Tuesday, October 21, 2014
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La corde raide d’Obama

CAMBRIDGE – Selon un responsable du Département d’état américain, le concept de « smart power » [puissance intelligente] - l’intelligente intégration et le relationnel en matière de diplomatie, de défense, de développement et d’autres instruments de puissance dite « dure » et de puissance dite « douce » - est au cour de la vision de la politique étrangère de l’administration Obama. Actuellement, cependant, cette stratégie de puissance intelligente se trouve confrontée aux difficiles défis nés des événements au Moyen-Orient.

Si Obama devait ne pas soutenir les gouvernements en Égypte, au Bahreïn, en Arabie Saoudite ou au Yémen, il pourrait pénaliser plusieurs objectifs importants de politique étrangère comme la paix au Moyen-Orient, une base navale dans le golfe Persique, la stabilité des marchés pétroliers ou la coopération contre les terroristes d’al-Qaida. Par contre, s’il soutient simplement de tels gouvernements, il éveillera l’hostilité de ces sociétés civiles qui s’appuient désormais sur les nouveaux moyens d’information, entravant ainsi la stabilité à long terme. 

Trouver l’équilibre entre les relations de puissance dure avec les gouvernements et un soutien de puissance douce à la diplomatie est comme marcher sur une corde raide. L’administration Obama a vacillé dans cet exercice d’équilibriste mais n’est jusqu’à présent pas tombé.

Parce que l’administration Obama a utilisé le terme de « puissance intelligente », certains pensent que cela ne concerne que les États-Unis tandis que les détracteurs regrettent que ce ne soit qu’un simple slogan, comme le fut celui de « l’amour vache », utilisé pour enjoliver la politique étrangère américaine. Mais la puissance intelligente ne se limite certainement pas aux Etats-Unis. Associer puissance douce et puissance dure est une tache difficile pour de nombreux états – mais n’en est pas moins nécessaire pour cela.

Certains petits états se sont d’ailleurs avérés fortement adeptes des stratégies de puissance intelligente. Singapour a investi suffisamment dans sa défense militaire pour se rendre aussi indigeste qu’une « crevette empoisonnée » aux yeux des voisins qu’elle désire dissuader. Dans le même temps, elle a combiné cette approche de puissance dure avec des actions séduisantes de puissance douce au sein de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) tout en déployant des efforts pour utiliser les universités comme des centres régionaux d’activités non gouvernementales.

De même, la Suisse à longtemps utilisé son service militaire obligatoire et sa géographie montagneuse comme outils dissuasifs de puissance dure, tout en se rendant attrayante aux yeux des autres par l’intermédiaire de ses réseaux bancaires, commerciaux et culturels. Le Qatar, une petite péninsule au large des côtes de l’Arabie Saoudite, a autorisé l’accès à son territoire à l’armée américaine pour y installer son quartier général lors de l’invasion de l’Irak, tout en sponsorisant dans le même temps Al Jazeera, la chaine de télévision la plus populaire de la région, pourtant extrêmement critique des décisions américaines. La Norvège a rejoint l’OTAN pour la défense, mais a développé des politiques tournées vers l’avenir dans l’assistance au développement outre mer et la médiation pour la paix pour accroître sa puissance douce.

Historiquement, les états en pleine ascension ont utilisé des stratégies de puissance intelligente avec de bons résultats. Au dix-neuvième siècle, la Prusse de Bismarck avait employé une stratégie militaire agressive pour vaincre le Danemark, l’Autriche et la France dans trois guerres qui ont conduit à l’unification de l’Allemagne. Mais une fois cet objectif accompli, Bismarck a concentré la diplomatie allemande sur la création d’alliances avec ses voisins et fait de Berlin le cour de la diplomatie européenne et de la résolution des conflits. L’une des grandes erreurs de l’empereur Wilhelm II, deux décennies plus tard, fut de démettre Bismarck, de ne pas avoir renouvelé son « traité de réassurance » avec la Russie, et de défier l’Angleterre dans sa suprématie navale en haute mer.

Après la restauration de l’ère Meiji en 1867-1868, un Japon en pleine ascension s’est doté d’une force militaire qui lui a permis de vaincre la Russie en 1905. Mais il a aussi poursuivi une politique diplomatique de conciliation avec les États-Unis et la Grande Bretagne et a consacré de considérables ressources pour se rendre attrayant outre mer. Après l’échec de son projet impérialiste pour une Grande Prospérité en Asie de l’Est dans les années 30 (qui comprenait une composante de puissance douce de propagande anti européenne) et sa défaite dans le deuxième guerre mondiale, le Japon s’est tourné vers une stratégie qui minimisait la puissance militaire pour se reposer sur des alliances stratégiques avec les Etats-Unis. Restant dès lors concentré sur la croissance économique, le Japon est parvenu à son objectif mais n’a développé que modestement sa puissance militaire et sa puissance douce.

Dans ces premières décennies, la Chine communiste a bâti sa force militaire et utilisé simultanément la puissance douce de la doctrine révolutionnaire maoïste et de la solidarité du tiers monde pour cultiver des alliés à l’étranger. Mais, après l’essoufflement de la stratégie maoïste dans les années 70, les dirigeants chinois se sont tournés vers les mécanismes de marché pour encourager le développement économique. Deng Xiaoping avait averti ses compatriotes d’éviter les aventures extérieures, susceptibles d’entraver le développement intérieur.

En 2007, le président Hu Jintao proclamait l’importance d’investir dans la puissance douce de la Chine. Compte tenu de la puissance militaire et économique croissante du pays, ceci s’est avéré être une décision intelligente. En accompagnant la croissance de sa puissance dure par des efforts pour se rendre plus séduisante, la Chine visait à réduire les craintes de ses voisins et leur propension à contrebalancer la puissance chinoise.

En 2009, la Chine a eu raison d’être fière d’avoir réussi à émerger de la récession globale avec un taux de croissance économique élevé. De nombreux Chinois en avaient conclu par erreur que cela représentait un glissement dans l’équilibre de la puissance globale, et que les Etats-Unis étaient sur le déclin.

Mais de telles histoires peuvent mener à un conflit. En effet, un excès de confiance en elle dans l’évaluation de son pouvoir a mené la Chine vers une politique étrangère plus combative dans les derniers mois de 2009 et en 2010. La Chine a fait un mauvais calcul en déviant de la stratégie intelligente d’une puissance en pleine ascension et en violant le mot d’ordre de Deng d’avancer avec précaution et de « garder habilement un profil bas ». Après avoir essuyé les critiques internationales et détérioré leurs relations avec les Etats-Unis, le Japon, l’Inde et d’autres pays, les dirigeants Chinois ont décidé de revenir à la stratégie de puissance intelligente de Deng.

Donc, alors que l’administration Obama se débat pour mettre en place sa stratégie de puissance intelligente dans les conditions actuelles de révolutions au Moyen-Orient, il est bon de remarquer que les Etats-Unis ne sont pas les seuls à être confrontés aux difficultés de combiner avec succès puissance douce et puissance dure. La puissance intelligente est une stratégie importante pour réussir avec succès en politique mondiale, mais personne n’a jamais dit que cela allait être facile.

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