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Les Afghans doivent lutter contre la corruption dans leur pays

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2009-08-28

NEW-YORK – Même si son résultat reste incertain, l'élection présidentielle qui vient d'avoir lieu en Afghanistan montre que le peuple afghan aspire à ce que ses dirigeants soient davantage responsables devant lui. Mais de ce point de vue la situation n'est guère satisfaisante et le manque de gouvernance du pays constitue une base fragile, et de ce fait dangereuse, pour une intervention internationale.

Les USA et leurs alliés ne peuvent réussir en Afghanistan que si le gouvernement afghan lui-même réussit. Malgré l'appel judicieux du Congrès à établir calendrier comportant des étapes intermédiaires pour évaluer les progrès américains en Afghanistan, trop peu de gens exigent du gouvernement Afghanistan qu'il dise clairement comment il va s'y prendre pour améliorer sa gouvernance et rendre davantage compte de ses actes. En attendant, les institutions officielles afghanes vont continuer à perdre leur crédibilité. Tant que l'aide internationale n'est pas conditionnée par les progrès que les Afghans pourront réaliser dans cette direction, il n'y aura pas de véritable succès en Afghanistan - que ce soit au niveau de l'aide ou de la présence des troupes internationales.

Aujourd'hui, une grande partie de l'Etat afghan s'écroule de l'intérieur, c'est la corruption systématique tous les niveaux. Beaucoup de hauts fonctionnaires, dont des membres de la propre famille du président Karzaï, seraient impliqués dans le trafic de drogue, de bois, de pierres précieuses et d'autres produits. Le pardon de Karzaï à des trafiquants de drogue en lien indirect avec sa campagne électorale pose des questions fondamentales quant à l'engagement de son gouvernement en faveur d'un état de droit.

Les Afghans ne sont pas les seuls à blâmer pour cette situation. Après l'intervention de 2001, les USA et la communauté internationale ont porté trop peu d'attention à la création d'une bonne structure de gouvernance. Raisonnant seulement à court terme, on n'a pas fait grand chose pour se débarrasser des gouverneurs et des policiers corrompus ou pour lutter contre l'implication de hauts fonctionnaires dans le trafic de drogue.

Quelles qu'en soient les causes, la corruption de l'appareil d'Etat crée une situation telle que beaucoup d'Afghans craignent presque autant la rapacité du gouvernement que ce qu'ils détestent les talibans. Ces derniers peuvent prétendre avec quelque crédibilité assurer la sécurité et appliquer une justice rapide dans les zones qu'ils contrôlent - à un prix très élevé il est vrai.

Toutes choses restant égales, les Afghans préféreraient n'importe quel régime autre que les talibans pour assurer la sécurité. L'état de droit et la démocratie seraient sans doute une bonne alternative à ce que proposent les talibans, mais le gouvernement ne peut prétendre assurer ni l'un un ni l'autre, pas davantage qu'il ne parvient à assurer les services de base de manière régulière. La communauté internationale continuant à financer le gouvernement, beaucoup d'Afghans pensent que les donateurs encouragent la corruption endémique qui règne.

Du fait de la réticence croissante de l'opinion publique à l'égard de l'Afghanistan aux USA et ailleurs, et de la dépendance presque totale du pays à l'égard de la générosité internationale, il est tentant de suivre la voie habituelle : la communauté internationale fixe des objectifs et voit ensuite avec les dirigeants afghans comment les atteindre. Un tel processus ne réussira pas. On ne pourra lutter efficacement contre la corruption que si le gouvernement afghan lui-même en assume la responsabilité première.

Le meilleur moyen d'aider le gouvernement afghan à être responsable de ses actes devant la population consiste à établir véritablement la démocratie en Afghanistan, mais on en est loin, alors que le pays a désespérément besoin dès maintenant d'une meilleure gouvernance.

Pour renforcer l'équilibre des pouvoirs à court terme, la communauté internationale doit demander au prochain gouvernement afghan de décider de ses propres objectifs en matière de bonne gouvernance et de fixer des étapes intermédiaires permettant d'évaluer les progrès. Si la communauté internationale estime que ces objectifs sont justes, elle devra maintenir son aide tant que le gouvernement progresse conformément au calendrier établi. Si ce n'est pas le cas, elle devra réduire son aide pour ne pas entretenir la corruption. 

L'Afghanistan est un pays souverain et son gouvernement peut faire comme il l'entend. Mais la communauté internationale n'est pas tenue de financer un gouvernement corrompu. Seules des réformes initiées de l'intérieur peuvent réussir, mais il n'y en aura pas si les responsables afghans tiennent l'aide internationale pour acquise et s'ils ne se considèrent pas comme des agents directement responsables d'un processus de réformes.

Si l'on ne s'y attaque pas efficacement, la corruption de l'Etat va miner irrémédiablement l'Afghanistan, menacer la prolongation de l'aide internationale et rendre impossible tout succès. Le temps est venu pour le gouvernement afghan de prendre l'initiative dans la lutte contre la corruption, et pour la communauté internationale d'indiquer clairement que sans cela elle ne signera plus aucun chèque en blanc.

Jamie Metzl est vice-président exécutif de l'Asian Society et directeur de projet de son détachement spécial dans la région Afghanistan-Pakistan. Christine Fair enseigne à l'université Georgetown à Washington. Tous deux ont été observateurs lors des élections en Afghanistan.

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AUTHOR INFO

Jamie F. Metzl, Executive Vice President of the Asia Society, served on President Bill Clinton's National Security Council.
Christine Fair teaches at Georgetown University. Both served as observers during the Afghan elections.