Thursday, October 30, 2014
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L'héritage de Palme: quinze ans après

STOCKHOLM: Il y a quinze ans, le 28 février, Olof Palme, Premier Ministre de la Suède, était assassiné. Sa mort a choqué des millions de personnes dans le monde entier. L'assassin n'a toujours pas été retrouvé, ou du moins il n'a pas été condamné. Au-delà de Palme, ce crime visait la démocratie elle-même.

Assassiné, Palme fait maintenant partie de l'Histoire. Mais l'Histoire doit être analysée librement et non censurée par déférence. Aussi, lorsque nous nous remémorons le meurtre de Palme, nous devons aussi nous souvenir de ce qu'il a fait et de ce qu'il représentait. Qu'en est-il, par exemple, de l'héritage de Palme en politique étrangère ?

Palme a été un critique puissant, éloquent des Etats-Unis et de la guerre au Viet-nam. Il a lancé des imprécations contre l'oppression soviétique en Tchécoslovaquie et les meurtres du Général Pinochet au Chili. A cause de ces positions, Palme a souvent été dépeint sous les traits d'un adversaire conséquent des tyrannies. Mais ceux qui pensent cela ont tort ; Palme s'est en fait systématiquement abstenu de critiquer nombre de régimes tyranniques, et a même embrassé certains des dictateurs les plus cruels, ou a du moins essayé de ne pas les offenser.

Ne "calomniez" pas l'Union Soviétique, a dit Palme, Président du Parti Social Démocrate suédois pendant 17 ans et Premier ministre de 1969 à 1976 et, de nouveau, de 1982 à 1986. Ne vous engagez pas dans l'"agitation anti-Soviétique" ou "l'anti-soviétisme" a-t-il déclaré en 1984, une position neutre typique de la Suède de Palme.

Sans aucun doute, Palme reflétait l'esprit de son temps. La renaissance Marxiste de l'Occident après 1968 a profondément impressionné journalistes et Socialistes, et la Suède n'a pas été en reste. La guerre du Vietnam a changé la façon de voir le monde de beaucoup de jeunes gens. Palme, cependant, a porté cet esprit vers l'avant longtemps après que d'autres ont aperçu la lumière libérale. "Ni le communisme ni le capitalisme ne représentent un rêve de liberté pour les peuples d'Europe" a-t-il dit seulement quelques années avant que les peuples d'Europe de l'Est et d'Europe Centrale ne se libèrent du communisme pour embrasser la démocratie et le capitalisme.

Palme a aussi exploité des différences idéologiques diplomatiques pour blesser les autres partis démocratiques suédois. Les conservateurs tombent dans "l'esprit de croisade, visant la libération de l'Europe de l'Est, qui a prévalu dans les quartiers conservateurs de l'Ouest pendant la Guerre Froide" a-t-il dit en 1983 à un moment de grande tension entre l'Occident et l'URSS. Finalement, les libéraux et les conservateurs suédois sont arrivés au pouvoir en 1976, après 44 ans de férule socialiste. Aucune des menaces pesant sur la politique étrangère de la Suède, que Palme avait prévues avec certitude, ne s'est matérialisée au cours de leurs neufs années d'exercice pendant le dernier quart de siècle.

Après avoir divisé son pays, Palme a fait son possible pour diviser l'Occident à un moment critique. Dans les années 80, les Sociaux-Démocrates en Suède et en Allemagne développèrent une étroite coopération idéologique en politique étrangère. La soi-disant "Commission Palme" (dont était membre l'influent Egon Bahr) suggéra une politique de "sécurité commune" entre l'Est et l'Ouest, et des zones d'exclusion d'armes nucléaires à la place de la politique de l'OTAN pour le déploiement des missiles de croisière et Pershing II dans le but de contrer l'avantage Soviétique sur le plan des armes nucléaires.

Cette collaboration entre les deux partis a mené à de sérieuses distorsions des valeurs occidentales fondamentales. Palme et Oskar Lafontaine, qui était alors un des leaders de l'opposition en Allemagne, n'ont pas vu que la Guerre Froide était essentiellement un conflit entre la liberté et la tyrannie. Quand Palme a visité l'Allemagne de l'Est en 1984, il n'y a jamais critiqué la répression, ni le Mur de Berlin. Au lieu de ça, Palme a félicité le dirigeant de l'Allemagne de l'Est, Erich Honecker, en soulignant leurs buts communs et leur combat mutuel pour la paix et le développement. Le discours principal de Palme évoquait la "détente", la "confiance" et "l'amitié" mais jamais "la liberté".

Il s'est passé à peu près la même chose quand Palme a visité Cuba. Il a partagé un podium avec Fidel Castro lors d'un rassemblement de masse à Santiago de Cuba. Palme a parlé sur un ton élogieux de "révolution socialiste" sans jamais mentionner la conviction de son propre parti qui était que la "révolution" devait avoir lieu seulement après des élections libres et honnêtes. Palme, en effet, a utilisé des slogans marxistes mais n'a rien dit au sujet des droits de l'homme et de la liberté politique, donnant ainsi l'impression que la Suède et Cuba avaient des idéologies similaires.

Lors d'un communiqué commun avec Castro, Palme a affirmé que les deux hommes étaient du même avis sur tous les sujets dont ils avaient discuté. Ils ont même confirmé leur joie de voir que les combats pour la liberté des "peuples vietnamiens et cambodgiens aient été couronnés de succès". Cela a été dit au cours de l'été 1975, deux mois après que les Khmers Rouges cambodgiens se sont lancés dans un génocide qui a tué deux millions de personnes sur les sept millions que comptait le pays.

Est-ce qu'Olof n'avait pas conscience des massacres perpétrés par Pol Pot ? Les journaux de presque toutes les démocraties, y compris la Suède, nous informaient des horreurs que vivait le Cambodge. Mais Palme a trouvé plus important de montrer un front uni avec le tyran cubain que de se soucier des atrocités commises par les Communistes en Indochine. Palme a rarement condamné l'oppression dans les pays du Tiers Monde. Il n'a jamais critiqué la Chine de Mao, le régime le plus meurtrier de l'après Seconde Guerre Mondiale, mais a constamment condamné l'apartheid en Afrique du Sud.

Ce "deux poids, deux mesures" a été particulièrement pernicieux au Moyen- Orient, où Palme n'a jamais censuré un pays arabe, sans tenir compte de son niveau de corruption ou de cruauté. Le seul pays qu'il y a attaqué de façon répétée était la seule démocratie de cette région, Israël. Il a même comparé les Israéliens aux Nazis.

Quinze ans après son assassinat, la Suède et l'Ouest doivent se débattre avec ce que Palme a laissé derrière lui, son agitation anti-occidentale et son désir de voir les idéaux fondamentaux de la liberté comme de simples notions relatives. Pour des peuples cherchant ou défendant la démocratie et les droits de l'homme, Palme était un partenaire peu fiable.

C'est cet aspect de son prétendu moralisme qui devrait être rappelé.

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