Friday, August 1, 2014
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L’étonnante résilience de la nouvelle Europe

KIEV – Il y a deux ans, cinq des dix membres orientaux de l’Union Européenne – les trois états Baltes, la Hongrie et la Roumanie – semblaient dévastés par la crise financière internationale. Conflits sociaux, dévaluations massives et manifestations populaires menaçaient.

Et puis rien. Aujourd’hui, tous ces pays récupèrent une santé financière et connaissent une croissance économique sans trop de perturbations. Aucun de ces états n’a même modifié son régime de taux de change. La Vieille Europe devait tirer les leçons du succès discret de la Nouvelle Europe.

La cause de la crise financière en Europe orientale est un classique cycle d’expansion-récession du crédit. Les pays d’Europe orientale ont attiré d’importants flux de capitaux internationaux, du à une politique monétaire globale souple et à des opportunités d’affaires accommodantes. En fin de compte, il y a eu un excès de prêts bancaires à court terme, utilisés pour financer une folie d’investissements immobiliers et de consommation, tandis que s’installait l’inflation.

De plus, les déficits de compte courant se sont accumulés pour finir par former une dette extérieure du secteur privé substantielle, tandis que les finances publiques étaient en bon ordre partout sauf en Hongrie socialiste. Cette crise de succès et de surchauffe rappelait la situation de l’Asie de l’Est en 1997-1998.

Les pays de l’Asie de l’Est, ainsi que la Russie de 1998 et l’Argentine de 2001, sont sortis de leur crise par une dévaluation. Un chour d’éminents économistes américains dont Paul Krugman, Kenneth Rogoff et Nouriel Roubini, prônait aussi une dévaluation pour la Lettonie, l’Estonie et la Lituanie. Aucun d’eux n’a opté pour cette solution et ils sont pourtant sortis de la crise.

Les pays Baltes avaient de nombreuses raisons de ne pas dévaluer. Leur objectif est d’adopter l’euro le plus rapidement possible, ce que la dévaluation aurait compliqué. Dans la mesure où leurs économies petites et ouvertes étaient déjà lourdement « euroisées », le transfert de prix étrangers plus élevés en inflation aurait été massif à la suite de n’importe quelle dévaluation, ce qui aurait aussi brisé leur système bancaire, par ailleurs relativement sain.  

Les trois gouvernements baltes ont plutôt opté pour une « dévaluation interne », en diminuant les salaires et les coûts de leur secteur public. En 2009, les trois pays ont réduit les dépenses publiques de 8 à 10 % du PIB, ce qui – incroyablement – fut plus politiquement facile que les coûts marginaux. Lorsque les coupes sont importantes, les gens prennent conscience de l’importance de la crise, et ce qui est politiquement impossible devient nécessaire. Les petites coupes sont généralement réparties de manière uniforme, mettant à mal l’ensemble des services publics, tandis que les coupes plus importantes doivent être sélectives et structurelles. Elles peuvent donc améliorer l’efficacité économique.

Tous les pays en crise réduisent leur administration publique et les salaires. La Lettonie a réduit les salaires de l’administration de 35% et le nombre d’agences publiques de moitié. Elle a aussi procédé à la fermeture de la moitié de ses hôpitaux en trop grand nombre et a mis à la porte les enseignants superflus, qui étaient de l’ordre d’un pour six élèves avant la crise.

L’Estonie, la Lituanie, la Hongrie, la Romanie et la Bulgarie ont procédé à des réformes similaires, bien que moins radicales. (La Lituanie, par exemple, a entrepris une réforme de l’enseignement supérieur pour plus d’efficacité et de qualité). Et bien que les revenus de l’état aient chuté avec la récession, forçant quelques pays à augmenter fortement la taxe sur la valeur ajoutée, aucun n’a augmenté l’impôt sur le revenu et aucun de ces sept pays qui avaient mis en place un impôt sur le revenu à taux fixe ne l’a abandonné. Ces pays ressortent donc de la crise plus productifs.

Contrairement aux attentes – et à l’expérience grecque et française – les mouvements sociaux ont été minimes. Les extrémistes, qu’ils soient de droite ou de gauche, n’en ont pas bénéficié. Lors des élections du Parlement Européen en juin 2009, les partis de centre-droit ont remporté la majorité dans l’ensemble des dix pays d’Europe orientale de l’Union, et des partis de centre-droit gouvernent neuf de ces dix pays – la Slovénie étant la seule exception.

La droite libérale n’a jamais été aussi forte en Europe orientale. Les communistes ont été éradiqués et les socialistes considérablement affaiblis. L’extrême droite est en perte de vitesse partout sauf en Hongrie.

Cette année, les partis de centre-droit responsables ont remporté trois victoires surprises – en République Tchèque, en Slovaquie et en Lettonie. Le nouveau ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a déclaré : « nous avons gagné en disant la vérité. Le populisme n’est plus populaire. »

Plus remarquable fut la victoire de Premier ministre letton, Valdis Dombrovskis, le 2 octobre. Sa coalition est passée de 45% des sièges au Parlement à 63%, bien que le PIB ait chuté l’année dernière d’une manière surprenante de 18%. Dombrovskis a accusé ses irresponsables prédécesseurs et les électeurs l’ont clairement perçu comme le plus crédible des solutionneurs de problèmes.

Trois pays de la région – la Hongrie, la Lettonie, et la Roumanie – ont nécessité des programmes d’urgence avec le Fonds Monétaire International. Le FMI a retenu les leçons de l’Asie de l’est en posant des conditions moins nombreuses et en proposant plus de financement budgétaire parce que les problèmes étaient temporaires et non structurels. L’Union Européenne a en outre accordé des financements alors que la Banque Centrale Européenne, qui aurait pu accorder des crédits swap, n’a joué aucun rôle utile.

En conséquence de la bonne résolution de crise de ces pays, les membres orientaux de l’Union Européenne paraissent mieux à la fois physiquement et structurellement que les plus anciens membres de la zone euro. Des 12 membres de la zone euro en 2001, seuls deux (la Finlande et le Luxembourg) ont des dettes publiques de moins de 60% du PIB comparable aux neuf des dix membres d’Europe orientale. Seule la Hongrie a une importante dette publique. Les Européens de l’est ont souffert d’une lourde dette du secteur privé qu’ils ont largement évité de transformer en dette publique.

Tout ceci, associé à l’amélioration des institutions de l’Union Européenne suite à la crise (tel que les régulateurs financiers), contribue à une plus grande convergence européenne. Les économies de l’Europe orientale semblent en bien meilleure santé que les pays de la zone euro, mais ils n’abandonnent pas leur projet européen. Au contraire, l’Estonie s’est qualifiée cette année pour intégrer la zone euro en janvier 2011.

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