Thursday, November 27, 2014
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Graissage des finances de la Russie

La situation pétrolière mondiale est particulièrement intéressante à l'heure actuelle. Les prix du pétrole, qui avoisinent 30 dollars le baril, restent élevés même si une économie mondiale faible signifie que la demande mondiale est peu importante. La précédente opinion à la mode qui voulait que la saisie par les Etats-Unis des ressources pétrolières irakiennes détruise l'OPEP et fasse dégringoler le prix du pétrole s'est révélée dénuée de fondement. Même avec une sécurité accrue, il faudrait cinq ans pour exploiter pleinement le pétrole de l'Irak. Avec une économie américaine qui se redresse énergiquement, le prix du pétrole doit rester élevé, voire même augmenter davantage, dans un avenir prévisible.

Ainsi, l'annonce faite par le ministre des Finances russe, Alexei Kudrin, qui déclare que la Russie va lancer un fond de stabilisation du pétrole, vient à point nommé. Cela signifie que le fond peut s'attendre à plusieurs années excédentaires. Il représente à la fois une opportunité et un danger.

Un fond pétrolier doit être considéré comme un instrument de stabilisation macroéconomique, indépendant des flux de revenus standard. Aujourd'hui, la majorité des ministres des Finances du monde entier se sont engagés à équilibrer leur budget sur l'ensemble du cycle commercial. Les revenus gouvernementaux doivent correspondre aux dépenses gouvernementales lorsque l'économie croît normalement.

Si la production dépasse la tendance, le budget est excédentaire ; si elle diminue en dessous de la tendance, le budget est déficitaire. Les excédents sont dédiés au remboursement de la dette et les emprunts financent les déficits. Si le ministre des Finances équilibre son budget, la dette nationale reste identique tout au long du cycle, sans avoir tendance à augmenter ou à se contracter. Un rapport dette/PNB constant constitue donc un indicateur essentiel d'une durabilité fiscale.

Dans un pays comme la Russie, dont la moitié des revenus budgétaires provient des taxes pétrolières, créer un fond pétrolier équivaut à s'engager à équilibrer le budget sur l'ensemble du cycle. Dans ce cas précis, on parle de cycle du prix du pétrole.

Cette stratégie est dictée par le fait que les prix du pétrole sont plus instables, et par conséquent plus déstabilisants pour le budget, que les fluctuations du PNB. Les taxes et les dépenses gouvernementales sont définies de manière à s'équilibrer au prix moyen du pétrole en l'espace de quelques années. (Au cours des cinq dernières années, le prix moyen aurait avoisiné 22 dollars le baril.)

Le fond pétrolier accumule les excédents et s'expose à des déficits lorsque le prix du pétrole excède ou est inférieur au prix moyen. Les excédents servent à rembourser la dette et les déficits sont financés par les emprunts, ce qui donne un rapport dette/PNB constant sur l'ensemble du cycle. Un fond fonctionnant ainsi envoie un signal puissant indiquant au gouvernement qu'il doit s'engager à maintenir des finances solides sur le long terme.

La clé de la réussite consiste à prendre conscience qu'un fond pétrolier constitue un instrument limité convenant à un but spécifique. Le danger est que les représentants soient tentés de l'utiliser pour résoudre d'autres problèmes, ce qui nuirait à son utilité en tant que mécanisme de stabilisation.

Le danger le plus important est que les politiciens dépenseront les excédents en programmes sociaux qui remporteront l'adhésion des électeurs. C'est ce qui s'est produit au Venezuela. Le meilleur moyen de se prémunir contre ce genre de situation consiste à ouvrir un compte spécial dans une banque centrale indépendante qui gardera le fond en toute sécurité, hors de portée des politiciens. C'est ainsi que procède la Norvège.

Le danger est plus subtil lorsque le fond est envisagé comme un moyen direct de lutter contre la soi-disant « maladie hollandaise ». C'est une situation dans laquelle les revenus dégagés des exportations de pétrole accroissent la valeur de la devise, réduisant ainsi la compétitivité des autres produits fabriqués nationalement. L'investissement des excédents du fond dans des titres étrangers neutraliserait la tendance à la croissance du taux de change.

C'est exact, mais le même résultat pourrait être obtenu en remboursant la dette étrangère, ce qui représenterait une politique bien meilleure, tout particulièrement au début, lorsque le fond tente de devenir crédible. Bien évidemment, il est important que la Russie dépende moins des exportations d'énergie. Correctement utilisé, un fond pétrolier peut contribuer à cet objectif, mais il doit y parvenir indirectement, en promouvant une stabilité financière intérieure. Cela permettrait d'avoir des taux d'intérêt réellement bas, ce qui constitue, avec la réforme bancaire, la principale condition pour la croissance des PME qui sont nécessaires pour diversifier la structure économique et garantir un schéma de croissance plus stable.

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