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Trois cent ans après que le premier Parlement écossais ait voté en 1707 sa propre abolition, le Parti national écossais (SNP) a gagné plusieurs sièges supplémentaires au Parlement écossais dans le cadre de la dévolution [semi-autonomie accordée en 1999], l'une des grandes réformes de Tony Blair. Un gouvernement mené par le SNP est-il annonciateur d'une scission au sein du Royaume-Uni ? Plus largement, le nationalisme, produit de la politique du 19° siècle, a-t-il encore un rôle à jouer en Europe ?
La réponse à la première question est presque certainement Non. Les nationalistes n'ont réuni que 31,9% des voix, contre 59,6% pour les partis favorables à l'union. Ce qui montre que la représentation proportionnelle peut donner d'étranges résultats.
En 1957, l'idée de "bâtir les fondations d'une Union sans cesse plus étroite des peuples d'Europe" est née de la volonté de rejeter dans le passé la guerre entre les nations européennes et de leur fournir un gage de stabilité intérieure. Pendant 50 ans, les deux grandes entités qui se faisaient face dans le cadre de la Guerre froide sont parvenues à étouffer les tendances nationalistes en leur sein. Avec la fin de la Guerre froide, le nationalisme - que se soit sous la forme de la création d'un Etat à la manière de Bismarck ou d'une rupture pour des motifs ethniques - a resurgit.
Aujourd'hui, quand on parle de nationalisme, de sinistres images d'une autre époque viennent à l'esprit. Pourtant le nationalisme n'est pas toujours violent : il ne dégénère en conflit que là où il couvait déjà. L'éclatement de l'Union soviétique et de son empire montre que dans ce genre de situation, il ne faut pas contraindre des gens qui ne le veulent pas à vivre dans un même pays. Il faut reconnaître que dans certains endroits, le divorce est inévitable et veiller à ce qu'il se fasse à l'amiable. Le monde n'aurait pas pu empêcher la spirale de violence dans laquelle a sombré la Yougoslavie, mais s'il avait poussé plus tôt à une rupture négociée, la guerre civile n'aurait pas été aussi cruelle.
Certains pensent que l'accession au pouvoir par le SNP en Ecosse annonce la renaissance d'une nation, tandis que d'autres, au moins aussi nombreux, estiment qu'il s'agit d'une pure rhétorique qui ignore les fantastiques avancées réalisées en terme de qualité de vie, de niveau de vie et de possibilités de réussite. Si c'est la renaissance d'une nation, elle se fait de manière complètement inhabituelle. A l'exception de quelques individus un peu perdus, il n'y a pas d'armée clandestine, de terroristes séparatistes, de campagne de désobéissance civile visant à déstabiliser le gouvernement, ni même de manifestations de masse.
La création d'un Parlement écossais investit d'un réel pouvoir sur décision du Parlement britannique à Westminster est peut-être la première révolution moderne menée non par des cellules de radicaux barbus, mais par des commissions d'avocats, d'hommes d'église et de comptables. Et elle s'est faite sans un coup de feu.
Il n'est donc pas surprenant qu'elle n'ait pas abouti à la création d'un véritable Etat en Ecosse, contrairement à ce qui s'est passé avec la partition de la Tchécoslovaquie il y a 14 ans. Le Parlement à Westminster - qui comporte des députés élus par les Ecossais - décide toujours de la défense, de la politique étrangère, de la politique économique et fiscale et de la sécurité sociale. Néanmoins, le Parlement écossais statue en ce qui concerne la santé, l'éducation, le gouvernement local, le logement, la justice civile et pénale et le développement économique. Il peut aussi modifier le taux de base de l'impôt sur le revenu, mais seulement de plus ou moins 3%, et lever des taxes du type péage routier.
Cette semi-indépendance traduit en partie l'absence de fondement linguistique au nationalisme écossais, contrairement au nationalisme québécois au Canada ou flamand en Belgique. Seuls 80 000 Ecossais sur 5,1 millions parlent le gaélique. De même, la religion ne joue pas un rôle sensible. Si dans le passé, craignant qu'elle n'aboutisse à une hégémonie protestante, les catholiques romains n'étaient pas favorables à l'indépendance, aujourd'hui catholiques et protestants sont aussi nombreux les uns que les autres à soutenir les institutions écossaises.
Par ailleurs, contrairement au nationalisme d'Europe de l'Est ou à celui des Balkans, le nationalisme de type écossais ne s'enracine pas dans un problème d'ethnie ou de religion. Dans l'Ecosse d'aujourd'hui, on ne retrouve aucune des causes à l'origine de la rébellion irlandaise qui a aboutit à l'indépendance de l'Irlande en 1922, la dernière grande rupture au sein de l'union politiques des Iles britanniques. Les nationalistes écossais lorgnent avec envie du coté de l'Irlande, mais c'est seulement pour sa croissance économique phénoménale toute récente. Pour la plupart des Ecossais, l'expérience irlandaise n'est pas un modèle attirant, peut-être parce qu'elle est associée au terrorisme. Ils savent aussi que l'aide massive dont l'Irlande a bénéficié de la part de l’Union européenne appartient au passé.
Le nationalisme écossais repose sur le fort attachement aux institutions écossaises. De ce point de vue, l'Ecosse diffère du Pays de Galles, contraint de s'unir à l'Angleterre plus de quatre siècles avant que les Ecossais ne signent volontairement l'Acte d'Union en 1707. Sauf celles qui ont trait à la langue galloise, les institutions du Pays de Galles n'ont rien de très spécifique. Par contre, le paysage institutionnel écossais - avec ses écoles et ses universités qui ont leurs propres programmes et leurs propres examens, son système judiciaire, une Eglise indépendante de l'Etat et un système de gouvernement local particulier - a été maintenu dans le cadre de l'Union.
Le Parlement écossais cherche aujourd'hui à apaiser le mécontentement des Ecossais en revitalisant ces institutions. Mais il propulse également la politique britannique dans une voie inhabituelle encore inexplorée. Westminster n'a plus son mot à dire au nord de la frontière, en tout cas en ce qui concerne l'éducation et la santé. Il est donc plus difficile aux Ecossais de rejeter la responsabilité de leurs problèmes sur un lointain gouvernement de Londres, même si le SNP essaye maintenant d'en faire tout un art.
Aussi, la dévolution, loin d'être la prémisse d'une rupture avec la Grande-Bretagne, donne un coup de fouet à la vie nationale hors de Londres. Edimbourg traverse un boom économique et le regain de confiance est éclatant.
Une Ecosse nouvelle se lève, de même qu'une nouvelle Grande-Bretagne. C'est la leçon de l'Ecosse à l'Europe. La culture britannique extrêmement centralisée connaît un changement irréversible. Elle fait place à une politique plus ouverte dans laquelle les différentes identités régionales et nationales sont encouragées à s'exprimer. En coopérant avec le reste du Royaume-Uni, plutôt que de l'affronter, l'Ecosse donne un sens nouveau à l'idée d'une "Union sans cesse plus étroite".
Tom McCabe est ancien ministre écossais des Finances.
Copyright: Project Syndicate, 2007.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz