The Asian Century
Peu d’espoir pour l’Afghanistan sans une meilleure gouvernance
Jamie F. Metzl
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NEW YORK – Les Etats-Unis et leurs alliées afghans et de l’Otan ont enregistré des progrès indéniables en Afghanistan cette année. La campagne Marja en cours, l’arrestation du mollah Abdul Ghani Baradar et de deux gouverneurs « de l’ombre » des Talibans au Pakistan, et les récentes attaques par drones visant des dirigeants du réseau Haqqani lié à al Quaïda sont autant de pas dans la bonne direction.
Mais quels que soient les autres progrès futurs, les Etats-Unis et leurs alliés ne pourront réussir en Afghanistan que si le gouvernement afghan se montre à la hauteur – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. À moins d’une évolution positive, tous les efforts ultérieurs seront vains et le niveau actuel d’engagement international en Afghanistan deviendra inacceptable.
Le président américain Barack Obama a défini ainsi les objectifs des Etats-Unis en Afghanistan : empêcher que ce pays soit un refuge sûr pour al Quaïda, briser l’élan des talibans et aider les forces de sécurité et le gouvernement du pays à « assumer la responsabilité de l’avenir de l’Afghanistan ». À cette fin, Obama a lancé une nouvelle offensive militaire de 18 mois, appuyée par d’autres pays membres de l’Otan, et qui sera suivie par le début du retrait des troupes de la coalition.
Pour atteindre ces objectifs en un laps de temps aussi court, l’Otan et ses partenaires afghans doivent surmonter trois obstacles de taille. Premièrement, les combats contre les talibans devront être bien plus efficaces, pour ouvrir un espace suffisant à la reconstruction et à d’éventuelles négociations. Deuxièmement, ils doivent convaincre le Pakistan de commencer à s’opposer activement aux talibans afghans et faire en sorte qu’ils ne disposent plus du refuge et du soutien dont ils bénéficient actuellement au Pakistan. Troisièmement, ils doivent soutenir l’émergence d’un gouvernement afghan légitime qui ne soit pas perçu comme corrompu et inefficace par les citoyens, contrairement au gouvernement actuel.
Du fait que la stratégie de l’Otan repose sur des avancées significatives dans chacun de ces domaines, même les signes actuels de progrès au plan militaire et dans l’attitude du Pakistan face aux talibans afghan ne serviront à rien si le gouvernement afghan en place ne parvient pas à établir sa légitimité. Les tentatives faites récemment par l’administration du président Hamid Karzaï pour éviter d’avoir à rendre des comptes à plusieurs niveaux est la preuve que le gouvernement afghan actuel n’en a ni l’envie, ni la capacité.
Au cours de l’année précédant les élections d’août 2009, les responsables de l’Otan ont constaté que le dégoût des citoyens afghans quant à la corruption massive de leur gouvernement constituait un terrain de recrutement extrêmement favorable pour les Talibans. À l’époque, ces responsables ont estimé que les élections donneraient un mandat clair aux dirigeants afghans pour entreprendre des réformes. Mais les irrégularités notoires de ces élections ont mis un terme à ces espoirs.
Le problème initial des élections de 2009 était d’ordre structurel. Il n’y avait aucune liste d’électeurs et il était donc quasiment impossible d’empêcher le bourrage des urnes. L’organisme chargé du scrutin, la Commission électorale indépendante, était contrôlé par des commissaires nommés par et inféodés à l’un des candidats, Hamid Karzaï.
Un autre organisme, la Commission des plaintes électorales (ECC) – un organisme de surveillance composé d’experts afghans et internationaux contrôlé par des commissaires nommés par les Nations unies – est resté crédible tout au long du processus électoral. Seule la présence de l’ECC, et en particulier de ses commissaires internationaux et l’espoir qu’il garantirait une certaine équité du scrutin, ont empêché que ces élections controversées ne se transforment en un conflit ouvert. Aussi frauduleuses qu’aient été ces élections et aussi douteux qu’ait été le résultat final, la situation aurait été bien pire sans l’ECC.
À la suite de ces élections, beaucoup ont espéré que Karzaï comprendrait la nécessité de mettre en place un gouvernement plus transparent et responsable, pour sauvegarder à la fois l’avenir de l’Afghanistan et les perspectives de maintien du soutien militaire et financier international. Lors d’un discours majeur prononcé à Londres en janvier dernier, Karzaï s’est engagé à faire des progrès dans la lutte contre la corruption et à améliorer la transparence et la responsabilité de son gouvernement. Il semble que ce soit exactement le contraire qui se produit.
Depuis son discours de Londres, Karzaï s’est activement opposé à tous les efforts d’éradication de la corruption officielle, il a essayé de faire nommer des seigneurs de la guerre dans son cabinet, a échoué à promouvoir la société civile et affaibli le processus visant à accroître la participation des femmes au Parlement. Facteur aggravant, il a publié un décret le 13 février qui lui permet de nommer l’ensemble des 5 membres de la Commission des plaintes électorales, une mesure clairement destinée à renforcer le système de parrainage et à affaiblir les perspectives des mouvements d’opposition lors d’élections futures, une autre preuve du fait que son administration n’a aucune intention de remédier au manque de transparence et de responsabilité du gouvernement.
L’Otan et la communauté internationale doivent faire tout leur possible pour encourager une meilleure gouvernance à tous les échelons en Afghanistan. Bien que le gouvernement afghan n’ait pas nécessairement besoin d’être totalement centralisé, le pays n’a aucune chance de s’en sortir si le gouvernement central échoue dans sa tâche. Pour cette raison, à moins que le gouvernement Karzaï change de direction, il n’y a plus aucune justification à ce que les pays membres de l’Otan risquent la vie de leurs soldats et engagent des ressources importantes dans la guerre en Afghanistan si la poursuite des progrès actuels et des objectifs de l’Otan est rendue impossible par la corruption et le manque de légitimité du gouvernement afghan.
Karzaï est libre de diriger le pays à sa guise, mais les Etats-Unis et leurs alliés ne peuvent et de doivent pas maintenir leur niveau actuel d’engagement à moins que son gouvernement démontre qu’il peut être un partenaire viable. Il lui reste dix-huit mois pour en faire la preuve.
Jamie F. Metzl, qui a fait partie du Conseil national de sécurité de l’administration Clinton, est vice-président de l’Asia Society et a suivi les élections de 2009 en Afghanistan en qualité d’observateur.
Copyright: Project Syndicate, 2010.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Julia Gallin
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