Saturday, August 23, 2014
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Obama contre Romney sur la question de l’emploi

BERKELEY - Les Etats-Unis arrivent à la fin de leur troisième année de relance économique, mais le taux de chômage reste supérieur à 8% et il existe des signes inquiétants de ralentissement. Il n'est donc pas surprenant que l’emploi soit devenu une préoccupation majeure de la campagne présidentielle - ni que les candidats aient des idées très différentes sur la façon de stimuler l'emploi.

A l'automne dernier, le président Barack Obama a proposé l'American Jobs Act, un programme de 450 milliards de dollars de mesures fiscales visant à la création d'emplois. L'AJA s'est élevé à environ 3% du PIB et a été conçu pour prendre effet en 2012, fournissant au moment opportun un encouragement à l'emploi et une assurance pour la relance américaine contre la tourmente financière mondiale. La plupart de ses mesures avaient bénéficié d'un soutien bipartite dans le passé. Les réductions d’impôts représentaient environ 56% du coût total et le programme a été financé par le plan à long terme de réduction du déficit par l'administration Obama.

Plusieurs économistes indépendants ont conclu que le plan d'Obama donnerait une importante impulsion au marché du travail en 2012-2013. En effet, deux des prévisionnistes les plus respectés du pays ont prédit que l'AJA apporterait entre 1,3 et 1,9 million d'emplois en 2012 et plus de deux millions d'emplois d'ici la fin de l'année 2013. Le Bureau du Budget du Congrès, non partisan, (Congressional Budget Office, CBO) a également constaté que la plupart des politiques de l'AJA avaient une forte efficacité budgétaire, mesurée en nombre d'emplois créés en 2012-2013 par dollar de coût budgétaire.

L'AJA a subi l’obstruction parlementaire des Républicains du Sénat. La Chambre des Représentants contrôlée par les Républicains a également empêché le projet de loi de passer au vote. Mitt Romney, désormais candidat républicain à la présidence, a attaqué le plan comme étant un « simple stimulus » qui « met de l’huile sur le feu » de la relance. Finalement, Obama, soutenu par des sondages qui approuvent son plan, a gagné l’adoption partielle de deux mesures d'AJA : un tiers de réduction d’impôts sur les salaires (il avait proposé 50% de réduction) et une prolongation des allocations de chômage d’environ 60% de ce qu'il avait préconisé.

Mais le Congrès n'a pas approuvé une réduction de 50% des charges sociales patronales - une réduction de la taxe professionnelle que de nombreux Républicains ont encouragé par le passé et très bien placée sur le plan de l'efficacité budgétaire. Le Congrès n’a pas approuvé non plus les 30 milliards de dollars de subventions fédérales aux Etats pour leur permettre d'employer environ 135 000 enseignants, policiers et pompiers, malgré le fort soutien des électeurs. Ces subventions entre 2009 et 2011, totalisant 130 milliards de dollars, ont aidé les Etats à maintenir des services vitaux et à retenir les employés du secteur public qui les dispensaient.

Romney s’oppose à ce supplément d’argent fédéral pour les Etats, en prétendant que « c’est le moment de réduire le rôle de l’Etat et d’aider les Américains ». Mais les enseignants, les pompiers et les policiers sont des Américains qui viennent en aide à d'autres Américains. L'emploi public baisse à un rythme le plus rapide depuis les années 1940 et il se situe maintenant à son niveau de 2006. Si l'emploi public avait augmenté au cours des trois dernières années à peu près au même rythme que la population, comme pendant la présidence de George W. Bush, le taux de chômage se situerait autour de 7% plutôt que 8,2%, en raison de près de 800 000 emplois supplémentaires.

De même, le Congrès n'a pas approuvé la demande d'Obama de 90 milliards de dollars en dépenses d'infrastructure supplémentaires, ce qui aurait pris en charge environ 400 000 emplois, malgré le fait que les États-Unis ont au moins 1,1 milliard de dollars de besoins en infrastructure sans plan de financement. En outre, les investissements en infrastructure, non seulement créent des emplois à court terme, mais favorisent également la compétitivité à long terme.

Au total, le Congrès a laissé au moins un million d'emplois sur la table des négociations, en prenant en otage les chômeurs à l'issue de l'élection de novembre.

Pendant ce temps, en réponse à une pression médiatique persistante, Romney a dévoilé sa politique visant à stimuler la création d'emplois à court terme. Elle n’est pas convaincante. Romney dit qu'il veut faire en sorte que les États-Unis embauchent davantage dans le secteur de l'énergie. Mais alors que l'industrie du pétrole et du gaz s'est développée sensiblement depuis 2007, elle emploie moins de 200 000 personnes, ce qui implique un effet négligeable même si l'emploi dans ce secteur a doublé à court terme.

Et alors que Romney dit qu'il allait ouvrir de nouveaux marchés étrangers, Obama vient précisément de le faire, en remportant l’adoption de trois grands accords commerciaux et en augmentant le soutien fédéral en faveur des exportations américaines, qui ont augmenté près de deux fois plus vite que pendant la relance après la récession de 2001. En outre, la promesse de Romney de faire payer la Chine (le troisième marché d’exportation pour les Etats-Unis) en manipulation de devises, et d'imposer de fortes taxes sur les importations chinoises, provoquerait presque à coup sûr des représailles. Cela causerait une baisse des exportations des États-Unis ainsi qu'une baisse de l'emploi.

Romney veut aussi abroger « Obamacare » - la législation de réforme des soins de santé de 2012 - parce qu'elle « empêche l’embauche dans les petites entreprises ». Mais cette affirmation ne s'appuie sur rien de solide. Un récent sondage a révélé que les plus petites entreprises soutenaient la réforme. La plupart des entreprises, grandes et petites, mentionnent une demande insuffisante comme la principale raison pour laquelle elles n'embauchent pas.

Il en va de même à propos de la promesse de Romney, selon ses dires, d’adopter des réductions immédiates sur les dépenses discrétionnaires fédérales d'encore 5% pour stimuler la croissance de l'emploi. Quand une économie souffre d'un chômage élevé et d’une faible demande globale, les réductions des dépenses provoquent une contraction. Romney l’a admis récemment, en reconnaissant que la « falaise fiscale » - l'expiration des réductions d'impôts de l'ère Bush à la fin de cette année, combinée à des réductions de dépenses importantes déjà programmées - pousserait l'économie vers la récession.

Enfin, en plus d'étendre les réductions d'impôts de Bush, Romney promet une réduction linéaire de 20% sur le taux marginal d'imposition sur le revenu personnel et une réduction significative du taux des entreprises, afin d'encourager les entreprises à embaucher davantage. Cependant, malgré d’importantes réductions du taux marginal d'imposition sur le revenu au début de l'administration Bush, la croissance de l'emploi entre 2000 et 2007 était à la moitié du taux des trois décennies précédentes.

Même si les nouvelles réductions d'impôts de Romney devaient renforcer l'investissement et la croissance à long terme (une proposition discutable qui dépend de la façon dont ils sont financés), leur effet à court terme sur la création d'emplois serait minime et elles nécessiteraient une perte significative des recettes. En effet, ces réductions engendrent de mauvais résultats sur la mesure d'efficacité budgétaire du CBO.

Les propositions d'Obama pour amplifier la création d'emplois sont convaincantes, tandis que les propositions de Romney n’auraient peu ou pas d'effet - et pourraient même aggraver certains problèmes. Les électeurs doivent être informés de la différence. 

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier.

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  1. CommentedAlexander Guerrero

    I wonder how can we be a little more consistent on this "The United States has just completed its third year of economic recovery, but the unemployment rate remains above 8%........". How can USA's economy or any other industrialized economy could be recovering with such high unemployment ?. We all know that numbers like those can be found in far less developed economies, particularly commodity producers countries where high rates of economic growth can in the long term survive with high unemployment rates.

  2. CommentedEdward Ponderer

    Point well stated Ms. Jones.

    In a movie version about the Manhattan Project, FDR uncertain what course to take asked to speak with Eleanor for a moment. He asked, "If Hitler had a bomb powerful enough to destroy all of London, what would he do." Without a moment's hesitation came the answer, "He'd use it."

    This may well have been mere dramatization -- but most certainly the sentiment was real. And in the present political climate, with the heat rising from Radical Islam per the Muslim Brotherhood, the situation is more real.

    [Per Egypt, one might ask -- would they kill an entire nation of many million if angry at a few independent citizens? Think what attacking an embassy and burning a flag represent, and the recent intelligence services warnings about attacks (presumably random) that might happen in the U.S.]

    If we are lucky, Iran would only use the treat of nuclear weapons to shield it from the US and the rest of the world to take aggressive actions with its army. But like with Egypt, it may not take much to light the fuse of a very big fire cracker. This is not a fourth of July that America would want to see.

    I was till recently, unemployed myself for 2 1/2 years. With all due respect to all the fraction of struggling former middle class bread winners that Mr. Obama has put back to part time minimum wage work at McDonald's, I was hoping that his foreign policy might have been better than his economic saavy. But its not being so is more frightening, because in a world with a nuclear Iran, things in all ways -- including economically -- could be so much worse.

    We need a world in which we all take mutual responsibility for each other -- it is our only chance out of the present morass of Humanity. But in the world of a nuclear Iran and growing Middle Eastern radicalism that Mr. Obama is leading us to, we'll have lost it.

  3. CommentedBrenda Jones

    Please, with all due respect, forget all this. The main question that should be addressed is the difference between each candidate's stand on Israel. Why? Because, with Iran's movement towards nuclear weapons capability and its determination to eradicate Israel, with the Syrian uprising, the rise of Islamic extremists in Turkey and Egypt, and with terrorists groups stockpiling more missiles, tensions in the Middle East are escalating to break point.

    And, if break point is reached, we could easily find ourselves in a global confrontation, a third world war. This would be more than horrific for obvious reasons.

    Obama is no lover of Israel and based on his record, I would have to conclude that he intends for Israel's destruction.

    In 2010, when Turkey issued a resolution in the UN Security Council to condemn Israel and then demand an investigation of the Gaza flotilla raid, Obama refused to veto it, saying and doing nothing.

    When the President of the PLO, Mahmoud Abbas, held a celebration in February of 2011 honoring the terrorist Dalal Mughrabi for murdering 37 Israeli's, the Obama administration said nothing. There was neither protest nor criticism.

    When in September of 2011, PLO Chairman Mahmoud Abbas delivered a fiery anti-Israel speech to the UN, denying that Jews have any historic connection to Israel and when he delivered that speech on PLO letterhead showing a map of Palestine with Israel erased, there was no criticism from Obama.

    By diplomatically and politically isolating Israel, by relating to Israel in a way that encourages Israel's enemies, Obama is putting the seal to Israel's destruction and perhaps ours as well since such is a very real threat to world peace.

      CommentedEdward Ponderer

      Point well stated Ms. Jones.

      In a movie version about the Manhattan Project, FDR uncertain what course to take asked to speak with Eleanor for a moment. He asked, "If Hitler had a bomb powerful enough to destroy all of London, what would he do." Without a moment's hesitation came the answer, "He'd use it."

      This may well have been mere dramatization -- but most certainly the sentiment was real. And in the present political climate, with the heat rising from Radical Islam per the Muslim Brotherhood, the situation is more real.

      [Per Egypt, one might ask -- would they kill an entire nation of many million if angry at a few independent citizens? Think what attacking an embassy and burning a flag represent, and the recent intelligence services warnings about attacks (presumably random) that might happen in the U.S.]

      If we are lucky, Iran would only use the treat of nuclear weapons to shield it from the US and the rest of the world to take aggressive actions with its army. But like with Egypt, it may not take much to light the fuse of a very big fire cracker. This is not a fourth of July that America would want to see.

      I was till recently, unemployed myself for 2 1/2 years. With all due respect to all the fraction of struggling former middle class bread winners that Mr. Obama has put back to part time minimum wage work at McDonald's, I was hoping that his foreign policy might have been better than his economic saavy. But its not being so is more frightening, because in a world with a nuclear Iran, things in all ways -- including economically -- could be so much worse.

      We need a world in which we all take mutual responsibility for each other -- it is our only chance out of the present morass of Humanity. But in the world of a nuclear Iran and growing Middle Eastern radicalism that Mr. Obama is leading us to, we'll have lost it.

  4. CommentedMichael Smith

    Her debate with Sir James Goldsmith on Charlie Rose which can be seen in entirety here http://video.google.com/videoplay?docid=5064665078176641728&hl=en# is all you ever need to know on the amazing benefits of global outsourcing and the wonderful brave new world we now find ourselves in now. If Sir James Goldsmith were alive to today to see his bold and sad predictions manifest to where we are at now. All you need to is watch and see the stark difference between a seasoned, vastly experienced business professional give stark predictions of our brave new world and an ivory tower Keynesian who is completely out of her league in he Socratic school of Debate.

  5. CommentedKen Fedio

    As one of the proponents of NAFTA who garnered the most attention I fail to see how anyone would take Tyson's commentary of job creation with any creedence. She was part of the cabal of economists who, during the Clinton years, opened the chicken coop to the nocturnals of Wall Street. Two decades of Globalization later, look around you. Worked out well for Mexicans and their clients like VW, though. Oh, and Canada too. Thanks Laura. Glad I don't share your citizenship.

  6. CommentedMelanie holzman

    One of the first initiatives by the Obama administration to create jobs AND promote a green policy was to buy functioning old cars and make them not functional. Every "poor" person I met was extremely distraught because the price of a car they could afford -- a used car -- doubled. That did not create jobs; it bankrolled dealers and salespeople.
    Next, the Solyndra bankruptcy. There was also another solar failure and, instead, of hiring American companies, Obama outsourced to Spain.
    No thanks on the job creation.
    No thanks to more police. It's the poor who end up in jail. California is going bankrupt because the cost per inmate is approximately 55K. The US has more people in prison by percentage than any other country in the world.
    No thanks to more teachers. They have turned into nannies rather than educators.
    No thanks to socialized healthcare. Deregulate. Push people to take better care of their own health.
    Absolutely, no thanks to more government. Cut it in half, please, as soon as possible.

      CommentedKen Fedio

      The real problem is failed economic policies foisted upon middle America by failed economists. The Age of the Economists turned middle America into a post-industrialist shell that is just now recovering from the carpet-bombing of off-shored industrialism led by the domestic forces of Globalization.

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