Saturday, August 23, 2014
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Rigueur budgétaire et qualité de l’enseignement

ANKARA – Le monde se dirige vers une ère postindustrielle dans laquelle la fabrication se complexifie et la concurrence s’internationalise de plus en plus. Pour réussir, les pays doivent sans cesse augmenter le niveau de compétences et de connaissances de sa main-d’œuvre. Réussir à relever le niveau de compétence que confère une éducation secondaire est devenue une priorité urgente pour les pays en développement comme pour ceux qui sont déjà développés.

Dans mon cas, les questions d’éducation ne sont pas d’intérêt purement théorique. Je suis né dans une famille de neuf enfants. Mes parents étaient analphabètes et certaines de mes sœurs n’ont été qu’à l’école primaire. Par contre, la génération suivante de ma famille, chez mes nièces et neveux ils ont au moins un diplôme au secondaire et la plupart ont étudié à l’université.

L’amélioration du système d’éducation d’un pays de 16 millions d’étudiants primaires et secondaires, plus que la population combinée de 20 États membres de l’Union européenne pose des problèmes importants sur le plan budgétaire. La première étape est donc de créer de solides assises macro-économiques pour asseoir les progrès en ce domaine.

Pendant de nombreuses années, la dette publique élevée et la mauvaise gestion macro-économique ont forcé la Turquie à payer une prime énorme sur le taux d’intérêt des marchés financiers internationaux, les sommes qui auraient pu autrement être investies en éducation. Or, depuis son entrée au pouvoir en 2003, le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a réduit le déficit budgétaire en proportion du PNB de presque 10 points de pourcentage, de 10,8 % en 2002 à 1 % en 2013. Elle a également fait passer le ratio dette publique/PNB de 74 % en 2002 à 36,3 % en 2013. Les paiements d’intérêt de l’État par rapport aux recettes fiscales sont passés de 85,7 % à 15,3 % pour cette même période.

Ces redressements budgétaires ont libéré des fonds importants pour l’investissement dans le secteur de l’enseignement, sans ajouter à la dette publique. De 2002 à 2014, la Turquie a doublé la part du budget de l’éducation dans le budget total à 18 % sans compromettre la position budgétaire du pays. Depuis 2003, cet argent supplémentaire a permis à l’état d’embaucher plus de 410 000 enseignants en plus, d’ajouter 205 000 salles de classe et de distribuer 1,8 milliard de manuels gratuits.

Mais pour entrer en lice avec les puissances économiques mondiales, comme la Chine, nous avons également besoin d’améliorer la qualité générale de notre capital humain. Pour l’année scolaire 2002-2003 à 2012-2013, le taux brut de scolarité (qui englobe les étudiants dont l’âge chevauche l’âge officiel) a grimpé de 96,5 % à 107,6 % pour l’enseignement primaire; de 80,8 % à 96,8 % en enseignement secondaire et de 35,8 % à 92,1 % pour les études supérieures.

Les ratios enseignants/élèves ont également chuté. Pour l’année scolaire 2002 -2003, il y avait 28 étudiants par enseignant au primaire et 18 au secondaire; en 2012-2013, ces ratios avaient chuté à 20 et 16 respectivement. Et en 2012, la Turquie a relevé à 12 années le nombre minimal d’années d’études obligatoires. Cette réforme est très importante, car les études moyennes des gens de plus de 25 ans ne durent que 6,5 années en Turquie, par rapport à une moyenne de plus de 11 ans dans les pays de l’OCDE.

Le gouvernement a également amélioré les perspectives de l’éducation. Dans le cadre du projet FATIH pour aider les étudiants défavorisés, la Turquie a affecté 1,4 milliard de lires (665 millions de $) en 2014 pour doter ses écoles d’accès Internet haut débit et de technologies modernes de l’information. D’autres initiatives, comme « Baba Beni Okula Gönder » (Papa s’il vous plaît envoie-moi à l’école) et « Haydi Kızlar Okula » (Allons à l’école les filles), à inverser les rapports des sexes de 91,1 filles pour 100 garçons en 2002, de 101,8 filles pour 100 garçons en 2012. Ceci devrait améliorer le taux de participation des femmes à la population active en Turquie, qui est autour de 30 % en moyenne, mais de 72 % pour celles qui détiennent un diplôme universitaire.

Vu l’étendue géographique de la Turquie (le double de la superficie de l’Allemagne, mais avec une population de même taille), il n’est pas si facile d’assurer une éducation de qualité à tous les élèves, où qu’ils habitent et quel que soit le milieu socio-économique.

Or l’une des réussites les plus remarquables de la Turquie depuis 2003 est qu’elle est parvenue à briser le lien intolérable entre le milieu dans lequel un enfant vit et ses chances de réussite scolaire.

On sait qu’en 2003, les tests de niveau scolaire de 28 % des étudiants pouvaient être expliqués par le milieu socio-économique, en d’autres termes, plus pauvre est la famille de l’élève, plus faibles sont ses notes PISA. Ceci correspondait à la moyenne de l’OCDE. Mais le rapport 2012 de l’OCDE a montré que seulement 15 % des moins bons résultats scolaires des étudiants turcs étaient attribuables à leur milieu socio-économique, un résultat supérieur à la moyenne de l’OCDE.

La Turquie a rejoint les pays de l’OCDE sur le plan de la qualité de l’enseignement. En 2006, les étudiants turcs pour les examens de science obtenaient 76 points de moins que la moyenne de l’OCDE et 74 points de moins en mathématiques. Dès 2012, l’écart s’était rétréci à 38 points en sciences et à 46 points en mathématiques.

Vu ces réalisations, ce n’est peut-être pas une coïncidence que le taux de chômage chez les jeunes en Turquie soit lui aussi à la baisse, de 25,3 % en 2009 à 17,3 % en janvier 2014, en dessous de la moyenne de l’Union européenne de 22,8 %. Il en ressort que l’amélioration de la qualité de l’éducation va de pair avec la stimulation de la croissance économique.

Évidemment, d’autres besoins doivent être comblés pour réaliser le potentiel de développement du capital humain de la Turquie. Mais la dernière décennie des réformes de l’éducation et leurs effets économiques bénéfiques ont démontré que les assises sont bien établies pour une croissance rapide, durable et inclusive.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

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