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La paix par la réconciliation en Afghanistan

NEW YORK – La coïncidence est sans doute fortuite, mais le président Barack Obama lance une offensive militaire en Afghanistan, alors même que le président afghan Hamid Karzaï consent enfin un sérieux effort de réconciliation nationale. Pour y parvenir, le premier objectif à atteindre sera de trouver des moyens pour la réintégration des talibans dans la vie sociale et active, du moins d’un grand nombre d’entre eux. Déposer les armes, renoncer à tout lien avec Al qaida et accepter de respecter les lois afghanes seront les préalables à poser à leur réintégration.

Ce changement de politique est le corollaire nécessaire à l’offensive menée aujourd’hui. Il signe également la reconnaissance tardive de l’échec des stratégies classiques suivies jusqu’ici en Afghanistan. Comme elles en ont fait la pénible démonstration, ces stratégies n’ont jamais réussi à gagner le soutien du peuple afghan, notamment s’agissant d’un déploiement militaire de plus.

L’Afghanistan a amorcé il y a huit ans une phase de transition sur quatre plans: sécuritaire, en mettant fin aux violences et à l’insécurité; politique, en instaurant un gouvernement de participation et l’état de droit; social, en passant de l’affrontement tribal et ethnique à la réconciliation nationale; et économique, en transformant une économie instable et ravagée par la guerre en une économie viable, permettant aux gens de gagner décemment leur vie dans la légalité.

Etant donné qu’elle se déroule sur ce fond de transition multidirectionnelle, la reconstruction économique de l’Afghanistan n’a connu que des développements qui n’ont rien de normal. La situation actuelle de l’Afghanistan trahit davantage son échec à sceller la réconciliation nationale que les politiques de développement les plus favorables – priorité absolue du gouvernement et de la communauté internationale.

Les pays déchirés par la guerre qui ont connu depuis la fin de la Guerre froide des transitions analogues, ont un bilan négatif: la moitié de ces pays retombe dans le conflit au bout de quelques années, et l’autre finit dans l’ensemble par devenir très dépendante de l’aide – ce qui est loin d’être souhaitable dans le contexte financier actuel. L’Afghanistan affiche des scores désastreux sur ces deux tableaux: le pays est retombé dans le conflit, et il n’est pas sevré de son extrême dépendance à l’aide.

Si les Salvadoriens, à la fin de leur guerre civile, ont su à éviter l’un et l’autre écueils, ils le doivent notamment à la réintégration intensive des anciens adversaires des deux bords et des victimes, dans les forces de sécurité nationale, le système politique et la machine économique. Le programme “terre contre armes à feu” a joué un rôle efficace dans la réintégration mise en œuvre par le gouvernement salvadorien, en pourvoyant à la subsistance de bénéficiaires qui ont pu prendre part, même modestement, à la richesse du pays.

Comme l’enjeu à court terme, dans toute transition vers la paix, est la réconciliation, il faut à tout moment donner à l’objectif politique de paix l’avantage sur les objectifs de développement économique ou financier, si ces objectifs doivent, comme c’est souvent le cas, faire l’objet d’un litige. Les budgets doivent être alloués en priorité aux actions liées à la paix – en particulier à la réintégration et autres programmes de réconciliation. Le non-respect de cette règle s’est avéré être la cause majeure de la reprise des hostilités, car sans la paix, il ne peut y avoir de développement durable.

Par conséquent, la réussite en Afghanistan passe par la réintégration des talibans. Cela demande de s’y préparer minutieusement, de travailler à des solutions audacieuses et innovantes pour les convaincre de déposer les armes, d’engager de bonnes politiques et d’en “tenir le cap,” probablement pendant de longues années.

La réintégration obligera à une politique de la carotte et du bâton. Il y a largement de quoi amener la base des rebelles à renoncer à résister et à rallier les forces armées ou la police       afghanes, à jouer un rôle politique au niveau local, à effectuer le service civil national ou à travailler dans le secteur agricole ou autre. Les versements d’argent devront être restreints aux besoins immédiats, mais il faudra mettre en place, d’urgence, une politique énergique en matière de création d’emplois.

Pour ce qui concerne les chefs, la question est plus délicate. Les rétributions, à l’exemple de celles que les programmes salvadoriens accordaient aux chefs du FMLN, devront être plus importantes. Il faudra sans doute s’employer à réduire les sources de financement que les talibans tirent du narcotrafic, et à détruire par des attaques ciblées les planques qu’ils ont en Afghanistan comme au Pakistan.

La réconciliation afghane demande de venir à bout de deux obstacles: la crédibilité du gouvernement Karzaï, mise à mal par de vaines promesses prodiguées naguère aux talibans déposant les armes, et l’insuffisance flagrante du fonds international – 140 millions de dollars – accordé lors de la Conférence de Londres et destiné à financer les plans de paix et de réintégration.

Pour paraphraser John Maynard Keynes, construire la paix revient cher, mais c’est un excellent investissement. Un investissement qui peut sauver des milliers de vies et ne coûte qu’une misère, face aux centaines de milliards de dollars que la communauté internationale a dépensés, pour couvrir les frais de fonctionnement des troupes de maintien de la paix, depuis la proclamation en 2001 d’une prétendue “guerre contre le terrorisme.”

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