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The Frontiers of Growth

Il y a une alternative à la garantie des dépôts

Antoine Martin

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2002-07-31

Au même titre que la crise asiatique de 1997, la panique financière qui s'est emparée de l'Argentine et la ruée sur les banques qu'elle a provoquée ont amené nombre de pays à envisager de garantir les dépôts pour protéger l'épargne. Mais la garantie des dépôts est-elle la meilleure politique à adopter pour éviter la panique bancaire ?

La garantie des dépôts a été une réponse aux crises qui ont touché le système bancaire américain jusque dans les années 1930. La première mise en oeuvre véritable d'un fond de garantie a eu lieu aux USA après la Grande dépression. Au début tout le monde a cru au succès, la panique a disparu, ce qui a permis la stabilisation du système financier et stimulé la croissance durant l'après-guerre.

La garantie des dépôts a mis fin aux paniques financières parce que la ruée sur les banques tient de la prédiction auto-réalisatrice. Elle se produit quand les clients d'une banque pensent que les autres clients vont retirer leurs fonds. Comme les banques fonctionnent suivant le principe du premier venu, premier servi, les derniers à se décider risquent de se retrouver ruinés, la banque pouvant être obligée de vendre à perte ses actifs immobilisés et se retrouver à court d'argent. Ainsi, la simple crainte de la panique suffit à la susciter. Si ce mécanisme est rationnel au niveau individuel, il est profondément contre-productif : si les déposants avaient été collectivement moins pressés, la banque aurait pu continuer à leur fournir ses services.

Ce type de situation est appelé échec de coordination par les économistes, car si les déposants se concertaient pour coordonner leur action, ils éviteraient sans doute de se ruer vers les banques pour retirer leur argent, ce comportement collectif finissant par se retourner contre eux. Un fond de garantie des dépôts supprime ce risque, car pour un client donné, les retraits effectués par les autres déposants sont sans impact.

Mais un système de garantie des dépôts crée aussi des problèmes. On l'a vu pour la première fois dans les années 1980 aux USA, lors de la crise des caisses d'épargne. Le dépôt de garantie crée ce que l'on appelle le "risque subjectif". Les personnes qui sont assurées contre tel ou tel événement tendent à prendre moins de précaution. Si mon vélo est assuré contre le vol, je vais peut-être acheter un antivol moins cher, ce qui va augmenter le risque de vol. Si les dépôts bancaires sont garantis, les clients étant assurés de conserver leur épargne, ils sont moins enclins à s'informer sur la situation de leur banque. De ce fait, la banque est incitée à prendre des risques financiers.

Le risque subjectif a sans doute été l'un des éléments majeurs à l'origine de la crise des caisses d'épargne aux USA. Suite à cette crise, le système de garantie des dépôts a été réformé en tenant compte de ce facteur. Mais cette réforme a-t-elle été suffisante ? On peut améliorer le système existant, mais ne peut-on pas faire autrement et mieux ?

Remontons jusqu'en 1873. Cette année-là, Walter Bagehot soulignait dans un ouvrage devenu un classique, Lombard Street, que les banques centrales pouvaient empêcher les paniques financières en injectant suffisamment de liquidités dans l'économie. J'ai fait une étude comparative des mesures du type de celles préconisées par Bagehot et du système de garantie des dépôts. J'en ai conclu que la politique visant à assurer qu'il y a suffisamment de liquidité permet non seulement d'éviter la ruée sur les banques, mais aussi d'éviter la prise de risque excessive encouragée par la garantie des dépôts.

En cas de panique, une bonne politique consiste à soutenir les banques dont les actifs sont suffisants pour couvrir les dépôts, mais qui ne peuvent rembourser tous leurs déposants au même moment, certains de ces actifs étant engagés dans l'immobilier ou dans des investissements à long terme. Ces banques sont à court de liquidités, mais elles ne sont pas insolvables. La Banque centrale peut les aider avec ses moyens d'intervention habituels. Dans le cadre d'un accord de rachat, les autorités monétaires peuvent par exemple acheter des actifs à une banque en manque de liquidités, celle-ci s'engageant à les racheter à une date donnée et pour une somme spécifiée. De cette manière, la banque échange provisoirement ses actifs contre des espèces et peut rembourser ses déposants sans être à perte.

De même qu'avec un système de garantie des dépôts, un accord de rachat évite l'échec de coordination, car les déposants savent que même s'ils attendent, la banque pourra leur restituer leur argent. Mais contrairement à la garantie des dépôts, l'accord de rachat permet d'éviter le risque subjectif en n'aidant que les banques qui sont solvables ; dans ce cadre les déposants restent incités à s'intéresser à la situation de leur banque.

Examinons le cas d'une banque qui se trouve en difficulté après un investissement risqué. Elle peut demander l'aide de la Banque centrale en lui vendant quelques-uns de ses actifs en échange de liquidités. Mais aux termes de l'accord, elle est tenue de les racheter. Ainsi, si ses actifs sont sans valeur, elle n'évitera pas la faillite. Si elle dépose son bilan et ne rachète pas ses actifs, la législation devrait donner priorité à la Banque centrale pour récupérer les actifs de la banque. C'est une incitation forte pour que les déposants et les investisseurs examinent de près les comptes de la banque.

Une politique visant à maintenir le volume des liquidités d'une banque, ainsi que le proposait Bagehot, permettrait d'éviter la ruée vers les banques sans inciter à la prise de risque supplémentaire liée à la garantie des dépôts. Les déposants ont le droit d'être protégés et le système bancaire a tout intérêt à ce que cette protection soit effective pour maintenir la confiance. Mais ni les uns ni les autres ne doivent recevoir un chèque en blanc.

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AUTHOR INFO

Economist with the Federal Reserve Bank of Kansas City.