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2010-01-20

LONDRES – A la lecture de Dreams of my Father (Les rêves de mon père, ndt), un ensemble de réflexions superbement rédigées du Président américain Barack Obama sur les premières années de sa vie et son identité, on est frappé par son approche intellectuelle et posée. Cela ne veut pas dire qu’il soit étranger à toute forme d’émotion. Obama est capable de s’enrager et de pleurer. Mais il semble rarement agir   sur le vif ou sur la base d’un préjugé instinctif.

Pragmatique et extrêmement intelligent, chaque dossier finit toujours, tôt ou tard, par recevoir toute l’attention de sa curiosité de juriste. Tout comme dans le film de campagne de Hilary Clinton pour les primaires du parti démocrate, Obama, semble-t-il, est exactement le genre de président que la plupart d’entre nous aimerait voir à ce poste pour répondre à ce coup de fil à 3 heures du matin à propos d’une crise internationale. Il n’aurait pas peur d’agir, mais il serait préparé à réfléchir d’abord.

Je ne pense donc pas qu’Obama soit trop dérangé par certaines des critiques qui lui sont faites au terme de sa première année de mandat mais il a sans aucun doute fait la grimace à l’annonce de la défaite du candidat démocrate à l’élection sénatoriale spéciale du Massachusetts visant à pourvoir le poste laissé vacant par la disparition de Ted Kennedy. Obama faisait l’objet de toutes les louanges il y a tout juste un an ; douze mois plus tard, la critique se déchaine.

Obama a récupéré un lourd héritage : récession, débâcle financière, Irak, Afghanistan. Il n’a pas résolu tous ces problèmes. Mais il est difficile de lui trouver de réelles fautes graves, à l’exception peut-être de s’être laissé quelque peu malmené par le Premier Ministre Israélien Netanyahu et d’avoir donné à la Chine l’impression qu’il était prêt à accepter une relation bilatérale entièrement selon les termes de la Chine.

Il semble que cela soit en train de changer. Obama a peut-être fini par comprendre que lorsque l’on est le président de la seule superpuissance de la planète, il faut être craint ne serait-ce que pour se faire respecter.

La gauche américaine critique Obama pour n’avoir pas encore réussi à inverser la situation économique. La droite dénonce violemment son cryptocommunisme sous prétexte qu’il veut que chaque Américain ait accès aux soins médicaux. Avec ce regard impartial sur cet interminable jeu, quelle peut bien être la conviction profonde du président ?

Un des dossiers qu’Obama est sûr de trouver sur son chemin est un problème qui divise le monde depuis des années.

Lorsque je grandissais dans les années 50 et 60, la paix mondiale était basée sur le statu quo nucléaire entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique. Le principal argument stratégique d’un côté comme de l’autre du mur de Berlin était que si l’un ou l’autre faisait un mauvais coup, nous finirions tous par bruler dans les flammes d’un holocauste nucléaire. On appelait cela dans le jargon géostratégique de l’époque la « destruction réciproque assurée » ou MAD (de l’anglais Mutually Assured Destruction, ndt). L’acronyme était tout à fait approprié (l’acronyme anglais MAD signifiant ‘fou’, ndt).

Nous avons oubliés ces années-là. Et pourtant, il reste 23 000 têtes nucléaires sur notre planète, avec une puissance explosive équivalente à 150 000 bombes d’Hiroshima. Les groupes terroristes aimeraient bien mettre la main sur l’une d’elles.

Il y a en tout huit Etats nucléaires : les Etats-Unis, la Russie, la Grande Bretagne, la France, la Chine, Israël, l’Inde et le Pakistan. Il se peut que la Corée du Nord possède elle aussi quelques bombes et beaucoup pensent que l’Iran tente de développer l’arme nucléaire. D’autres états, qui possèdent leur propre capacité nucléaire civile, ont le potentiel pour développer une arme. Le nombre de pays entrant dans cette catégorie ne peut qu’augmenter dans la mesure où le nombre de réacteurs nucléaires devrait doubler dans les vingt prochaines années.

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) a limité le nombre des états nucléaires. Une conférence doit avoir lieu en mai pour reprendre le processus de négociations. Obama a clairement admis que le TNP a besoin d’être renforcé pour éviter que certains pays ne détournent leur nucléaire civil à des fins militaires.

Mais Obama sait aussi que si les états qui possèdent l’arme nucléaire veulent imposer des restrictions plus fortes aux autres, ils devront réduire leur propre arsenal. Ceci pose un problème surtout pour les américains et pour les russes, qui possèdent 95% de toutes les armes nucléaires. Une signature du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires par les américains donnerait le ton.

Le problème du nucléaire est l’un des dossiers les plus brulants à l’ordre du jour d’Obama. Sa manière de le gérer déterminera toute sa présidence. Avant même que les discussions ne procèdent en mai, il faut déjà s’occuper de la question iranienne. L’Iran prétend qu’elle ne désire rien d’autre que développer sa propre capacité à produire de l’énergie nucléaire. Le doute grandit à chaque fois que l’on découvre l’existence de nouvelles infrastructures secrètes iraniennes ou de plans, et à chaque refus de l’Iran de négocier des mesures de protection visant à une utilisation civile de son nucléaire tout en garantissant qu’il n’y aura pas d’utilisation militaire.

Les Etats-Unis, l’Union Européenne et la Russie ont tenté de convaincre l’Iran dans ce sens, sans succès à ce jour. La Chine devrait s’opposer à toute sanction contre l’Iran compte tenu de leur étroite relation énergétique. L’attitude de la Chine à ce propos devrait profondément influencer l’état de ses relations avec les Etats-Unis et l’Europe.

Ces dossiers sont d’ordre capital pour Obama dans les mois à venir et au-delà. S’il parvient à les résoudre, il pourra faire fi des critiques dont il fait l’objet aujourd’hui. Par chance, il est suffisamment intelligent pour en être conscient.

Chris Patten, dernier Gouverneur de Hong Kong et ancien Commissaire pour les Relations extérieures de l’Union Européenne, est Chancelier de l’université d’Oxford.

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