombre d'emplois engageants et stimulants) consiste à encourager la création d'entreprises privées innovantes dans le secteur des affaires.
Il faut que les pouvoirs publics favorisent une économie de l'innovation plutôt que la construction à l'infini de routes, d'éoliennes et de bâtiments divers. Le moyen le plus rapide de parvenir à la reprise est de restructurer l'économie de telle sorte qu'elle atteigne un nouveau régime de croisière supérieur au précédent.
Le Centre de recherche sur le capitalisme et la société se réunit à Berlin en décembre, seulement quelques semaines après les commémorations de la chute du Mur, avec comme objectif la recherche des moyens d'aider des économies complexes et fragilisées à acquérir un dynamisme porteur de prospérité – le plein emploi et la satisfaction des salariés.
Nous ne connaissons peut-être pas tous les instruments porteurs de prospérité, mais nous en connaissons un grand nombre. Il est préférable que le secteur bancaire soit dirigé par des spécialistes avisés, capables d'identifier les projets d'investissements innovateurs et animés de la volonté de les financer. Il est préférable que dans le secteur des affaires les actionnaires ne soient pas victimes de PDG qui agissent dans leur propre intérêt. Il est dangereux que les gestionnaires de fonds bradent les actions d'une firme qui n'atteint pas ses objectifs trimestriels.
Néanmoins, la recherche de toujours plus de dynamisme problème. Les marchés, animés par de simples êtres humains, ne peuvent localiser à coup sûr les meilleures possibilités d'investissement (sans même parler des plus rentables). Le moins que l'on puisse dire est que les prévisions d'une entreprise quant aux bénéfices futurs d'un projet d'affaires sont incertaines. Et plus un projet est innovateur, plus incertaines sont les prévisions sur son potentiel.
De la même manière, les prévisions d'un investisseur quant aux conséquences de l'achat de tel ou tel actif, financier ou réel, sont imparfaites. Par ailleurs, ce que pensent les autres et surtout ce que font les concurrents peut affecter les conséquences d'une décision, or on ne peut deviner leurs intentions. Aussi le dynamisme d'une économie dépend-il du nombre de gens qui vont oser passer à l'action malgré le peu qu'ils savent.
Ceux d'entre nous, à la conférence de Berlin et ailleurs, qui cherchons à rebâtir des économies plus dynamiques doivent avoir conscience de ces réalités. Le pouvoir miraculeux du marché est limité. Heureusement, il existe des préceptes et des idées dans lesquels les dirigeants politiques feraient bien d'investir leur capital politique s'ils veulent relancer l'innovation et la prospérité dont elle est annonciatrice.
Selon un principe vérifié dans la durée, il faut éviter d'ébranler inutilement la confiance des investisseurs. Quand Keynes est allé voir le président Roosvelt au cœur de la Grande dépression, il lui a conseillé de mettre un frein à la rhétorique de son administration à l'encontre des milieux d'affaires. Néanmoins les pouvoirs publics ne doivent pas leur épargner toute critique, car cela pourrait les inciter à pousser les prix à la hausse, jusqu'à porter atteinte aux ventes.
La simplification des institutions financières, notamment celles qui disposent du soutien implicite de l'Etat, doit aussi jouer un rôle dans la reconstruction d'une économie dynamique. Les notations qui disent prendre en compte le "risque systémique" sont peut-être aussi dangereuses que celles qui l'ignorent. Les fonds spéculatifs, les entreprises de capital-risque qui innovent et les nouvelles banques marchandes sont relativement bien placés pour prendre des décisions financières qui nécessitent des qualités de jugement, la capacité de s'engager dans l'inconnu, ceci dans un horizon qui n'est pas limité par les résultats du trimestre.
Il existe aussi des propositions pour faire face aux oscillations spéculatives du marché qui engendrent des investissements inutiles et nuisent à l'innovation. Leurs corrections ont aussi un coût – un ralentissement des affaires et un obstacle supplémentaire à l'innovation.
Un cadre conceptuel – L'imparfaite économie de la connaissance – développé récemment par un membre du Centre, Roman Frydman (en collaboration avec Michael Goldberg), montre que les oscillations excessives dans le prix des actifs sont dues à la connaissance imparfaite qu'ont les acteurs du marché quant aux conséquences de leurs décisions. Ce cadre permet de concevoir une politique d'intervention rationnelle sur le marché des actifs et pourrait aider le régulateur à évaluer et gérer les risques financiers systémiques.
L'analyse montre que dans une large mesure, le marché est bien plus efficace (même s'il reste imparfait) pour fixer les prix que ne le serait le régulateur. Mais elle appelle à des mesures novatrices, notamment la création de "tranches" pour le prix des actifs et des objectifs ciblés quant aux variations des exigences en terme de marge et de capital, de manière à modérer les fluctuations de prix excessives.
Rendre toute son efficacité au capitalisme ne sera sans doute pas chose facile. Mais à considérer le faits, c'est un objectif à notre portée.
Edmund S. Phelps est directeur du Centre de recherche sur le capitalisme et la société à l'université de Columbia à New-York et prix Nobel d'économie 2006.
Copyright: Project Syndicate, 2009.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
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cheeheongquah 09:48 09 Dec 09
The only thing regulators should do on the financial sector is to get their hands off. Get another job instead.
The root of the debacle is the implicit rescue by the government, not market failures from imperfect information or whatsoever. Market power, I believe, is only second to the power of God.
Please don't raise all those market imperfections, boom and bust stories when we all know that the risk-return pricing model is greatly distorted by government guarantees.
Without the government guarantee, disruptive regulation and housing incentives, the prices would have factored in the so-called uncertainties and imperfections and the bubble would not have started or would have been greatly moderated.
Remember that the world functioned well when governments had no roles in manipulating monetary policy during the gold standard era. All hell broke loose when the standard was replaced with central banking.
spz 06:50 03 Nov 10
@cheeheongquah
The root of the debacle is the implicit rescue by the government, not market failures from imperfect information or whatsoever. Market power, I believe, is only second to the power of God.
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But somehow, you forgot how the compensation structure of the bankers and fund managers have led to take short term excessive risks, leaving the shareholders holdin the bag.
And what about the role of the over the counter derivatives i.e. unregulated? Warren Buffet called them the "financial weapons of mass destruction".
Not to mention the repeal of the Glass-Steagall, allowing traditional deposit taking banks to engage in sorts of risky gambling.
These important missing pieces of the puzzle are the result of market fundamentalism, the "anything goes" mentailty.
Remember that the world functioned well when governments had no roles in manipulating monetary policy during the gold standard era.
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Perhaps it will be useful to remember the disastrous return of Britain to the gold standard in 1925: overvaluation, strikes, unemployment and the need for high interest rates to prevent the loss of gold reserves brought Britain to her knees.
Even Milton Friedman had said, "I regard a return to a gold standard as neither desirable nor feasible."


demandside 05:22 08 Dec 09
Phelps had no clue then, has no clue now. But it's nice to see him cite Keynes for support.